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Quel AVENIR pour quel CAPITALISME ?
par Marcel V. LOCQUIN

 
   1.- L'actualité démographique et l'état sanitaire du monde.
   Serons nous trois ou dix millards d'hommes dans la seconde moitié du prochain siècle ?
   La "bombe démographique" amplifiée par les médias en cette fin de siècle, se révèle n'être qu'un pétard démagogique visant à entretenir l'espoir collectif illusoire d'un retour de la croissance, rendu prétenduement inévitable par une démographie galopante dans le tiers monde.
  La situation démographique et sanitaire réelle de notre planète est toute autre. La baisse générale de la fécondité humaine va provoquer une baisse de la population globale planétaire actuellement surestimée d'un quart aussi bien au sud qu'au nord mais pour des raisons différentes. Il va se produire d'ici une génération, soit environ 25 ans, une décroissance de la
piopulation globale planétaire qui doit entraîner une révision générale à la baisse des prévisions décisionnelles financières. Ces révisions, si elles ne sont pas faites dès maintenant, auront des conséquences économiquement déchirantes à terme, surtout si nous persistons à ne pas prendre en compte ce qui se passe autour et loin de nous sur notre planète, aussi bein en
matière de démographie que de santé.
  Espérer à court terme le retour d'une nouvelle croissance est illusoire si nous ne prenons pas en compte les conséquences du processus de mondialisation industriel et commercial en cours, des points de vue, non seulement économique et technique, mais aussi humain et social.
   Développer les communications interpersonnelles au service de la prévention en santé et d'un développement humain et social harmonieux est absolument nécessaire pour prendre de bonnes décisions futuribles.
  Moins d'habitants à terme signifie moins de clients potentiels, moins de chiffre d'affaires et un écart encore plus garnd entre riches et pauvres, entre modes de vie des habitants urbains et ruraux. Le calcul prévisonnel des primes doit en tenir compte et sera difficile pendant la période de transition que l'on peut estimer à environ 25 ans. Pendant cette période la
population mondiale restera probablement stable. Elle ne commencera à décroître que lorsque ceux qui naissent actuellement en moins grand nombre commenceront à avoir des enfants également en moins grand nombre. Sauf renversement des tendances de l'évolution actuelle, il y aura alors une chute progressive de la population planétaire qui n'est actuellement que de quelque cinq milliards d'hommes et non pas six.

      2.- Les grandes guerres dévastatrices auxquelles a succédé la guerre froide ne sont plus les moteurs de la croissance.
   La reconstruction des dommages des deux grandes guerres, l'armement puis le surarmement pendant la guerre froide, ont été les moteurs principaux de la croissance depuis un siècle. Ce phénomène a masqué une double évidence: "croissance n'est pas obligatoirement synonyme de développement" et "finances et économie ne sont pas les moteurs de ce développement", ce n'en sont que les outils essentiels.
   L'effondrement du rideau de fer qui séparait les deux grandes puissances surarmées, a sonné, au Nord, pour les deux grandes puissances le glas d'une puissante stimulation extérieure réciproque. Pour chacun, ce fut l'enterrement de la peur de la puissance militaire de l'autre "grand". Ce phénomène imprévu a libéré hors l'industrie de l'armement, des compétitions industrielles sans freins régulateurs, induisant des comportements qualifiés par
certains de cannibales. Les entreprises se consommant entre elles par les mécanismes des OPA, des absorptions ou des fusions. Cela a aussi développé des spéculations financières socialement improductives car détournées de la production de biens de consommation. Il est devenu plus facile de gagner de l'argent par l'argent, plutôt que d'innover pour produire. Ce phénomène est renforcé par les comportements des hommes politiques, individuellement carriéristes et partisans, surévalués par une hypermédiatisation et négligeant tout ce qui n'est pas réalisable dans le court terme de leur réélection, soit quatre à cinq ans. Ils se sont ainsi
déconnectés des réalités naturelles, humaines et sociales qui n'évoluent qu'à moyen terme, soit dix ans, ou long terme, soit vingt cinq ou cinquante ans.
  La recherche des véritables moteurs d'un nouveau développement passe par la prise en compte de nouveaux facteurs et plus seulement de la continuation du progrès scientifique et technique qui a accumulé des réalisations considérables pendant ce siècle. Ce type de développement au Nord, nous a conduit à une saturation de la consommation. La course
effrénée à l'extrême rentabilité économique et financière, nous a fait atteindre, une phase plateau, qualifiée biologiquement de stable, mais socialement dite de "stagnation" puisque contredisant le dogme politiquement correct d'une croissance continue.
   Nous ne pouvons plus continuer cette fuite en avant, sans condamner à l'inactivité une part toujours croissante des hommes et des femmes potentiellement actifs dans notre société. Au niveau des décisions, si rien ne change dans le futur, le chômage pourrait atteindre, au Nord, entre 39 et 61 % de la population active d'ici deux générations, soit un demi siècle.
   L'origine de ce comportement socialement suicidaire vient du fait que les principales disciplines scientifiques contemporaines, c'est à dire essentiellement les Mathématiques, la Physique, la Chimie et la Biologie moléculaire, se sont autoproclamées exactes. Elles ont, de ce fait réduit leur vision et leur champ d'application à quelque 6% de l'ensemble des
sciences. Cela affecte gravement leur propre intelligibilité et légitimité.
S'étant volontairement déconnectées des sciences sociales et humaines, qu'elles persistent à vouloir ne pas considérer comme des sciences à part entière, elles n'ont plus de ce fait de contradicteurs externes stimulants et créatifs. En leur sein se développent par contre des compétiteurs qui sont certes des contradicteurs internes, mais destructeurs car carriéristes. Ils provoquent des ravages en réduisant à l'extrême les champs d'applications potentiellement universels de la science, dont les frontières reculent sans cesse lors de l'évolution. Ce repli sur soi affiché et les jeux autodestructeurs de leurs élites, les vouent à terme à un affaiblissement
drastique de leur poids social, par auto-réduction de leurs champs potentiels d'applications.
   Les tenants des sciences dures ont oublié ce qu'a écrit Descartes depuis longtemps dans son "Discours de la méthode", qu'ils proclament cependant être leur bible:
      "Ce qui fait la science c'est la méthode et non l'objet".
 
   Peut-on se situer sur la crête de la ligne de partage féconde entre ce qui est actuellement momentannément autoproclamé vrai et futurible et ce qui ne l'est prétenduement pas, sachant, en toute humilité, que l'histoire des sciences et des techniques nous a trop souvent démontré que des théories, tenues jadis pour vraies, font actuellement déborder les poubelles de
l'histoire, alors que ce sont des assertions, un temps taxées de fausseté ou d'irrationnalité, qui sont devenues les vérités du présent. Cela continuera à se produire du présent vers notre futur. Les grands noms de Copernic, Galilée, Fourier, Pasteur, comme ceux des prix Nobels Einstein, Bohr, Gabor, Feynmann, McKlintock, Tongawa, sont toujours là pour nous le rappeler.

   Du fait de la grande mutation sociale qui est en cours, on doit se poser une question vitale. Pour compenser les pertes de clientèle dues à la décroissance démographique et trouver une nouvelle voie de croissance, quels sont les secteurs de l'activité contemporaine solvables, encore non ou mal assurés. C'est dans le secteur des risques liés aux nouvelles technologies
qu'il faut en premier lieu chercher. Parmi eux citons les risques financiers liés aux erreurs informatiques en milieux bancaire, commercial et industriel, ainsi que les erreurs de diagnosrtic et d'opérations en milieu médical. Citons aussi les grandes catastrophes naturelles futures, prévisibles mais non datées, ainsi que les risques de destructions liées aux guerres locales ou régionales de plus en plus nombreuses

      3.- Les développements capitalistes futurs
   Lorsque nos ancêtres ont bâti les grandes pyramides, les grands temples de la vallée du Nil,, les grandes cathédrales gothiques, les somptueux châteaux de la vallée de la Loire, ils n'ont certainement pas pris en compte la rentebilité financière de leurs entreprises.
   Prenant modèle sur leurs réalisations qui ont traversé les millénaires, nous devons dorénavant prendre en compte, comme moteurs du développement, la recherche du bien être des hommes par le développement de leur créativité individuelle et sociale, par exemple artistique, artisanale et industrielle au Nord. Cela doit se faire majoritairement en partenariat "de proximité" avec le Sud.
   Au lieu de choisir pour créer et produire des partenaires aux États Unis, à Formose au à Singapour il est préférable de les trouver en Europe centrale, dans le Bassin méditerranéen et l'Afrique. Produire à Singapour ne nous apporte aucun retour financier et ne freine aucune immigration, alors que produire en partenariat avec l'Afrique équilibrera les échanges
commerciaux et arrêtera la progression de l'émigration vers l'Europe.
   Ces nouveaux développements passent par la mise en oeuvre de quelques choix politiques novateurs:

   a.- Choix sociaux de cadres de vie durables, développés dans un environnement agréable,
   Il doivent s'intégrer harmonieusement dans leur environnement culturel historique et respecter au mieux leur environnement naturel ou urbanisé par l'homme. Ils doivent prendre en compte une certaine qualité de vie socialement collectivement souhaitable et techno-économiquement réalisable.

   b.- Choix éducatifs
   Ils doivent être basés sur un enseignement adapté aux réalités modernes, très différentes selon les pays.
  Dans les pays du Nord, pour tenir compte du métissage progressif des cultures et le la mondialisation des moyens de communication, de nouvelles méthodes pégdagogiques sont en cours de développement.
  Dans un proche avenir, écoles et enseignants devront s'assurer contre des actions en justice de leurs élèves s'ils estiment ne pas avoir reçu un enseignement adéquat. Cela se passe déja aux États Unis.
   Dans les pays du Sud, on insistera sur l'enseignement du développement artisanal puis industriel des énergies renouvelables et de leur utilisation progressive, décentralisée, On insistera sur l'enseignement d'une production alimentaire locale et équilibrée, sur les pratiques d'hygiène individuelles et sociales aux fins d'obtenir une santé individuelle aussi satisfaisante que possible pour chacun, assortie d'une bonne santé sociale, autrement dit avec avec des activités pour tous.

   c.- Choix énergétiques
   Dans les pays du Nord, le remplacement progressif des énergies classiques, fossiles ou nucléaires, par "le charbon liquide", pris à titre d'exemple déplacera la natures des risques à assurer.
   Dans les pays du Sud, les choix seront basés sur les énergies propres, renouvelables, respectant autant que faire se peut l'environnement naturel.

d.- Choix communicationnels.
   Ils approfondiront la recherche d'une convivialité coopérative multilingue, transfrontières et décentralisée. Le multilinguisme sur réseaux, avec l'assitance d'ordinateurs pour la traduction, sera générateur de risques d'erreurs à assumer, donc à assurer.

e.- Choix monétaires
   La diaspora monétaire actuelle va prendre fin. L'Euro va mettre fin à la toute puisance du dollar, basée sur une ambiguité puisque le dollar est à la fois monnaie nationale de la plus grande puissance mondiale et monnaie de compte internationale. L'équibre militaire par la terreur nucléaire qui a été perdu lors de la chute du rideau de fer cède la place à un nouvel
équilibre plus doux basé sur le duel économique Euro-Dollar.

   f.- Choix social et financier
   Le dicton "tu gagneras ton pain à la sueur de ton front" n'est plus d'actualité. Dans les pays du Nord on a envisagé d'autres solutions d'assurances sociales. Trois pays, dont deux en Europe on déja fait un choix novateur qui servira de base de discussion.

   g.- Choix social de grands travaux
   Ce ne seront peut-être plus de grands travaux dans le bâtiment et les travaux publics.

      Conclusion
   Les aspects réformés futuribles, sociaux, scientifiques, techniques et industriels, auront des conséquences aussi bien financières qu'économiques, qui modifieront profondément le marché des assurances. Il faut s'y préparer avec une bonne souplesse adaptative, car le futur se construit en marchant et il y a plusieurs futurs possibles.

Le 18 Octobre 1996