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CHIMÈRES BIOLOGIQUES,TECHNOLOGIQUES,
BIONIQUES ET IDÉLLESChimères biologiques
Notre pouvoir cérébral créatif ne s'exprime qu'en reproduisant métaphoriquement au niveau technologique les mécanismes naturels qui l'ont construit au fil des temps depuis l'origine de la vie sur terre.
On sait que l'ontogenèse reproduit la phylogenèse, autrement dit qu'un être vivant, dans les étapes de son développement embryonnaire repasse par les principales étapes de l'évolution des organismes qui l'ont précédé. C'est ainsi que l'embryon humain est d'abord unicellulaire comme une amibe, puis un massif de cellules comme certaines algues, il passe ensuite par un stade invertébré, puis devenu Sélacien comme un requin, il a des fentes branchiales, amphibien comme une grenouille il a les mains palmées. Lorsque ils étaient mollusques, nos ancêtres ont incorporé dans ce qui deviendra plus tard leur rétine deux espèces d'algues rouges dont on retrouve l'origine car, cônes et bâtonnets ont conservé leurs deux flagelles devenus inutiles et leur pigment rouge est devenu le pourpre rétinien. Dans ce qui est devenu notre sang on trouve des amibes qui sont devenues des globules blancs, nos leucocytes. Comme tous les êtres vivants nous sommes des bio-chimères construites par la symbiose d'êtres divers, à l'origine très différents les uns des autres.
Chimères technologiques
Lorsque l'homme développe des technologies pour construire des objets techniques il répète le processus bioévolutif de chimérisation. Il perfectionne les objets antérieurs en les chimérisant avec d'autres. Les premières automobiles sans chevaux chimérisaient la carrosserie des fiacres avec une direction et un moteur. Au fil des temps la chimère automobile s'est enrichie de freins, de pneus, de phares, de démarreurs électriques, d'outils annexes de mesure et de contrôle.
Dans ses techniques de création d'objets nouveaux, l'homme reproduit les processus de chimérisation sans le savoir. Pour s'en convaincre il suffit d'examiner une chaîne de montage d'automobiles. Moteur, roues, carburateur, carrosserie sont d'abord fabriqués séparément comme des objets indépendants et de fait ils le sont, puisque le même moteur peut équiper une berline, un tracteur ou un groupe électrogène. On les assemble ensuite en une chimère technique d'autant plus réussie que l'intégration sera plus poussée. Dans ce cas la métaphore technique du génome biologique qui pilote la chimère sera l'ordinateur ou les ordinateurs, qui règlent toutes les opérations depuis la conception jusqu'au montage, en passant par l'usinage des pièces. Dans chaque ordinateur un programme est l'équivalent d'un gène et chaque ordinateur avec ses logiciels est l'équivalent d'un chromosome, l'ensemble des ordinateurs étant isomorphe au noyau d'une de nos cellules.
Chimères bioniquesC'est par exemple une fusion expérimentale de protoplastes, autrement dit de cellule végétales privées de leurs parois. Cette fusion peut être accélérée sur une culture de tissus en laboratoire par la superposition de courants radiofréquence alternatifs et de signaux électriques carrés. C'est un procédé que l'on utilise parfois en biotechnologie pour créer de nouveaux cultivars par ce procédé bionique de manipulation génétique électromagnétique d'une chimère biologique.
Chimères idéelles
Chimères biologiques et chimères techniques sont des chimères matérielles. Lorsque nous entrons dans le domaine des pensées et des idées nous quittons le champ matériel et énergétique des molécules pour entrer dans un champ immatériel, informationnel.
Une idée, une fois émise, n'existe de nouveau que lorsqu'elle est captée par un autre être humain. Il y a là ce qu'on appelle une rétroaction en boucle étrange hors du temps qui produit une chimère idéelle.
Lorsque nous émettons des idées, ces idées ne sont que des chimérisations, inconscientes le plus souvent, des idée d'autrui avec celles que nous avons engrangées dans le passé dans notre mémoire. Ce que nous faisons tout le temps en discutant c'est un brassage d'idées immatérielles, un remue-méninges qui est analogue au brassage des gènes matériels lors de la fusion des gamètes pour créer un être nouveau, un enfant.
Pour penser il faut un cerveau vivant comme celui de l'être humain. Nous connaissons encore très mal les processus biologiques donnant naissance à nos pensées. Une pensée, une fois émise, devient une idée. Alors que la pensée est localisée en notre cerveau, l'idée émise, devient autonome et échappe à son créateur. Tu n'es maître que des pensées que tu n'as pas dites a dit Lao Tseu il y a environ 2 000 ans.
Entre la rédaction suivie de l'édition d'un livre et sa lecture dix ans plus tard par exemple, il n'y a rien. Les idées émises à l'origine par l'auteur et consignées dans ce livre sont hors du temps tant qu'elles ne sont pas lues par un lecteur. Elles n'apparaissent dans le temps nouveau que lorsqu'elle sont captées par la lecture faite par un ou plusieurs autres êtres humains. Il y a là ce qu'on appelle une rétroaction en boucle étrange hors du temps faite par les lecteurs avec les idées de l'auteur du livre.
Lors d'une lecture d'un livre le lecteur croit s'approprier les idées de l'auteur. Même si l'auteur a quitté ce monde entre temps, il sent qu'il dialogue en différé avec lui. En réalité les idées de l'auteur chimérisent avec les pensées du lecteur et donnent naissance à de nouvelles idées qui ne sont plus ni celles de l'auteurs ni celles du lecteur, mais bien des idées neuves produites par la chimérisation des deux.
C'est là un des mécanismes fondamentaux de toute création. Nous ne créons le plus souvent que par chimérisation de nos idées avec celles d'autrui. Nous avons parfois l'illusion d'idées neuves créées par nous et parfaitement originales, alors qu'une analyse fait toujours apparaître des antériorités conceptuelles dont nous n'avions pas conscience au moment créatif, mais qui étaient présentes, enfouies dans notre stock mémoriel. Il n'était pas besoin d'en avoir conscience pour qu'elles chimérisent spontanément avec les idées de l'auteur que l'on lit, ou celles de l'interlocuteur avec qui on dialogue, ou avec nos propres idées dans nos rêves ou lors de notre dialogue intérieur.