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    Le SOURIRE du CHAT d'ALICE
par Marcel V. LOCQUIN

 
 
       Préambule
       Je fus très tôt familiarisé avec la relativité de points de vue, comme d'échelle. Lorsque j'étais enfant, j'adorais, depuis l'appartement où j'habitais, me pencher sur la rue et observer le comportement des piétons marchant sur le trottoir situé immédiatement à l'aplomb de ma fenêtre. Les regarder ainsi, marcher calmement ou d'un pas pressé, se saluer ou s'éviter, rebrousser brusquement chemin ou traverser entre deux voitures, me fascinait. Mais ce qui
me troublait le plus c'est que, de ce point de vue zénithal, je ne reconnaissais aucune personne connue, même pas mon père lorsqu'il rentrait à la maison. Il fallut qu'il m'explique que, suivant les points de vue, un piéton semblait changer de forme. Vu de face ou de dos, il gardait la même silhouette, ce qui me permettait de le reconnaître sans difficultés si je le connaissait, il n'en était pas ainsi pour une vue polaire, c'est à dire vu de la fenêtre, à l'aplomb de son
crâne. Cette expérience a marqué profondément mes réflexions d'adolescent, puis d'adulte. Abordant ensuite l'étude de la relativité et de la physique quantique, j'étais préparé à accepter le fait qu'un objet puisse changer de forme et partant de fonctions, suivant le point de vue relatif adopté par l'observateur.

       L'air et l'optique
       Une autre expérience de jeunesse m'a marqué. Devant une grande cheminée, garnie de bûches enflammées, les reliefs de la plaque de fonte du fond de la cheminée qui réverbérait la chaleur, semblaient danser à travers l'air brûlant chargé de fumée. En effet l'air chaud n'ayant pas le même indice de réfraction que l'air frais de la pièce, fait office de prisme et dévie la lumière.
Ce fut mon premier contact avec l'optique.
       Peu après la guerre, abordant l'étude des structures fines des spores de champignons, au laboratoire de Cryptogamie du Muséum, je n'avais pas de microscope, tant le dénuement des laboratoires de recherche français était grand. Dès que je pus en avoir un, je m'attelais à perfectionner son optique pour pouvoir observer les structures les plus ténues de la matière vivante de mes champignons, en  utilisant le microscope polarisant, puis le microscope à
contraste de phase que Fritz Zernike inventa en 1940, ce qui lui valut le prix Nobel en 1953. En parallèle je fréquentais assiduement l'Institut d'Optique pour me familiariser principalement avec l'optique interférentielle. Mon éducation dans ce domaine fut perfectionnée et stimulée du fait de ma rencontre, dans les années 50, avec Denis Gabor qui avait découvert l'holographie en 1948, exactement 10 ans avant l'invention des lasers par Gould. Cela lui valut le prix Nobel en 1971.
       En développant et brevetant en 1953 l'optique d'un nouveau microscope à contraste de phase "Varicolor", utilisant un filtre interférentiel comme plaque de phase pour permettre des variations de contraste dans l'image des objets observés, je contribuais, un peu sans le savoir, au développement des applications de la physique quantique en microscopie  photonique puis électronique. En effet les photons, particules constitutives de la lumière, sont des objets quantiques par excellence. Ils transportent de l'énergie et de l'information mais sont immatériels, car ils n'ont pas de masse au repos.
      Appliquant au niveau microscopique les résultats de mes réflexions d'adolescent, je n'avais aucune peine à changer de points de vue suivant les étapes de mes recherches. Un objet transparent, tel une amibe plongée dans l'eau, est quasi invisible puisqu'il n'est pas colorée. Je n'éprouvais aucune difficulté à l'examiner vivant au microscope à contraste de phase, dans tous ses détails habituellement invisibles car ils sont incolores et ne  présentent entre
eux que des différences infimes d'indices de réfraction. Ils sont rendus visibles au microscope par l'application physique de la transformation de Zernike.
      En effet l'objet microscopique élémentaire que les physiciens nomment quanton, semble changer de nature suivant la manière dont on l'observe. Il est comme le dieu Janus à double face, son aspect dit trivialement matériel absorbe l'énergie lumineuse, son aspect dit en mathématiques imaginaire est immatériel et ne se différencie que par de faibles différences d'indices de réfraction des structures auxquelles notre oeil n'est pas sensible.
       Les mathématiciens décrivent ce phénomène "Janus" en l'exprimant par ce qu'ils nomment une "quantité complexe", dont la partie dite "réelle" s'exprime physiquement par l'absorption matérielle de la lumière, l'autre dite "imaginaire" contient physiquement l'information associée invible à notre oeil. Les physiciens quantiques nomment "amplitudon" la partie réelle qui absorbe la lumière et "phason" la partie imaginaire, dont la phase est modifiée par les différences d'indice de réfraction de l'objet observé. Amplitudon et phason du
quanton sont d'inséparables jumeaux. Le chat d'Alice au pays des merveilles est par son corps amplitudon et par son sourire phason. Autrement dit, il est matériel dans sa fourrure et immatériel dans son sourire, l'autre ne pouvant exister sans l'un et réciproquement.

       L'algorithme du cliquet
       Sachant qu'un algorithme est une suite d'opérations logiques mathématiquement  réalisables, si nous cherchons à comprendre, dans un quanton de lumière nommé photon, comment sont physiquement reliés leurs jumeaux constitutifs qui, comme on l'a vu plus haut sont nommés amplitudon et phason, nous trouvons un fil directeur dans le vers d'Alfred de Musset "il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée". Pour ouvrir ou fermer une porte, quelle que soit sa nature, on ne consomme par définition qu'une unité ou "bit" d'information, Pour l'ouvrir on consomme évidemment de l'énergie, mais cette énergie peut être engrangée en tendant un premier ressort de rappel, puis récupérée pour refermer ensuite automatiquement la porte. Pour maintenir la porte ouverte on peut utiliser un premier cliquet que l'on abaisse en position de blocage de la porte ouverte. Pour ce faire on l'enclanche et simultanément
on peut engranger la petite énergie nécessaire à sa maneuvre dans un second ressort de rappel qui le maintient à son tour en position abaissée. Un second cliquet, associé à un troisème ressort, également récupérateur d'énergie, le maintient lui aussi en position enclanchée. On peut réitérer cette cascade de cliquets de multiples fois, jusqu'à ce qu'on parvienne à un ultime cliquet qui ouvre la porte d'un espace insécable, que les physiciens nomment espace de Planck. Cet espace est des milliards de milliards de fois plus petit que celui dans lequel sont situés les objets qui nous entourent. En une douzaine de cliquets s'enclanchant les uns les autres, on peut atteindre cet espace ultime, la racine où se confinent les tout premiers jumeaux amplitudon et phason du quanton. On n'a consommé, pour ce faire, que 12 bits d'information. Cette information du phason est pratiquement immatérielle puisque les énergies utilisées sont toutes récupérables sauf l'ultime, bien que manipulant des portes
matérielles massives, ouvertes sur des énergies des milliards de milliards de fois plus importantes que celle associée à l'information du phason par l'ultime amplitudon. On nomme ce bit ultime l'"ancron".
       Résumons nous, dans un quanton, si l'énergie de l'amplitudon est du domaine réel et matériel, l'imaginaire du phason est purement informationnel donc immatériel, tous deux ont une racine commune l'ancron dans l'espace ultime et infinitésimal de Planck.

       Les transformations diaboliques du phason
       Comme on l'a vu, notre oeil n'est pas sensible aux différences d'indices de réfraction des objets, autrement dit aux phasons,  il ne nous permet donc pas de voir au microscope un objet transparent et incolore, aussi ténu qu'un flagelle de spermatozoïde. Les phasons des photons de la lumière qui traversent l'objet lui sont presque imperceptibles, donc pratiquement invisibles.
Trois transformations diaboliques permettent cependant de les rendre visibles.
      Si les photons éclairant le microscope sont cohérents, c'est à dire émis par une seule source ponctuelle, l'application de la "transformation de Zernike", physiquement réalisée par une infime surépaisseur localisée dans une plaque de phase, située dans le plan focal de l'objectif du microscope.
permet de convertir les phasons lumineux en amplitudons. Les objets invisibles, deviennent ainsi visibles, Cela se fait de façon entièrement réversible et sans consommer d'énergie. C'est, disent les physiciens, une "transformation à somme nulle". L'énergie est tirée du fond, où elle retourne dès que cesse l'action de la transformation. L'information immatérielle du phason se transforme en une image virtuelle mais d'aspect matériel. L'énergie qui apparaît est tirée du fond où elle retourne dès que cesse l'action de la plaque de phase. Elle fait apparaître, par soustraction d'énergie à partir du fond, un "auréolaire" autour des structures ainsi révélées. La physique quantique a trouvé là un champ immense d'applications.
       Une autre transformation diabolique peut rendre visible l'immatériel invisible. c'est la "transformation holographique de Gabor". Elle effectue la même opération que la ransformation de Zernike sur les objets macroscopiques qui nous entourent. Avec un laser, dont la lumière est cohérente, on enregistre la transformée interférentielle d'un objet sous forme d'"hologramme". Sur cet hologramme on peut réenregistrer, en différé, un nouvel hologramme du même objet, subtilement modifié entre temps par d'infimes déformations invisibles à l'oeil. On obtient ainsi un hologramme composite qui met en évidence, lors de
la reconstruction, les déformations les plus fines de l'objet qui se sont produites entre les deux enregistrements  Lors de la reconstitution de l'objet, apparait sur l'image de la surface de l'objet un système de franges d'interférences, dites "d'égales épaisseurs" révélant les déformations locales. Ce procédé est couramment utilisé dans les laboratoires étudiant des déformations effectuées sous contraintes. Ces franges d'égales épaisseurs, peuvent être aussi considérées comme des franges d'égaux déplacements dans des temps différés.
       Une troisième transformation diabolique nous est apportée par l'astrophysique celle des "mirages gravitationnels". Ils nous permettent d'observer des interférences entre des trains de photons, issus du même quasar, situé à plusieurs milliards d'années-lumières de nous, décalés dans l'espace et dans le temps de quelque 5.000 années-lumières. Pour interférer ainsi, en différé, à distance, les parcours des deux trains de photons sont inégalement déviés par une "lentille gravitationnelle", qui est une énorme masse obscure située entre le quasar et nous, légèrement excentrée par rapport à l'axe idéal rectiligne qui nous relie au quasar.

       Synthèse
       Il convient de tirer de ce qui précède, des conclusions logiques, quoique profondément dérangeantes pour bien des hommes de science répugnant à s'évader hors d'une conception euclidienne de l'espace-temps.
      Les objets quantiques sont consubstanciellement à la fois énergie matérielle d'une part et information immatérielle d'autre part. Autrement dit un "quanton" est inséparablement "amplitudon" et "phason".       Énergie matérielle et information immatérielle sont intimement liées dans l'"ancron", au niveau de l'espace infinitésimal et ultime de Planck, qui est des
milliards de milliards de fois plus petit que notre espace trivial.
      Les propriétés des objets de notre environnement, tous formés par des assemblages de quantons, se manifestent différemment à notre niveau macroscopique suivant la méthode d'observation utilisée. Ils apparaissent directement dans un instrument d'optique par leur composante énergétique et matérielle, celle de l'amplitudon. Les trois transformations diaboliques révèlent dans une image virtuelle, leur aspect informationnel immatériel, celui du phason.
      C'est ainsi que le chat d'"Alice au pays des merveilles" est un être matériel, inséparable de son sourire immatériel qui nous révèle ses états d'âme.
       Grace aux transformations diaboliques de Zernike et de Gabor, dans un objet quantique - et tous les objets de notre univers sont des assemblages d'objets quantiques - on peut convertir l'information en énergie, la rendant ainsi matériellement visible. Inversement, dans le même temps, on transforme la matière opaque en transparence informationnelle. On en verra ultérieurement les immenses conséquences.
       La transformation holographique de Gabor, comme les mirages gravitationnels en astrophysique, nous permettent de mettre en évidence, ici et maintenant, l'interférence d'informations quantiques émises depuis plusieurs milliards d'années dans des temps et des espaces différents, pourvu qu'il existe une cohérence entre eux.
       On verra prochainement les applications de ces propriétés aux mécanismes de mémorisartion et de ressouvenance ainsi qu'à l'interprétation de phénomènes jusqu'ici réputés étranges, comme le sont: les rêves, la télépathie, les voyages mentaux, la psychokinèse, les phénomènes de poltergeist, etc.
      "Ce qui fait la science c'est la méthode et non l'objet" a écrit Descartes.
       Il n'y a donc pas de domaines inaccessibles à la méthode scientifique, qu'ils soient matériels ou immatériels.
      La notion de "para-sciences" est une absurdité, bien que celle de pseudo-scientifiques soit une réalité.