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RÉFLEXIONS SUR L'ILLUSION ECONOMIQUE
FACE A LA DÉFLATION DÉMOGRAPHIQUE
par Marcel V. Locquin

Préambule

- Le théorème de Heckscher-Ohlin, associe à l'ouverture internationale des marchés, une inévitable inégalisation interne des économies  C'est le seul véritable acquis scientifique moderne dans le domaine économique. - La mondialisation par l'économie n'est qu'une illusion, car les mécanismes économiques n'en sont pas la cause première. La mondialisation n'est que la conséquence de la complexification sociétale de mouvements profonds et inconscients individuels et collectifs, autrement dit mentaux et sociaux.
- Pour tenter de comprendre la mutation actuelle du monde développé il faut l'aborder aux trois niveaux de sa complexité: anthropologique transconscient, puis culturel subconscient et enfin économique conscient.

Prolégomènes
- La progression différentielle des formations professionnelles qui a accompagné l'élévation spectaculaire des niveaux de vie que nous avons vécu au nord depuis 1945, a induit une montée des inégalités, alors considérée comme positive par les doctrinaires économiques. Mais on s'aperçoit que cette progression différentielle de niveaux socio-éducatifs, stratifie, puis fragmente et dissocie la société dans laquelle nous vivons. - La "percée technologique" n'est pas la cause de cette inhomogénéisation sociale inégalitaire mais en est la structure réelle. - La montée techno-culturelle a atteint maintenant un plafond, depuis une dizaine d'années, dans la partie de la société développée la plus avancée de notre planète.
- La progression technologique et technique de plus en plus limitée à certains secteurs privilégiés de la recherche et de l'industrie, dits secteurs de pointe, n'induit plus de progression culturelle sociétale globale outre-atlantique, ce qui provoque une fuite des étudiants au sein de toutes les Universités, même les plus prestigieuses comme Princeton, qui a perdu entre 1992 et 1994, environ un quart de ses effectifs étudiantins. Cette fuite quantitativement impressionnante, exprime une vaste désenchantement qui a atteint, aux Etats-Unis, toutes les strates jeunes de la société.

Le multilinguisme
- Autre constatation, la langue anglaise qui est le ciment d'une structure culturelle commune d'une partie de l'ancien monde et du nord du nouveau monde, fut en expansion généralisée comme langue de grande communication, non seulement en Amérique, mais dans presque le monde entier. Elle est partout maintenant en décélération relative remarquée, même aux Etats-Unis, face à la
montée du multilinguisme. Anglophones et Hispanophones arriveront un jour prochain à égalité de locuteurs..
- D'autre part il n'y a plus de langue anglaise unitaire, les processus de créolisation l'ont fragmentée en 7 langues qui se comprennent de moins en moins entre elles: l'anglais d'Oxford, celui de Wall street, celui du Texas, ceux de l'Inde, du Japon et de l'Australie, sans oublier celui que jargonnent les scientifiques.

L'américanocentrisme
- L'essouflement intellectuel et culturel de la nation la plus industrialisée du monde est masqué par un discours ultra-libéral qui ne prend pas en compte la montée en puissance de l'Extrême Orient, maintenant contrariée par la crise, puis celle de l'Europe en voie d'unification par l'Euro. Ces montées en puissance sont non seulement industrielles mais aussi socio-politiques, comme on vient de le sentir
lors des dernières crises Onusio-Iraquienne et Serbo-Kosovienne..
- Nous gérons actuellement à l'échelle planétaire l'amortissement de ce bouleversement déclinant et non un hypothétique ressourcement expansionniste.

Socio-psychanalyse
- Il nous faut entrer plus en profondeur dans les mécanismes évolutifs humains et sociaux pour mettre en œuvre une "inform-action" efficace qui nous permettra de mieux gérer la transition vers une nouvelle structuration sociale inévitable. Son dessein est cryptique, mais humainement mutable dans ses modalités sociales.
- La communication est le reflet idéologique transitoire de valeurs inconscientes profondément ancrées dans le tissu social.
- La vie sociale suivant les pays peut être à prédominance individualiste ou sociale. On n'a que trop tendance à caricaturer cette bipolarité en les qualifiant de libéralisme dans le premier cas et de socialiste voire de communiste dans le second cas. En fait ces deux pôles sont une hiérarchie enchevêtrée de ces deux extrêmes qui sont aussitôt voués à l'extinction dès lors que le second
équilibrant s'efface. On le vit actuellement à la suite de l'effondrement de la grande puissance ex-soviétique. Le pôle dominant, privé du stimulus de son antagoniste risque de s'effondrer à son tour, s'il n'a pas la sagesse de chimériser sociologiquement avec ce qui fut idéologiquement son ennemi, mais en fait sociologiquement son allié. N'oublions pas que c'est la "guerre froide"
qui, en prenant le relais de la reconstruction de l'après guerre, a été le principal moteur économique piloté par le surarmement pendant une génération.
- On constate qu'un potentiel éducatif supérieur en expansion s'accompagne du déclin des croyances collectives, idéologies, religions, conscience d'appartenance à une classe, à un état, dans une nation, ainsi que d'une baisse de la fécondité des couples. Cette libération quasi totale des croyances sociales, qualifiées d'irrationnelles, avec repli prétendu exclusif sur le rationnel, conduit à modeler des individus isolés, insatisfaits, envieux, refermés sur eux-mêmes et incertains de leur avenir, ayant tendance à recréer de nouvelles croyances collectives perverses comme le scientisme, l'axiome du continu, la suprématie du décimal sur le binaire, la matérialité de l'information, le principe de causalité, ou encore comme le racisme, le sectarisme, l'intégrisme, le libéralisme débridé, le mondialisme exclusivement économique, à moins qu'ils ne versent dans la violence collective ou individuelle.
- L'implosion des groupes sociaux transforme mythiquement en dragon-tigre épouvantant, le chat économique domestique mondial. L'économie n'est qu'un outil que nous devrions savoir domestiquer et non nous laisser couler au fil des flux monétaires non maîtrisés.
- En relançant par des artifices budgétaires la croissance dans des limites géographiques étroites et dans une économie stagnante car plafonnée, on fait artificiellement tourner en roue libre l'économie en augmentant le déficit et repoussant son échéance rendue fatale par les déséquilibres mondiaux qu'elle engendre. Le local saturé prime alors sur le global qui a faim de consommations,
des trois quarts de la planète, comme nous l'avions au Nord, au début de la révolution industrielle, il y a plus d'un siècle. Voilà où rechercher les territoires à développer pour démarrer une nouvelle croissance mondialement équilibrée.
- Par la "pensée nullitaire" darwinienne, incohérente conceptuellement, car réduite à ne traiter que de l'animalité de l'homme, on enferme le conflit biologiquement sain entre liberté et autorité, ou entre égalité et inégalité, dans le réduit économique étriqué, ignorant ses aspects inconscients et conscients autrement dit humains et sociaux.
- Proclamer que les sciences humaines et sociales ne sont pas de vraies sciences car trop "molles" face aux sciences "dures" mathématico- physico- bio-chimiques, relève d'une "pensée nullitaire" qui induit les difficultés économiques que nous vivons dans une quantophrénie intellectuelle et artistique, Ces dissociations se constatent notamment par l'abus des séquences hachées cinématographique, le développement des absurdités créationnistes tout autant autant que celles de l'évolution caricaturée par Darwin, les conflits machistes hommes-femmes, les obsessions sexuelles socialement orientées vers les grands de ce monde, les remises en question des avancées de l'éthique sociale, omme celles de l'avortement ou de la peine de mort, le refus d'une mort dignement
choisie en cas de souffrances extrêmes, sans parler des guerres claniques, maffieuses, religieuses, idéologiques, économiques, et j'en passe.

L'irréalisme économique
- L'économie libérale que l'on peut qualifier de sauvage, car libérée de toutes régulations, surfe sur la conscience de notre société, ignorant superbement ce qui lui est immédiatement sous-jacent, le subconscient social, comme ce qui est profondément enfoui dans l'inconscient de chacun de ses membres, le transconscient. Ils se manifestent cependant chez chacun de nous, dans tous les
choix de comportement, émotionnels comme rationnels  face aux défis journaliers de notre vie, dans un environnement en perpétuel changement.
- Pour régir l'évolution d'un groupe, il n'existe pas que des lois économiques et des individus. Il y a, sous-jacent, un système complexe cryptique de régulation anthropologique des valeurs partagées socialement par tout le groupe. L'Homo economicus est universellement inclus en l'Homo sapiens dont il n'est que la partie émergée consciente de l'iceberg dont la plus grande part est inconsciente, quoique motivant en permanence la diversité de ses actions.

L'évolution sociétale en cours
- La mobilité comme la décentralisation du travail des jeunes tertiaires post-industriels, transcende les réalités économiques jusqu'ici admises.
- La famille assure la transmission de la vie mais aussi, au moins partiellement, celle des connaissances de base pour apprendre à vivre en société.  Elle assure ainsi une fonction de régulation sociale de générations en générations.
- Il y a plusieurs types de familles qui sont inégalement répartis dans le monde.
* La famille nucléaire absolue domine l'Amérique anglo-saxonne, en Hollande et au Danemark.
* La famille nucléaire égalitaire domine la France historique centrée sur le Bassin Parisien depuis le Moyen-Age au moins.
* La famille nucléaire inégalitaire endogame et testimoniale l'entoure comme en Vendée.
* La famille souche exogame, autoritaire et inégalitaire Allemande, Suédoise, Coréenne et Québécoise, prédomine chez nous en Occitanie, comme en Bretagne, dans la région Rhône-Alpes et en Alsace.
* La famille souche endogame autoritaire et inégalitaire est présente en Israël et au Japon.
* La famille communautaire endogame, autoritaire et égalitaire n'est présente qu'en Finlande en Toscane, en Russie et en Chine.
* La famille communautaire exogame est présente dans le monde arabe.
* Les familles souches aussi bien que communautaires endogames ont un fort coefficient d'intégration alors que dans les familles nucléaires il est faible.
* Les familles souche exogame et communautaires exogames occupent une position médiane.

Le rôle des croyances
- L'état est une croyance collective moderne, assez généralement bâtie sur des règles bureaucratiques codifiées et une monnaie communes. Il est issu de la croyance collective plus ancienne de Nation, bâtie elle, sur une histoire et une langue communes. La Nation est elle même un substitut fédérateur issu de l'affaiblissement des croyances religieuses. Les montées qualifiées d'intégristes, sont, pour certains, une tentative de retour aux sources d'un passé lointain en niant son évolution, par désespérance face à son aboutissement moderne quantophrénique désagrégateur du tissu social..
- La conduite des états comme des individus doit tenir compte de la conjoncture. Il n'y a pas en la matière de règles permanentes et universelles, ce qui explique le dogme quasi général de la non ingérence dans les affaires nationales d'autrui. Mais lorsque certains états s'éloignent par trop par leur comportement, au mépris des valeurs humaines quasi universellement acceptées, ce dogme de non ingérence devient caduc. Le devoir d'ingérence devient alors impérieux.
- L'émergence des croyances collectives est complexe et ne peut être rationnellement expliquée. Par exemple, vouloir justifier la conduite à gauche ou à droite des automobilistes relève de l'utopie doctrinaire .- La disparition d'une croyance collective aussi bien en sciences qu'en société entraîne automatiquement la mise en place de systèmes de substitution. C'est pour avoir méconnu cette règle que les physiciens newtoniens comme relativistes n'ont pas encore intégré la physique quantique qui élimine les paradigmes causaliste, de localisation et de temporalité, ainsi que l'axiome du continu.

L'évolution de l'homme
- L'homme est un animal doué d'une insatiable curiosité, alimentée par une quête insatiable de connaissance et piloté par le futur grâce à ses capacités intellectuelles supérieures à celles qu'exige la satisfaction de ses besoins immédiats.
- Les grandes étapes de l'évolution idéelle humaine sont jalonnées de grandes inventions que sont: l'invention du langage articulé - l'invention des signes exprimant des nombres - l'invention des écritures hiéroglyphiques - puis syllabaires consonantiques - suivis de l'invention de la notation écrite des voyelles par les grecs - l'invention de l'imprimerie puis de la radiodiffusion, l'alphabétisation de
tous permettant l'accès aux écrits et leur critique - l'émergence de l'égalité des droits de l'homme - l'invention de l'ordinateur.

L'involution américaine
- En 1970 l'Amérique dans son ensemble, entre hélas dans une phase d'évolution culturelle, particulièrement nette, aussi bien chez les blancs et les noirs, et qui est généralement proche d'une stagnation. Cette stagnation se poursuit encore et il n'existe aucun signe d'un possible renversement de tendance, sauf dans le relativement petit domaine des techniques de pointe.. Cela est confirmé par la
fuite des étudiants au sein de toutes les Universités, même les plus prestigieuses comme Princeton, qui a perdu entre 1992 et 1994, environ un quart de ses effectifs étudiantins. Cette fuite quantitativement impressionnante, exprime une vaste désenchantement qui a atteint, aux Etats-Unis, toutes les strates jeunes de la société.
- Ce déclin culturel est l'expression de l'entrée en crise des Etats-Unis, masquée artificiellement par un plein emploi obtenu par une baisse des salaires des plus pauvres, au dessous du minimum permettant de garantir l'accès aux soins médicaux pour conserver une bonne santé.
- La plus riche et la plus puissante nation du monde a ainsi régressé culturellement et nous le déplorons même si cela ne se traduit pas encore technologiquement ni industriellement. Cependant les statistiques faisant apparaître les niveaux de compréhension des textes, montre que dans l'univers technologique actuel fortement alphabétisé et numérisé plus de 20% d'américains sont en décalage par illetrisme par rapport à la modernité, contre 7 à 10% d'Européens de l'Ouest comme de l'Est.
- Les scores moyens américains, devant des tests aussi bien mathématiques que verbaux sont passés en dessous de ceux de tous les pays d'Europe occidentale comme orientale, sans aucune exception. Entre 1875 et 1985, le nombre annuel de diplômés scientifiques, d'après la National Science Foudation, après avoir augmenté annuellement de 156 825 à 213 730 est retombé en 1992 à 173 099. Pendant cette dernière année l'Union européenne avait formé 214 000 diplômés scientifiques. Pendant le même temps l'ensembles des pays d'Asie
développés ou en développement a formé 523 651 diplômés.
- Si on compare le nombre d'étudiants ayant achevé des études doctorales en 1992 on obtient les chiffres suivants: 11 223 en Asie, 18 251 aux Etats-Unis et 25 310 en Europe. Entre 1986 et 1992 le centre de gravité scientifique du monde s'est déplacé d'Amérique du Nord en Europe, même si on doit être prudent dans les comparaisons de diplômes de valeurs soucient inégales suivant les pays. Aucun paramètre économique de peut expliquer ce déplacement.
Aucun paramètre monétaire non plus puisque en 1993 les Etats-Unis restent le pays qui dépense le plus pour l'éducation: 6,8% de son PIB, contre 5,9% en Allemagne et 4,9% au Japon. La réponse doit être recherchée au niveau des structures mentales individuelles invisibles qui déterminent des moeurs et des comportements sociaux.

La déflation démographique
- Les tendances aux déficits démographiques sont révélées par l'indice de fécondité, c'est à dire le nombre d'enfants par femme en âge de procréer. S'il est égal à 2,1 le renouvellement des générations est assuré. Pourquoi 2,1 et non 2, parceque la mortalité infantile des garçons est plus grande que celle des filles et leur espérance de vie à la naissance est aussi plus faible. Qu'en est-il en Amérique, en Europe, en Asie et en Afrique ?
- Le taux de remplacement des générations, c'est le nombre effectif de naissances par couples en âge de procréer au cours de l'intervalle d'une génération. Au dessous de 2,1 il n'assure pas le renouvellement des générations.
A notre avis c'est, de tous, le meilleur indicateur pour connaître et suivre l'évolution d'une population d'une année à la suivante, même si on n'en connaît pas l'effectif absolu. On remarquera qu'il tient compte des enfants des immigrés nés dans le pays considéré.
- Ce dernier indice épidémiologique est, à notre avis, le plus fiable pour étudier l'évolution démographique du monde, ainsi que pour dresser un panorama de son état de santé, qui conditionne au moins en grande partie son futur. Il donne en une seule mesure la situation dans l'année et la tendance évolutive à la hausse démographique s'il est supérieur à 2,1 et à la baisse s'il est inférieur à ce chiffre. Sur plusieurs années consécutives il donne, en plus, l'accélération ou la décélération éventuelles de la tendance évolutive.
- S'il nous paraît très difficile, voire impossible, de savoir avec une relative précision combien nous sommes d'êtres humains vivant actuellement sur notre planète, le suivi régulier, au fil des ans, du taux de remplacement des générations, permet d'avoir une bonne vue d'ensemble de l'évaluation de la situation populationnelle d'un pays.
Chaque couple devrait en principe avoir deux enfants, pour que la population ne diminue pas à la génération suivante. Mais en fait, comme il nait plus de garçons que de filles, que les garçons meurent plus souvent en bas âge que les filles, donc sans atteindre l'âge de la reproduction, et que dans l'ensemble les femmes meurent plus tard que les hommes, on a calculé que le taux de remplacement des générations devait être supérieur à 2,1 pour que la population augmente dans l'année considérée.
Pour obtenir une mesure de ce taux il y a plusieurs méthodes. Dans les pays qui ont un état civil fiable, il suffit de le consulter et le dépouiller. Par contre, dans les pays les moins avancés, sans état civil fiable, on effectue par exemple un comptage au cours de campagnes régionales ou nationales de vaccinations qui couvrent 98% des enfants en âge d'être vaccinés.
Chaque médecin demande à chaque femme, son âge et le nombre de ses enfants. Ces statistiques cumulées à l'échelle du pays, puis de la région, voire du continent, donnent une bonne photographie de la tendance évolutive populationnelle. Leur suivi au fil des temps permet d'en vérifier et la pertinence et l'évolution, ce qui permet d'apprécier clairement une situation démographique sans introduire les erreurs statistiques évoquées plus haut.
- En appliquant à rebours la formule des intérêts composés, on aboutit, pour une population de référence de 100 à la progression suivante de la récession démographique, pour des diminutions annuelles de populations cumulées d'une année sur l'autre, respectivement de un, trois et cinq pour cents:

              -1% l'an       -3% l'an      -5% l'an
-----------------------------------------------------------------------------------------------
après 1 an     99         97          95
après 2 ans    98,01       94,18       90,25
après 3 ans    97,03       93,29       85,5
après 4 ans    96,05       90,49       81,23
après 5 ans    95,09       87,77       77,17
après 6 ans    94,14       85,14        73,3
après 7 ans    93,2        82,6         69,63
après 8 ans    92,3        80,12        66,04
après 9 ans    91,4        77,7         62,73
après 10 ans   90,5        75,4         59,59

soit, sur 10 ans, une diminution globale de
              -9,5%        -24,6%       40,41%

- Pour appréhender dans un pays, chaque année, de tels mouvements démographiques, la mesure du taux de remplacement des générations est la meilleure méthode et la plus rapide puisqu'il suffit d'une seule mesure pour connaître le pourcentage de diminution de l'année. Si ce taux est de 2 seulement, il révèle une diminution de la population dans l'année de 3%. Si cette situation perdure pendant dix ans on voit que le résultat sera une baisse globale de 40,41% si rien ne vient compenser cette baisse de fécondité. Dans les faits, ce phénomène est souvent masqué par l'allongement de la durée de vie, la baisse de la mortalité infantile et les immigrations. A la lumière de ce que nous venons de voir on comprend mieux les fortes politiques d'immigration de certains pays ainsi que l'absurdité, du point de vue démographique de restreindre l'immigration plus particulièrement en France.
- Comme base de départ nous nous référons à l'Annuaire statistique 1995, publié par l'UNESCO en 1996, donnant les estimations des populations, les superficies et les densités populationnelles par pays pour les années 1980, 1985, 1990, 1992 et 1993.
Nous ne disposons pas, en 1996, de chiffres fiables postérieurs à 1993, compte tenu des délais d'établissement du comptage, en général réalisé en partant de la statistique précédente, corrigée par la différence entre les décès et les naissances et tenant compte, si possible, des flux migratoires, mais ces derniers n'influent pas sur l'évolution de la population globale de la planète.
Nous passerons donc en revue successivement, la démographie globale du monde, puis celle des continents, en les classant rbitrairement à partir de l'Europe, dans un ordre d'éloignement géographique croissant.
On remarque qu'entre 1992 et 1993, qui sont les deux dernières années pour lesquelles on dispose de chiffres officiels, les peuplements ont évolué, en faible hausse, toujours exprimés en milliers d'habitants, de la façon suivante:
Le Monde: hausse de 85 791 soit +1,57%
Afrique: hausse de 19 157 soit +2,86%
Amériques: hausse de 11 541 soit +1,56%
Asie: hausse de 53 733 soit +1,63%
Europe: hausse de 853 soit +0,12%
Océanie: hausse de 429 soit +1,57%
En résumé, seule l'Afrique a une population en hausse nettement plus forte que chacun des autres continents. L'Asie, les Amériques et l'Océanie ont une hausse moyenne de 1,6%. Seule l'Europe a une hausse faible de 0,12%.
- Pour y voir plus clair, on peut classer les continents de différentes façons suivant les paramètres considérés, à partir toujours des estimations portant sur 1993 quoique publiées en 1996.
- Le classement par populations décroissantes, montre que l'Asie avec 3 400 millions d'hommes arrive nettement en tête. Les Amériques avec 752 millions d'hommes représentent un peu moins du quart de l'Asie.
L'Europe avec 726 millions d'hommes est presque à égalité des Amériques.

L'Afrique est en quatrième position avec 689 millions d'hommes, soit un peu plus du cinquième de l'Asie et relativement proche de l'Europe et des Amériques. Enfin l'Océanie avec 28 millions d'hommes est la moins peuplée de tous.
- Lors du classement par superficies décroissantes, viennent en premier les Amériques avec 42 millions de km2,, l'Asie avec 32 millions de  km2 ne représente que 76,2% de la superficie des Amériques, L'Afrique avec 30 millions de km2 est très proche de l'Asie 93,7%, mais n'a que 71,4% de la superficie des Amériques.
L'Europe vient en quatrième position avec 23 millions de  km2, soit 71,9 % de l'Asie, 54,8% des Amériques et 76,7% de l'Afrique. En dernier l'Océanie n'a que 8,5 millions de km2, soit 20,2% des Amériques, 26,6% de l'Asie, 28,3% de l'Afrique et 37% de l'Europe.
- Un classement par densités décroissantes des populations. fait apparaître que l'Asie, avec 105 habitants au km2, a une densité équivalente à un peu plus de trois fois l'Europe qui a 31,5 h/km2, et presque cinq fois plus que l'Afrique, 23h/km2.
Les Amériques ont une densité de 18h/km2, soit environ le sixième de l'Asie, la moitié de l'Europe et les trois quarts de l'Afrique.
Enfin l'Océanie avec 3,3h/km2, a une densité équivalente environ au 35ème de L'Asie, au dixième de l'Europe, au septième de l'Afrique et au sixième des Amériques.
- Bien que ces chiffres ne soient que des estimations et non pas des recensements et qu'ils soient parfois, semble-t-il, surévalués en valeur
absolue, ils restent valables en valeurs relatives. Admettons-les, faute de mieux, comme base chiffrée pour développer nos analyses et nos commentaires.
- Les économistes du nord, pour effectuer leurs analyses et comparaisons, découpent habituellement en quatre groupes l'ensemble des pays du monde.
* Les pays développés à économie de marché sont en 1996, les États-Unis et le Canada, les pays d'Europe du Nord, du Sud et de l'Ouest (exceptés la Bosnie, Chypre, la Croatie, la Macédoine, Malte, la Slovénie et l'ex-Yougoslavie), puis l'Australie, le Japon, et la Nouvelle Zélande.
* Les pays à économie de transition sont, l'Albanie, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque, la Roumanie, la Slovaquie, les pays de l'ex-URSS, y compris la Communauté des États Indépendants, les Républiques Baltes et la Géorgie.
* Les pays en développement sont, les pays d'Amérique Latine et des Caraïbes, une partie de l'Afrique, (sauf ceux cités ci-après dans les pays les moins avancés), les pays d'Asie et du Pacifique, (exceptés l'Australie, le Japon et le Nouvelle Zélande), la Bosnie, Chypre, La Croatie, la Macédoine, Malte, la Serbie et la Slovénie.
* Les pays les moins avancés sont, l'Afghanistan, l'Angola, le Bengladesh, le Bénin, le Bhoutan, le Burkina Faso, le Burundi, le Cambodge, le Cap-Vert, les Comores, Djibouti, l'Érythrée, l'Éthiopie, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Guinée Équatoriale, Haïti, les Iles Salomon, le Kiribati, le Lesotho, le Libéria, Madagascar, le Malawi, les Maldives, le Mali, la Mauritanie, le Mozambique, Myanmar, le Népal, le Niger, l'Ouganda, le République Centrafricaine, la République démocratique populaire Lao, la République Unie de Tanzanie, le Rwanda, Samoa, Sao-Thomé et Pincipe, la Sierra Leone, la Somalie, le Soudan, le Tchad, le Togo, Tuvalu, le Vuanatu, le
Yémen, le Zaïre, la Zambie.
- L'évolution démographique est, fondamentalement, un phénomène reproductif individuel, donc un phénomène biologique. Il est aussi un phénomène collectif sociétal, c'est à dire une suite de transformations des liens entre les individus, un ensemble de changements dans la vie sociale ayant pour résultat la disparition de structures anciennes et l'apparition de formes nouvelles de structuration sociétale.
Toute évolution sociétale postule en effet une différenciation par rapport aux états antérieurs, puis la propagation dynamique de cette différence, cependant stabilisée en permanence par référence aux mêmes états antérieurs.
Cette dialectique est ago-antagoniste, ce qui veut dire que les actions équilibrent les réactions, l'ensemble étant dynamiquement stationnaire. Il est dynamique puisqu'il évolue, il est stationnaire puisque les composantes qui évoluent contradictoirement s'équilibrent entre elles. On dit de l'ensemble en biologie qu'il est homéostatique, c'est à dire en état évolutif mais stable.
C'est aussi le déploiement dans l'espace-temps d'un ordre antérieur implicite ou explicite.
L'évolution de l'œuf, c'est le déploiement de la poule, l'évolution de l'homme le déploiement des mammifères, l'évolution d'une entreprise le déploiement de son objet social, l'évolution d'un groupe social le déploiement dans le temps et dans l'espace des valeurs socialement
acceptées, communes aux individus qui le constituent, c'est sa culture.
Qu'y a-t-il de commun à l'œuf, à l'homme, à l'entreprise, à la société ? Et mieux, que peuvent-ils avoir de commun, dans leur approche systémique globale, car ce sont tous des systèmes dont la complexion structurée échappe à toute approche analytique qui se voudrait exhaustive ?
- C'est une chose de croire qu'on peut extrapoler une évolution démographique au sein d'une société, une autre chose de montrer qu'elle a effectivement eu lieu. Comme l'a démontré Hervé Le Bras presque toutes les prévisions de l'évolution démographique planétaire se sont révélées fausses depuis le début du siècle. C'est que les phénomènes biologiques comme la démographie ne sont jamais linéaires puisque leurs facteurs interagissent en permanence, alors que les prévisionnistes choisissent toujours des extrapolations linéaires.

Les erreurs d'appréciation évolutives
- Vénérant par trop les sciences dites exactes, l'homme moderne oublie que les phénomènes biologiques et sociaux sont extrêmement complexes et qu'on ne peut, sans risques d'erreurs simplifier l'ensemble pour l'étudier. Le rêve d'une prévision rationnelle garantie par les sciences pures et dures, est un rêve contre nature et rapetissant, qui endort la pensée critique fécondante, toujours extérieure au cercle restreint des sciences dures.
L'espérance de vie à la naissance  en France est, d'après l'OMS, en 1996, de 81,9 ans pour les femmes et de 73,8 pour les hommes, ce qui
correspond à un avantage pour les femmes de 8,1%.
- Rien ne permet de penser que le nombre des actifs au travail puisse augmenter pendant les prochaines années, ni en valeur absolue, ni en valeur relative. Il aura plutôt tendance à diminuer en raison du vieillissement de la population, du remplacement croissant des hommes par des automates, aussi bien pour la production industrielle que pour la distribution et surtout en raison de la diminution constante du taux de remplacement des générations, qui est actuellement, en France, proche de 1,7 seulement, alors qu'il faudrait
qu'il soit au moins égal à 2,1 pour que la population globale des natifs soit stable.
- Les sociétés humaines passent généralement par trois phases lors de leur évolution. Les deux premières ont été bien définies par Jean-Claude Chesnais, la troisième étant alors masquée par les incidences compensatrices de l'immigration.
Dans la première phase, un taux de natalité élevé est compensé par un taux de mortalité élevé, la population reste stationnaire. Dans la seconde phase, le taux de natalité se maintient élevé mais la mortalité baisse, la population se met à croître. Cela est principalement dû, à une meilleure hygiène et à une meilleure alimentation et aux progrès remarquables de la médecine.
Dans la troisième phase, le taux de natalité faiblit, ce qui provoque l'établissement d'une nouvelle phase démographique stable, mais à un niveau bien plus élevé que celui de départ. Sur un graphique ce phénomène se traduit par la classique courbe en S, dite logistique.
En France, comme dans la plupart des pays d'Europe, nous sommes, depuis environ deux décennies, entrés dans cette troisième phase de progressive stabilité, mais cela n'a pas été immédiatement apparent du fait des flux migratoires qui sillonnent l'Europe.
- Une population est stabilisée lorsque le taux de remplacement des générations est très voisin de 2,1 enfants par femme. Pourquoi un peu plus de deux pour remplacer un couple à la génération suivante et non pas deux. Tout simplement parce qu'il naît plus de garçons que de filles et que la mortalité des garçons est plus forte que celle de filles avant qu'ils aient atteint l'âge, à leur tour, d'avoir des enfants. Enfin parce que la longévité des hommes est actuellement plus faible de quelque 8% que celle des femmes en général, dans les pays industrialisés.
- En 1990 le nombre moyen d'enfants engendrés par femme dans les pays industrialisés était, selon l'OMS, de 1,8 et la France était alors proche de la moyenne avec 1,85. Ce chiffre continue à baisser, chaque année, partout depuis cette date. En France, six ans après, il est descendu à 1,7% en 1996.
Le record absolu en baisse est actuellement détenu par le nord du Piémont, en Italie, qui est descendu à 0,8 cette même année.
- Remarquons qu'une petite fille qui naît, n'a de chance d'avoir des enfants qu'une vingtaine d'années plus tard. Ce qui se passe aujourd'hui n'aura donc de conséquences démographiques visibles que pour la génération à venir. De plus, comme il y a un net vieillissement de notre population, dont l'espérance de vie à la naissance atteint actuellement pour les femmes un sommet très proche de 82 ans, ce vieillissement compense partiellement le déficit de naissances, et retarde  temporairement le déclin de la population. Ce n'est que plus tard, que les conséquences de la diminution de la fécondité féminine se feront sentir, en provoquant une décroissance
globale de la population. Enfin, comme on l'a vu plus haut dans le cas de la France, mais ce n'est pas un cas isolé, l'immigration vient en plus masquer le phénomène en compensant, et même au delà, le déficit des naissances par rapport aux décès.
- Parmi les populations qui nous entourent et qui sont immergées depuis environ deux millénaires dans un bain culturel religieux monothéiste, il en est qui admettent officiellement la polygamie, dirons-nous synchrone, et d'autres qui la refusent en droit, mais l'acceptent en fait et en différé, grâce au divorce.
Dans les deux cas, et sur toute la planète, cette polygamie régresse actuellement pour des raisons principalement économiques. Dans les pays à fort taux de chômage, la peur des lendemains financièrement désenchantés, induit les couples raisonnables à retarder les conceptions souhaitées, ce qui en fin de compte les conduit à avoir moins d'enfants. Mais il y a un effet pervers à ce comportement. Les enfants tard-venus dans un couple, ont plus souvent des malformations congénitales et leurs parents risquent de quitter ce monde avant d'avoir achevé leur éducation, ce qui peut induire en différé de nouvelles pathologies psychique générant des problèmes sociaux majeurs chez les nouvelles générations. La démographie s'en ressent en différé.
- La mauvaise hygiène, qui va de pair avec une mauvaise santé, est un frein majeur au développement. Elle vogue de concert avec la
sous-éducation. En effet, des travaux récents ont confirmé l'existence de liens étroits entre la santé, la fréquentation scolaire, le niveau d'instruction et l'insertion sociale.
- En 1990 l'analphabétisme, le fait de ne pas savoir lire, (à ne pas confondre avec l'illetrisme, le fait de ne pas comprendre ce que l'on lit),
est très inégalement réparti sur la surface de la planète et il y a un écart important entre les hommes et les femmes, surtout dans les pays en
développement. En effet, dans les pays développés, la scolarisation des
filles et des garçons est quasi identique, alors que dans les pays en
développement il y a, en moyenne, 22% de moins de filles scolarisées, le
record étant de 26% dans le monde arabe, tout ceci en 1990.
Rappelons que sur les 199 pays du monde, 26 n'ont, en 1990, aucun
enseignement obligatoire et, dans 50 pays, la durée de la scolarisation
obligatoire est inférieure ou égale à 6 ans.
Dans les pays développés on pense généralement que la totalité de la
population sait lire et écrire. Mais, depuis 20 ans environ, le nombre
d'illettrés ne cesse de croître, car un plus grand nombre d'enfants illettrés
atteignent l'âge adulte.

Le pétard mouillé de la bombe démographique
- Bien que certains aient déjà émis des réserves, la plupart des
démographes et leurs commentateurs avaient accepté, jusqu'à la fin des
années 80, comme une fatalité une inflation démographique galopante sur
la majeure partie de notre planète et particulièrement dans le
tire-bonde. Un prévisionniste audacieux comme Jean-Claude Chesnais
annonçait en 1991, que cela devrait nous conduire à une population
mondiale de quelque 8,2 milliards d'hommes vers l'an 2 025.
Un autre prévisionniste, Alexandre Dorozynsky, n'hésitait pourtant pas, dès
1980, à annoncer une croissance zéro à l'horizon 2 000, avec une
population estimée à un maximum de six milliards d'habitants. Il est le seul
à avoir vu juste à cette époque. Plus tard un éco-biologiste universitaire de
l'Université de Paris, le professeur François Ramade, en évoquant les huit à
douze milliards d'hommes prévus pour le milieu du prochain siècle, n'hésitait
pas à écrire, dès 1981, que ce ne serait sûrement pas le cas, car la planète
ne pourrait pas nourrir et maintenir en bonne santé une telle population. Il
ajoutait, "si l'humanité actuelle se révélait incapable de réguler
volontairement sa propre population, la nature s'en chargera". Quelle bonne
prémonition !
- On savait déjà, depuis 1914, qu'un processus biologique naturel de
régulation de la fécondité humaine s'était déclenché dans certains pays
d'Europe, dont la France. Récemment on constate d'après les statistiques
de l'Organisation mondiale de la santé, qu'entre 1970 et 1993, soit en 24
ans, la fécondité des couples, mesurée par le taux de remplacement des
générations, a chuté considérablement, aussi bien dans les pays en
développement que dans les pays développés. Le taux de remplacement
des générations est passé, en moyenne générale sur toute la planète, de
4,7 à 3, soit sur une génération, une diminution considérable en valeur
relative populationnelle de 57,5%. Dans les pays industrialisé comme en
Europe ou aux États-Unis, le taux de remplacement des générations était à
cette date de 1,8.
- On a suppose que c'est un facteur principalement biologique qui semble
en être responsable. La qualité et la mobilité des spermatozoïdes humains
ont prodigieusement diminué dans toutes les populations, quelque soient
leurs niveaux de développement et le climat sous lequel elles vivaient. Or
on sait que la fécondité humaine, comme la fécondité animale, est
directement proportionnelle à cette qualité et cette mobilité des gamètes
mâles, qui leur est notamment nécessaire pour franchir la barrière physique
du mucus visqueux du col de l'utérus.

La fallacieuse espérance de vie
- Le concept d'espérance de vie à la naissance a un sens trompeur. Il
intègre le passé dans l'instant présent, mais ne peut préfigurer l'avenir. Il
résume les conditions environnementales qui sont causes de mortalité lors du
moment de la naissance d'un individu.
Mais ces conditions peuvent considérablement varier au cours d'une vie
d'homme et en affecter la durée.
- En 1950 l'espérance de vie moyenne à la naissance des Européens,
hommes et femmes confondus, était de 65,8 ans. 45 ans après, en 1995, il
passe à 75 ans. Quelle sera la longévité d'un Européen né en 1950, encore
vivant en 1995 ? Sûrement plus que les 65,8 ans et peut-être 75 ans ou
même plus, si la longévité continue à augmenter. En fait on sait, que dans
cette augmentation, il y a de petites fluctuations d'une année sur l'autre,
mais qui n'affectent pas l'allure générale du phénomène. Il est courant de
lire dans les revues de gérontologie, que l'on tend vers une longévité qui
serait propre à notre espèce et que l'on a coutume de fixer aux alentours
de 120 ans. La doyenne de françaises va dépassé de peu cette limite
théorique et hypothétique avant de mourir.
- Autour des années 1950-1955, on a constaté par contre, que les habitants
de 56 pays du monde avaient encore une espérance de vie à la naissance
qui ne dépassait pas 40 ans.
Dans l'ordre croissant des espérances de vie on situait: L'Afrique 37,7 ans,
l'Asie du sud 39,1, l'Asie de l'Est 44,9, l'Amérique Latine et centrale 51,9,
l'Océanie 60,8, l'URSS 64,1, l'Europe 65,8, enfin l'Amérique du Nord 69 ans.
En 1970, le taux de remplacement des générations qui, normalement, en cas
d'équilibre de la population devrait être voisin de 2,1 par femme, était déjà
descendu à 2 au Japon et en Hongrie. Cette même année marque au
Nord, un tournant dans l'évolution des mentalités. Du point de vue des
comportements socialement admis vis à vis de la procréation, c'est la fin,
en Europe, d'une époque de magnification de la fécondité féminine héritée
du paléolithique, qui aura duré environ dix mille ans. Alors que mille cinq
cent ans avant notre ère, Egyptiens, puis plus tard, Grecs et Latins
pratiquaient la régulation des naissances par diverses méthodes
contraceptives physico-chimiques, les religions monothéistes modernes ont
repris à leur compte et magnifié le culte païen de la fécondité, ce qui
était évidemment une nécessité pour la survie de la famille lorsque
l'espérance de vie humaine était inférieure à 30 ans et que l'homme
n'avait que ses seuls bras pour travailler. Il fallait de nombreux enfants pour
travailler la terre et nourrir leurs parents sur leurs vieux jours. Le clivage
entre pays développés et pays en développement était alors très net. En
Afrique, avec un taux de remplacement des générations de 6,5 et en
Amérique Latine de 6,1, la fécondité exprimée par ce taux, est plus haute
qu'en Asie où le taux est de 5,8, (Japon exclu). L'Europe, l'URSS et
l'Amérique du Nord stagnent autour de 2,5. Le Kenya avec 8,1 et le Yémen
avec 8, détiennent alors le record mondial du taux de remplacement des
générations.

La planification familiale
- En 1994, voici les pourcentages de femmes, en âge de procréer, qui ont
eu recours à la planification familiale, par rapport à l'ensemble de la
population.
Par grandes régions: Afrique 65%, Asie du Sud-Est 73%,  Méditerranée
orientale 41%,
Par degrés de développement. Tous pays en développement 33%, dont,
pays les moins avancés, 56%, autres pays en développement, 21%.
- Examinons le cas particulier de la France, où règne depuis la Révolution
française, après l'abolition du droit d'aînesse, une certaine religiosité
construite autour du transfert des patrimoines des classes aisées, de
générations en générations, ce qui a induit, dans les populations rurales
principalement, l'attrait d'une famille avec quelques filles et surtout un fils
unique pouvant exploiter la terre sans la morceler au fil des successions. La
lenteur bien connue des évolutions sociales, liée à l'inertie classique des
mentalités, a freiné dans les autres couches de la population cette
tendance volontaire à la baisse de la natalité. Pour tenter de contrer cette
tendance fut créé sur les fonds légués à leur mort en 1925 et 1928 par
Mme et M. Cognacq-Jay un prix qui porte désormais leur nom, attribué par
l'Académie française, à des familles nombreuses méritantes de plus de dix
enfants pour les montrer en exemple. Pendant ce temps, du fait des
progrès continus de l'hygiène et de la médecine, la mortalité des personnes
âgées diminuait, ce qui a compensé et même inversé en France la
tendance générale à la diminution globale de la population.
- Dans le monde, la transition vers ce que l'on nomme la famille nucléaire
moderne, qui comprend deux parents et deux ou trois enfants, ne s'est
faite, dans les couches aisées de la population, qu'à la fin du XIXe siècle,
d'abord dans des pays en rapport de proximité avec la culture française,
Wallonie, canton de Genève, Piémont et Catalogne. Puis l'Angleterre,
l'Allemagne et la Suède emboîtèrent le pas. Lorsque se déclenche la
première guerre mondiale, la baisse du nombre moyen d'enfants dans les
familles est effective dans toute la population d'origine européenne, aussi
bien résident en Europe même, qu'outre-mer, en Amérique ou en Afrique
par exemple. Après la seconde guerre mondiale, la baisse s'étend à des
pays plus éloignés, soit en Europe comme la Bulgarie, la Grèce, la Roumanie,
la Yougoslavie, le Portugal, soit hors d'Europe, au Japon, au Chili, à Cuba,
en URSS et en Palestine. Puis, après 1970, elle touche les pays colossaux
que sont l'Inde et la Chine, qui s'engagent pour accélérer cette évolution
dans des programmes de restrictions autoritaires des naissances.
Au Japon, on constate actuellement un vieillissement rapide de la
population. La population globale était, en 1993, de 124 536 000 habitants.
Le Japon avait alors une densité de 330 habitants au km2, comparable à
celle de la Belgique, mais avec une répartition plus hétérogène, car la
Belgique n'a pas de chaînes montagneuses comme le Japon. La baisse de
la natalité, dont les Japonais n'ont que récemment pris conscience, est
spectaculaire, surtout dans la plus grande ville du monde qu'est Tokyo. Le
taux de remplacement des générations est descendu en dessous de 1,7
en 1995. Il était encore de 2 en 1970.
Dans la Communauté des États Indépendants, et dans certains pays issus du
démantèlement d'une grande partie de l'ex-Union soviétique, et plus
particulièrement en Russie, mais aussi en Ukraine, dans les Pays Baltes, en
Moldavie, en Géorgie, au Kazakhstan, la baisse du taux de remplacement
des générations est prouvée par un indice de 1,7 en 1991, descendu en
1996, entre 1,4  et 1,3 suivant les pays cités, rejoignant ainsi la situation
actuelle des pays de l'Union Européenne.

La baisse de la fécondité humaine
- Longtemps après en avoir perçu les premiers signes précurseurs dès avant
1914, on a constaté, au moins depuis 1980, dans le monde entier, une
décélération générale de la fécondité humaine.
- La CEE, vers la fin des années 70, connnaissait selon le critère de mesure
alors accepté, un "taux d'accroissement de population naturel annuel
moyen", (excédent des naissances sur les décès), de 4,7%. Les pays où ce
taux était le plus faible sont, l'Allemagne et le Luxembourg, avoisinant 1%.
Au sommet on trouve l'Irlande et l'Espagne 10%. A égale distance de ces
extrêmes, se situaient la France et l'Italie 5%, puis, un peu plus bas, le
Royaume-Uni 3%.
La baisse de la fécondité dans la CEE a été profonde et spectaculaire
entre 1965 et 1985. Cette baisse n'est plus mesurée par le taux
d'accroissement de population naturel annuel moyen, mais par le taux de
remplacement des générations qui est plus précis. Il est tombé de 2,6 à 1,6
entre ces deux dates. Depuis 1985 il a continué à baisser et dix ans après,
en 1995, il est descendu à 1,3 en moyenne, sans que ce chiffre, trop
récent, puisse être complètement fiable. Dans tous les cas, le chiffre réel
est situé entre 1,6 et 1,3 et, acceptons le, probablement plus près de 1,3
que de 1,6.
- Pour l'ensemble du monde, le taux de remplacement des générations était
de 4,7 en 1970, il est descendu à 3 en 1993. Bien que les chiffres de 1995
aient besoin d'être confirmés, il serait à cette date de 2,7 et il est en
continuelle baisse.
Il est évident que le taux de remplacement des générations évolue
parallèlement à la fécondité, sauf événements surajoutés et catastrophiques
comme les guerres, les génocides ou les catastrophes naturelles de grande
ampleur. Mais de tels événements n'affectent la population que d'une
petite partie du globe. De même, les migrations n'ont aucun retentissement
sur la population totale, alors qu'elles peuvent grandement affecter les
répartitions régionales ou locales.
Sauf renversement rapide et bien improbable de cette tendance, en cette
fin de siècle, du fait de la décélération de la fécondité humaine, mise en
évidence par la baisse du taux de remplacement des générations, nous
entrons dans une phase progressive mondiale de stabilisation
démographique. Le retentissement de cette baisse sur la démographie
globale, a été partiellement masqué à nos yeux par deux phénomènes
compensatoires, l'augmentation quasi générale de la longévité et la
diminution de la mortalité infantile. Cette phase de stabilisation dans
laquelle nous entrons doit logiquement perdurer au moins pendant environ
une génération, soit jusqu'à l'horizon 2 020, puisque la natalité actuelle  ne
se répercutera sur les générations à venir, que dans vingt ans, lorsque les
nourrissons d'aujourd'hui auront atteint l'âge d'avoir, à leur tour, des enfants.
Cette phase de population globale stable, s'il n'y a pas de renversement
de la baisse du taux de remplacement des générations, sera fort
inéluctablement suivie, dans deux générations, d'une baisse progressive de la
population planétaire, lorsque les nourrissons de 2 020 auront à leur tour
atteint l'âge d'avoir des enfants, soit vers 2 050.
- Rien n'indique actuellement que la baisse de la fécondité humaine,
constatée à l'aide de la baisse du taux de remplacement des générations
dans tous les pays du Nord, ne continue pas à s'étendre aux pays du Sud
où elle est déjà largement amorcée. Rien n'indique de plus qu'elle
soit sur le point de changer de tendance dans le monde. Même si elle se
stabilisait maintenant dans les pays développés, les pays en développement
nous ayant emboîté le pas avec un décalage dans le temps, vont
poursuivre leur baisse jusqu'à atteindre fort probablement le même point
que nous. Ce que nous vivons en cette fin de siècle est un phénomène
biologique de régulation naturelle de l'excès de la population humaine à la
surface de la terre.
En conséquence, la population planétaire, qui atteindra environ 5,7 milliards
en l'an 2 000, redescendra vers cinq milliards d'habitants ou même moins,
vers le milieu du prochain siècle. Il est impossible de donner plus de
précisions, car nous ne savons pas si le taux de remplacement des
générations le plus faible actuellement constaté (0,8 dans le nord du
Piémont en Italie) ne va pas être atteint ou même dépassé à la baisse par
de plus en plus de pays. Si cela était le cas, la chute démographique serait
brutale comme le montrent les chiffres suivants établis en appliquant à
rebours la formule des intérêts composés. Pour une population de départ
de six milliards, on a les diminutions démographiques suivantes, basées sur la
diminution du taux de remplacement des générations. Si la diminution est
de 1% l'an, 10 ans après nous ne serons plus que 5 430 millions d'habitants.
Et si la baisse est de 3% l'an, 10 ans après nous ne serons plus que de
4 524 millions d'habitants, soit une diminution globale 9,5% dans le premier
cas et de 24,6% dans le second. On mesure bien ainsi ce qui nous guette
vers 2 030, soit dix ans seulement après la phase de stabilisation dans
laquelle nous entrons et qui durera probablement vingt ans. La population
planétaire sera, au mieux proche de cinq milliards et demi, au pire, proche
de quatre milliards et demi d'habitants. Ce mieux et ce pire étant fort
relatifs suivant les points de vue adoptés. Un mieux écologique état perçu
comme un pire par les économistes. Ainsi se confirment les vue
prémonitoires de François Ramade qui écrivait en 1981, "si l'humanité
actuelle se révélait incapable de réguler volontairement sa propre
population, la nature s'en chargera".
- Remarquons qu'il n'y a pas d'uniformité à l'échelle du monde dans la
baisse du taux de remplacement des générations. Elle a commencé à se
généraliser, dès avant 1914, en Europe de l'Atlantique à l'Oural (Portugal,
Yougoslavie et Grèce exclues), ainsi qu'en Amérique du Nord, en Argentine,
en Uruguay, en Australie et en Nouvelle Zélande. De 1915 à 1939, cette
baisse a gagné le Portugal, Cuba, le Chili, la Yougoslavie, la Grèce et
l'URSS.
De 1940 à 1969, on constate une telle baisse en Turquie et en Égypte, au
Brésil et en Amérique centrale, Mexique excepté.
De 1970 à 1990, ce furent le tour du Maghreb, de l'Afrique du Sud, de la
Tanzanie, de Indonésie, du Moyen Orient et de l'Extrême Orient, (sauf
Arabie Saoudite, Pakistan, Népal et Laos).
- Depuis environ trente ans la baisse du taux de remplacement des
générations s'est progressivement étendue à presque toute la planète. Les
zones géographiques où le taux de remplacement des générations semble
encore en hausse, sont réduites à quelques régions de l'Afrique au sud du
Sahara, (Afrique australe exclue). En effectif populationnel cette hausse ne
touche plus que 8% de la population mondiale, alors qu'en 1965 cela en
touchait 71%. La comparaison entre ces deux chiffres nous semble la plus
forte confirmation de l'extension progressive du phénomène de diminution
du taux de remplacement des générations, ainsi que de sa probable
irréversibilité, au moins à court terme. Personne ne s'attendait, il y a trente
ans, à une chute aussi rapide, ce qui démontre bien que, derrière la
complexité et la multiplicité des facteurs économiques et sociaux qui
peuvent en être partiellement responsables, domine un facteur biologique
commun à toute l'humanité.

Les facteurs extrinsèques
- Outre le facteur biologique intrinsèque, d'autres facteurs accélèrent
encore cette tendance. Ce sont essentiellement des facteurs extrinsèques
surtout climatiques et sanitaires, ainsi que des facteurs socio-culturels.
- Les facteurs climatiques interviennent en premier lieu. Ils provoquent la
désertification de zones géographiques de plus en plus considérables, ce qui
induit une sous-alimentation chronique d'environ un milliard d'individus. De ce
fait ces hommes et femmes  ne se reproduiront plus ou presque plus. S'ils
se reproduisent, l'espérance de vie de leurs descendants faméliques sera
inférieure à l'âge nubile. Cela provoquera leur quasi extinction en deux
générations au plus. Ce processus est en cours par exemple à la périphérie
de la zone sahélienne africaine qui ne cesse d'étendre sa désertification.
- Des facteurs technologiques humains accentuent cette désertification par
la sur-exploitation sauvage des ressources énergétiques et biologiques.
Pensons à la destruction, dans les temps historiques, des forêts tempérées
de l'ancien monde, suivie actuellement par celle des forêts inter-tropicales
d'Afrique et d'Amérique. Pensons aussi, en Europe et surtout en Amérique
du Nord, à la sur-exploitation désertifiante des sols agricoles artificiellement
sur-fertilisés.
- Les facteurs sanitaires sont aussi à prendre en compte. Les pandémies des
zones intertropicales, comme celle du paludisme et de beaucoup d'autres
pour lesquelles on ne dispose d'aucun moyen de lutte économiquement
efficace, sont accentuées par une malnutrition chronique des populations.
D'après l'OMS, plus de deux milliards d'hommes sont actuellement en état
de déficience sanitaire grave, ce qui réduit d'autant leur espérance de vie
et diminue leur taux de reproduction.
- La baisse du taux de remplacement des générations se produit même
dans les pays où l'absence de protection sociale et le faible niveau
d'industrialisation encourage les familles nombreuses.

Le rôle de la communication mondiale
- Le développement planétaire des moyens de communication, tels que
radio, télévision, cinéma, presse, a porté à la connaissance des populations
des villes autrefois les plus isolées, l'exemple de la famille nucléaire
moderne, réduite à quatre ou cinq membres . Ces exemples propres
jusqu'ici aux pays du Nord, industrialisés, brillent pour elles comme des
phares de luxe et d'apparente harmonie.

Des facteurs humains
- Des facteurs économiques entrent aussi en compte. En cette période de
récession planétaire, la polygamie régresse au Sud et les familles
nombreuses disparaissent au Nord, ce qui diminue d'autant le nombre
d'enfants à naître lors des générations suivantes. Cela contrecarre
efficacement les effets contraires des propagandes dogmatiques de
fanatiques religieux qui s'en tiennent à la lettre de textes multimillénaires,
transmis avec des imprécisions de traductions en traductions, et
complètement devenus obsolètes du fait de l'évolution.
- L'extrême concentration urbaine masque aux touristes qui visitent les
grandes villes, la réalité démographique d'un pays, car elle s'accompagne
d'un dépeuplement massif des milieux ruraux qui leur est beaucoup moins
immédiatement apparent. Si les habitants des villes ont en général un taux
de fécondité plus bas, ils ont généralement aussi un taux de mortalité plus
faible, ce qui fait que les zones urbaines  enregistrent une croissance
naturelle de la population. La croissance additionnelle peut être due aux
migrations. Le taux de croissance moyen des villes du monde entre 1985
et 1990, selon l'OMS a été estimé aux alentours de 2,7%.
- L'hypertrophie des villes est une donnée caractéristique de l'ère
industrielle. En 1900, seule 10% de la population mondiale vivait dans des
villes et il n'y avait que quatre agglomérations de plus de deux millions
d'habitants, Londres, New-York, Paris et Berlin. En 1950 la proportion est
passé à 29% et en 1985 à 42%, avec une centaine de villes ayant dépassé
les deux millions d'habitants, dont 60 dans les pays moins développés. La
population urbaine est ainsi passée de 160 millions en 1 900 pour
l'hémisphère nord à 735 millions en 1950, puis deux milliards en 1985. Ainsi
la progression des mégalopoles est-elle devenue un phénomène mondial. On
le constate aussi bien en Afrique, où certaines villes ont vu leur population
doubler en 10 ans, qu'en Amérique centrale et Latine. Dans les pays
pauvres les plus peuplés, (Mexique, Brésil et Argentine), le taux
d'urbanisation est analogue à celui des pays développés. Il oscille entre 70%
pour le Mexique et 85% pour l'Argentine. L'Asie est une exception. Les
masses rurales sont prédominantes à 70% au Pakistan, à 75% en Inde et en
Indonésie, à 80% en Chine, en Thaïlande et au Vietnam, à 88% au
Bengladesh. Il y a aussi de fortes concentrations urbaines dans les pays
pétroliers du golfe persique et dans les pays industrialisés d'Asie, Japon,
Taïwan et Corée.
- Dans le tiers-monde la crise urbaine génère des bidonvilles et des favellas,
qui ne sont pas absents des grandes banlieues des mégacités des pays
industrialisés. Cela induit partout de mauvaises conditions de vie, engendrées
par la précarité, la malnutrition et l'absence d'hygiène.
Tout cela va dans le sens d'une réduction démographique à terme.
- Dans ces processus de décélération démographique ne comptent que pour
mille fois moins les conséquences des catastrophes naturelles, (inondations,
séismes, éruptions volcaniques, typhons, cyclones), celles des guerres, même
mondiales, ainsi que celles des épidémies récentes comme celle du
sida. Tous ces facteurs confondus ne font actuellement disparaître, en vingt
ans, que quelques millions d'hommes en âge de procréer et non pas des
centaines de millions.
- Il est très difficile de chiffrer la résultante combinée de tous ces
facteurs. Ce que l'on peut certainement dire, c'est qu'ils vont tous dans le
même sens, à savoir une diminution de la population à venir de la
planète. Le phénomène nous est masqué, à son début, par la surpopulation
effective actuelle, souvent volontairement surestimée lors des estimations
mondiales, pour des raisons économiques et culturelles, car des familles
nombreuses sont traditionnellement une richesse, une assurance sur l'avenir
dans les pays pauvres. Pour les gouvernants, une population globale forte
entraîne la facilitation de l'obtention d'une assistance internationale
financière au développement, ainsi que des investissement industriels.
Il a fallu adopter un changement radical de point de vue, en partant
d'enquêtes épidémiologiques, exprimées par le taux de renouvellement des
générations, pour mieux saisir l'évolution démographique à venir de
l'humanité.

Combien serons-nous dans un proche futur ?
- Serons-nous quatre milliards d'ici le milieu du siècle prochain ? C'est une
question qu'il faut se poser, même si nous ne pouvons pas y apporter de
réponse certaine et numériquement fiable.
En effet, comme l'a démontré Hervé Le Bras la quasi totalité des
prévisionnistes du passé s'étant trompés en pronostiquant 10 à 12 milliards à
cet horizon, il paraît prétentieux de prétendre pouvoir faire mieux qu'eux,
même en sens inverse.
- Comme on l'a vu plus haut, la population actuelle de la planète est
estimée être en cours de stabilisation autour de 5,5 milliards d'hommes, plus
ou moins 200 millions. Tout ce que nous avons vu précédemment laisse à
penser que c'est plus probablement 5,3 milliards d'âmes, plutôt que 5,7
milliards, qu'il faut retenir. Mais là n'est pas l'essentiel du problème, il est
dans le chiffrage prévisionnel des conséquences de la baisse générale
planétaire et incontestable de la fécondité humaine, mesurée par le taux
de remplacement des générations.
Ce qui est certain, c'est que si la tendance actuelle à la baisse persiste
pendant encore une génération, d'ici deux générations, soit autour du milieu
du siècle prochain nous serons plus proches de quatre milliards que de cinq,
comme on l'a vu plus haut.
-Dans cette perspective de déflation démographique, n'oublions pas cette
maxime de Léopold Sédar Senghor "nous n'héritons pas de la terre de nos
parents, nous l'empruntons à nos enfants", et
souvenons-nous aussi de cette phrase d'Élie Wiesel, "un être humain est
libre, non quand l'autre ne l'est pas, mais quand l'autre l'est aussi".
Incertitudes et illusions
- Une pensée scientifique ne progresse qu'en détruisant des certitudes
antérieures. Un développement sociétal ne se fait qu'en construisant du
neuf sur les décombres des certitudes perdues.
- Le progrès sociétal est, depuis toujours, caractérisé, bien plus par des
avancées créatives audacieuses, que par des prévisions logiques linéairement
extrapolées à partir du présent. C'est ainsi qu'on a pu dire que c'est
l'imprévu qui fait bouger les choses, pas le prévisible.
- En caricaturant la situation, disons que la stabilité démographique actuelle
donne la fièvre aux économistes, alors que paradoxalement, la fièvre
démographique est, pour eux, le signe révélateur d'une bonne santé. Cela
paraîtrait être l'inverse aux yeux des biologistes qui étudient les mécanismes
de la vie, des éthologistes qui étudient les comportements des êtres vivants,
et des écologistes qui étudient les relations des êtres vivants avec leur
milieu.
- Au lieu de réfléchir posément sur l'évolution populationnelle
contemporaine, les idéologues plantent une cible dans un paysage futur
abusivement simpliste et confondent ensuite cette cible avec un
hypothétique, mais obligatoire, point final d'arrivée, alors que le point final
réel en sera souvent fort éloigné.
- Le monde n'est ni un continent, ni une race, ni une religion, ni un état, ni
une ethnie, ni un parti, ni une église, ni une ville, ni un quartier, ni un
immeuble, ni un logement, ni une famille, ni un individu, c'est, selon
l'informaticien américain Douglas Hofstadter [9], une hiérarchie enchevêtrée
de tout cela. Bien malin sera le prévisionniste  capable de prendre en
compte tous les facteurs interrelationnels de cette complexion sociétale,
pour en tracer le futur, ne serait-ce simplement que du point de vue
démographique.
- Il semble que les hommes aient un besoin profond de se raccrocher à des
idéologies sociales qui peuvent être de natures multiples. Les homme
d'église ont baptisé les leurs, des dogmes, les hommes de science les ont
affublées d'un masque savant dénommé paradigme, qui en fait, est aussi un
dogme. Il vaudrait mieux le nommer paradogme. Ces concepts dogmatiques
ont, comme plus petit dénominateur commun, le fait de ne pouvoir être
rationnellement démontrés, ce qui fait psychologiquement leur force.
Simplement, en sciences, il faut avoir le courage de changer de paradigmes
lorsque ceux d'une génération ont fait leur temps. On ne détruit pas un
paradigme, simplement on l'inclus dans un nouveau qui le dépasse et
l'intègre. Par exemple le paradigme gravitationnel newtonien, toujours
opératif aux vitesses triviales de nos engins techniques, depuis Einstein est
inclus dans le paradigme relativiste qui fonctionne, même aux vitesses
proches de celles de la lumière.
- L'économie n'est pas le moteur du développement. Comme on l'a évoqué
plus haut, l'économie n'est qu'un outil d'évaluation quantitative d'une des
composantes de l'activité sociale à un moment donné. Elle est un outil de
réemploi efficace des plus values financières antérieurement dégagées pour
faire de nouveaux investissements quantitativement productifs. En elle-même
elle n'est pas le moteur du développement, car ce n'est pas le quantitatif
qui en est le moteur, mais bien le qualitatif souhaité par les hommes, pour
vivre d'une façon optimale dans un environnement aussi agréable que
possible. Les vrais moteurs du développement, ce sont les facteurs
d'évolution par et pour l'humain, en un mot culturels. Osons revenir aux
sources d'un véritable humanisme en abandonnant le paradogme de
l'économie moteur du développement. Provoquons, dès maintenant, de
multiples réflexions de groupe dans cette perspective.
- Croissance n'est pas synonyme de développement. Quand on parle de
croissance, sans autre qualificatif, on pense à l'économie et aux masses
financières qui sont censées alimenter cette économie, les deux ensemble
œuvrant au service du développement. Or il n'en est rien comme me l'a
fait remarquer, Boris Berkovski, Directeur de la Division des sciences de
l'ingénieur et de la technologie, lors du colloque Science et société, tenu à
l'UNESCO en 1993 [28]. Il y a là un double dogme, qui fut jadis réel et
devient maintenant progressivement de plus en plus imaginaire. Dogme
primaire de l'économie moteur du développement dont on vient de voir
l'inanité, dogme second des masses financières censées être le "sang"
vivifiant l'économie capitaliste.

Le cancer financier
- La montée mondiale des spéculations financières, socialement
improductives, minorise progressivement cette fonction essentielle en
économie capitaliste. Le jeu boursier planétaire crée virtuellement de
l'argent sur l'argent sans production de biens matériels ou idéels. Il porte
sur des masses monétaires circulantes considérables, certains économistes
pensent tout haut, sans oser l'écrire, que ces masses représentent
actuellement plus de 95% de l'argent circulant, d'autres disent même 99%. II
est évident qu'une telle masse financière, perpétuellement mouvante et sans
frontières, est une bulle creuse, non gagée sur des biens ou des produits. Il
apparaît à beaucoup, plus facile de gagner de l'argent en bourse  par des
spéculations sur l'argent, plutôt que d'innover pour créer et produire, afin
de gagner le dividende de ces activités, l'argent, contribuant ainsi à la
croissance économique par des retours d'investissements. Ce phénomène
pervers a conduit Alan Greenspan, Président de la Réserve fédérale des
États-Unis, à adresser un solennel avertisement à la bourse en écrivant qu'il
n'approuvait pas "l'irrationnelle exubérance spéculative" de Wall street,
provoquant ainsi des frémissements boursiers. Celez est confirmé par les
évaluations déjà évoquées de Walter G. Murphy et Eric Miller, [37]. Ce
phénomène est amplifié par la dématérialisation informatisée de la monnaie
qui ne permet pas d'en contrôler les volumes. Il fait apparaître et grossir,
en quelque sorte, une tumeur financière, que l'on peut à bon droit qualifier
de cancéreuse. En effet, comme un cancer biologique, elle croît pour
elle-même, en parasite dans l'organisme qui l'héberge, sans aucun bénéfice
pour lui et, l'envahissant progressivement, finalement elle le détruit.
Pour un cancer biologique l'hôte est le corps humain. Pour un cancer
financier, l'hôte est actuellement le corps de l'économie libérale de nos
sociétés qui se sont auto-proclamées avancées.
- Cette course spéculative tumorigène pouvait continuer sans
qu'apparaissent ses fâcheuses conséquences, tant qu'on pouvait tabler sur
une croissance démographique quasi exponentielle. Toujours plus de
consommateurs potentiels à satisfaire dans le futur, permettait d'accepter
un certain gaspillage financier. Puisque maintenant, on sait que la
démographie globalement dans le monde, est de moins en moins en
expansion, mais en voie de stagnation, prélude à une régression, on ne peut
plus se permettre ce gaspillage qui devient vite générateur d'une inflation
compensatrice, source de déstabilisation sociale. Par quel mécanisme
dégonflera-t-on cette bulle financière, avant qu'elle ne provoque un
effondrement planétaire de la confiance en bourse ? Une réflexion politique
internationale sur ce sujet est urgente. Elle profiterait, par ricochet, à bien
d'autres domaines de notre société industrielle et informationnelle.

L'équilibre dynamique
- Il y a au moins deux sortes d'équilibres. On peut qualifier le premier de
statique, c'est celui d'une balance lorsque les poids posés sur l'un des
plateaux équilibrent ce que l'on pèse placé sur l'autre plateau. Le second
est l'équilibre dynamique. C'est celui d'une rame de métro lorsque le
nombre des voyageurs qui descendent de la rame à une station est
aussitôt compensé par la montée de nouveaux voyageurs.
- En biologie, comme en sociologie, qui en fait n'est qu'une branche de la
biologie, les équilibres sont toujours dynamiques. Chaque jour, chacun de
nous ingurgite, mettons trois kilos de nourriture et de boisson, et en excrète
à peu de chose près autant, sous forme de selles, d'urine et de sueur.
- Dans une entreprise bien gérée, le total des approvisionnements ressort
sous forme de produits manufacturés et de déchets. Il y a bien là un
équilibre dynamique, mais c'en est une nouvelle forme. C'est un équilibre
dynamique avec valeur ajoutée. C'est cette valeur ajoutée par le travail
des hommes qui est le moteur économique de l'entreprise.
- On saisit bien là comment s'articulent les deux faces janus de la même
réalité, ce sont les hommes qui créent une nouvelle valeur d'échange, les
fonctionnalités d'un nouveau produit, et ce sont les outils auparavant créés
par l'homme qui vont transformer les matières premières en produits finis, en
y ajoutant de la valeur, énergétique certes, mais aussi, informationnelle,
sensorielle, passionnelle, esthétique, voire éthique. Toutes ces valeurs
ajoutées ne sont pas mesurables et quantifiables au sens
physico-mathématique de ces termes. Et pourtant, pour les acheteurs,
usagers de ces produits, chacun de ces facteurs a de la valeur.
- Dans les méthodes de calcul des prix de revient on prend en compte au
premier chef la composante énergétique. On dit qu'il faut tant d'énergie
pour produire une automobile, en comptant les dépenses énergétiques tout
le long de la chaîne qui va de l'extraction des minerais pour fabriquer les
métaux et leurs alliages, qui seront utilisés dans les moteurs et la
transmission, mais aussi le pompage du pétrole qui permettra la synthèse
des composants plastiques utilisés pour fabriquer la carrosserie, l'énergie
consommée par les bureaux d'études, etc. A chaque étape de cette
chaîne, il y a incorporation de valeurs ajoutées. Un kilogramme de moteur
vaut beaucoup plus qu'un kilogramme de fonte en lingot. Mais, une fois
l'automobile finie, prête à être proposée aux acheteurs, il faut prendre en
compte d'autres valeurs ajoutées, comme par exemple, sa consommation
aux cent kilomètres, le coût de son assurance, sa tenue de route, sa
facilité de garage en ville, l'esthétique de son carrossage, le confort de son
habitacle, le plaisir éprouvé par les passagers transportés, etc. Si les
premiers facteurs sont facilement chiffrables, il n'en est pas de même pour
les derniers. Et pourtant ce sont ceux qui comptent le plus pour les
acheteurs.
- On voit là toute la différence qu'il y a entre valeur matérielle et valeur
d'échange. La valeur matérielle se calcule à partir de l'énergie consommée
le long de toute la chaîne de production, comme on vient de le voir. La
valeur d'échange est la transcription moderne de ce qui vient du fond des
âges lorsque l'industrialisation de la production n'existait pas encore. En un
premier temps les hommes ont échangé des objets utiles ou décoratifs de
nature différentes, pourvu que, pour chacun, la valeur de l'objet acquis
puisse compenser la valeur de l'objet échangé. C'est pour cette raison
qu'on parle, depuis toujours, de valeur d'échange.
- Dans l'échange les valeurs ajoutées se compensent, mais ne sont ni
matériellement mesurables ni énergétiquement chiffrables. La monnaie a été
introduite il y a 35 000 ans environ, pour permettre les échanges en
différé, en un mot le commerce. Les premières monnaies étaient des
coquillages naturels, ou travaillés, ou décorés par les hommes.
Progressivement, cette valeur d'échange immatérielle a été occultée par la
valeur ajoutée matérielle des objets manufacturés.
- Devant la situation de détresse de certaines personnes, on a récemment
revalorisé la valeur d'échange par le troc et même conceptualisé en France
une comptablité d'échanges en grains de "SEL", acronyme de système
d'échanges locaux. C'est une première voie de réhabilitation de la valeur
d'échange, qui est beaucoup plus indépendante du niveau de vie des
intéressés que la valeur industrielle et commerciale, calculée et
comptabilisée par notre TVA triviale. Elle a le grand mérite de ne pas
exclure des circuits d'échanges sociaux les plus défavorisés de notre
société. Elle a aussi le mérite de ne pas les assister par des allocations qui
créent des dépendances, pour ne pas dire les vassaliser à l'instar des
manants du temps jadis.

Information et inform-action
- On parle enfin depuis peu de guerre informationnelle. Que recouvre ou
cache cette nouvelle formulation ? En fait, ce type de guerre a toujours
existé. On repère facilement, de l'extérieur, lorsqu'elles prennent la forme
de propagandes totalitaires, mais moins bien de l'intérieur, du fait de la
censure et des répressions féroces qui s'abattent souvent sur les
contestataires. Il faut penser aussi aux campagnes de désinformation qui
précèdent en général les conflits inter-états, pour nous les faire accepter
comme inévitables en nous en cachant les véritables enjeux. Le réseau
mondial internet va certainement bien compliquer la tâche des censeurs. Au
lieu de tenter inutilement d'empêcher sans succès, la diffusion de certaines
informations qualifiées de perverses, à bon comme à mauvais droit, nous
pensons qu'on devrait s'attacher à l'aborder par l'éducation, qui est le seul
outil de masse capable d'en limiter les effets. Et cette éducation doit
emprunter le même réseau internet pour être efficace.
- La société actuelle, au moins dans les pays industrialisés, est socialement
constituée d'une juxtaposition de spécialistes, chacun ignorant ceux qui
n'œuvrent pas dans le même champ de spécialité que lui. Ainsi, chaque
chercheur, du champ des sciences dites dures, qui se sont un peu
abusivement autoproclamées exactes, est un quantophrène, dissocié non
seulement de ses voisins d'autres disciplines tout aussi exactes, mais aussi de
tous ceux qui œuvrent dans les sciences biologiques, humaines et sociales,
auxquelles certains même dénient le droit d'être des sciences.
Même si dans ces domaines certains utilisent à bon escient des outils
mathématiques pour établir et interpréter les statistiques, il n'est pas logique
de penser qu'elles puissent un jour être qualifiées de sciences exactes,
puisqu'elles se développent dans le tissu social humain qui est plein
d'inconsistances, d'incomplétudes et de passions irrationnelles.
- Tout se passe dans l'esprit des économistes, comme si l'économie sociale
était une science exacte. Il suffit de suivre les variations chaotiques des
cours des valeurs boursières pour être convaincu du contraire. Les choix
illogiques, irrationnels humains, prennent le pas sur la prétendue logique
économique universelle. Ce sont les hommes et leurs besoins culturels de vie
harmonieuse, et non l'économie qui sont les moteurs du développement,
répétons-le.

La babellisation créative
- Le mythe de la langue unique comme de la pensée unique veut s'imposer.
La prétendue malédiction de Babel fait courir certains vers une langue
unique pour retrouver une communication planétaire perdue.
C'est peine perdue en raison du poids des cultures construit au fil des
millénaires. C'est à ne pas souhaiter, car l'uniformisation qui en résulterait
tuerait le biodiversité ainsi que la socio-diversité qui sont indispensables à
l'évolution du monde. Sachons qu'en une génération seulement les
informaticiens ont refait en accéléré le parcours diversificateur des langues
et ont créé autant de langues informatiques qu'il y a de langues sur la
planète, soit environ 4 000. Unité dans la diversité, est la seule voie
possible pour une évolution harmonieuse du monde. En biologie
l'uniformisation c'est la mort. En sociologie aussi. Peut-on imaginer une
société uniquement composée de bouchers et de végétariens ?

Les appétits de pouvoir
- Dans toute démocratie on doit tendre vers une nette séparation des
pouvoirs. Cela est inscrit dans la plupart des constitutions. Qu'en est-il en
fait ? Prenons le cas de la France. La plupart des affaires qui nous agitent
actuellement sont la conséquence du non respect de la séparation des
pouvoirs donc des fonctions. L'appétit de pouvoir qui sommeille au fond de
chacun de nous, se réveille dès qu'une parcelle d'autorité nous est
donnée. Cette autorité se mue en césarisme et pour exercer ce pouvoir
destructeur, l'homme cumule des fonctions qui devraient être exercées par
des individus différents. Une analyse sévère des conséquences
dommageables de ces comportements, devrait être introduite dans
l'éducation de nos enfants, ainsi que dans la formation des adultes.
- L'usage la langue de bois, non seulement par beaucoup de nos politiques,
mais aussi par bien des dirigeants d'industries, est le symptôme d'un
dysfonctionnement psychique collectif. On se masque devant autrui pour ne
pas jouer la transparence, soit par appétit de pouvoir, soit aussi par
manque de sûreté personnelle devant une situation difficile comme elle l'est
actuellement. Pourtant la seule façon d'accélérer la mutation en cours, pour
sortir le plus rapidement possible de la période traumatisante de transition
que nous vivons, est de refuser la politique de l'autruche et d'aborder la
situation les yeux, les oreilles et la bouche ouvertes. Continuer à distiller des
incantations en faveur du plein emploi et du retour de la croissance, n'est
d'aucune efficacité, si on ne réfléchit pas sur une nouvelle forme de travail
et un nouveau type de croissance.

Exclusion et hiatus
- On assiste de plus en plus à un refus de l'exclusion sociale. Quel
paradoxe, que de voir un pays comme la France, engager des milliards de
francs pour la construction d'un mégalo-stade, et dont deux des principaux
organismes financiers ont perdu, chacun, plus d'une centaine de milliards, du
fait de mauvaise gestion et de spéculations immobilières hasardeuses, tout
aussi incapable de sanctionner les responsables de ces gaspillages, que de
consacrer quelques pour cents de ces montants pour réduire l'exclusion.
- Exclusion et hiatus sociaux ne sont pas synonymes. Dans le premier cas,
ce sont les plus financièrement défavorisés qui sont touchés, dans le second
ce sont, ce qu'il est convenu d'appeler les classes moyennes qui
disparaissent. Or l'histoire nous a appris, qu'une société privée de classes
moyennes, voit se dissoudre sa cohérence sociale démocratique et ne peut
plus subsister que par la volonté d'une dictature, sinon elle se délite et
sombre dans un chaos comportemental suicidaire. Nous en voyons
actuellement, autour de nous, s'en développer les prémisses, à moins que
notre refus engendre un sursaut réflexif, nous permettant enfin de prendre
démocratiquement notre destinée en main.
- Aurons-nous un jour prochain, une volonté politique de réduction de
l'expansion des resto-rapides nuisibles pour notre santé, analogue à celle qui
se met heureusement en place pour réduire l'expansion abusive des grandes
surfaces, destructrices du tissu social de proximité. Cette importation en
France, d'habitudes alimentaires d'outre-atlantique dont on connaît les
conséquences pathologiques, nous conduira-t-elle à des désastres
comparables à ce qui s'est produit aux États-Unis en 1993 ?
Souvenons-nous qu'en cette année là, les États-Unis ont connu la plus forte
flambée épidémique de diarrhée de leur histoire. A titre d'exemple, dans la
seule ville de Milwaukee dans le Wisconsin, ville de 628 000 habitants,
(1,4 millions avec les banlieues), l40 000 d'entre eux ont eu une diarrhée
diffuse pendant un dizaine de jours en moyenne et 2 000 ont dû être hospitalisés.
 
Le grand débat
- Tant qu'un débat démocratique transparent n'aura pas été effectivement
participativement vécu par l'ensemble de notre société, nous nous
enfonçons dans un cloaque comportemental en laissant à nos enfants le
soin de réparer nos erreurs. Quelle belle gestion par l'état, de l'entreprise
France, en bon père de famille !

- L'équilibre démographique doit être revu et corrigé à la baisse.
On peut s'interroger, à bon droit, sur l'état démographique réel, actuel et
futur, de notre planète.
La "bombe démographique" du milieu du siècle, amplifiée par médias
interposés pendant la seconde moitié de ce siècle, n'est plus qu'un pétard
démagogique mouillé, visant à entretenir l'espoir collectif fallacieux d'un
retour possible à la croissance économique. Cette croissance serait
prétendument inévitable pour satisfaire aux besoins croissants de
consommation générés par la démographie galopante de nouveaux futurs
consommateurs de nos produits manufacturés.
- Nous avons vu que, sans avoir la possibilité de la chiffrer de façon fiable,
on est cependant en droit de penser que la démographie est actuellement
surestimée dans beaucoup de cas, aussi bien au Sud qu'au Nord, pour des
raisons différentes suivant les pays.
- Nous sommes actuellement plus près de cinq milliards et demi d'habitants
que de six et nous ne dépasserons certainement pas six après l'an 2.000,
vérifiant ainsi les prévisions de Dorozynski faites en 1980.
- Examinons les conséquences du vieillissement des populations
D'une manière générale, du fait des progrès de l'hygiène et de la
médecine, les personnes âgées, dans tous les pays, poursuivent lentement
mais continûment leur montée en longévité et augmentent en nombre plus
longuement et plus rapidement que le reste de la population. Plus
longuement parce qu'il faut attendre plus longtemps que les générations,
nées avant la baisse de la fécondité, atteignent un grand âge, plus
rapidement parce que l'effet cumulatif du recul de la mortalité, dû aux
progrès de l'hygiène et de la médecine, affecte ces générations tout au
long de leur vie.
- Il se produit donc, chez les pays vieillissants ce que l'on nomme une
inversion de la pyramide des âges. La base de la pyramide où se situent
les jeunes se rétrécit progressivement.
- Le nombre de personnes âgées connaît une évolution mondialement
presque uniforme. Si en 1900, on constatait qu'il y avait une population
âgée de plus de 65 ans de 5,7 millions en Inde, 3,2 en France, 3,1 aux
États-Unis, ces chiffres deviennent en 1950, 11,8 millions en Inde, 4,8 en
France, 12,3 aux États-Unis et en 1990, 38,4 millions en Inde, 12,6 en France,
31,4 aux États-Unis.
On devine que les conséquences socio-économiques de cette situation
soient nombreuses, on le verra plus loin.
- La quête d'un nouvel équilibre sociétal durable est profondément
souhaitable. Du fait de la progressive stagnation de la pression
démographique, nous allons inéluctablement, à terme, vers une accentuation
de la réversion de la consommation des énergies, aussi bien conventionnelles
que renouvelables. De trop bon marché, comme elle l'est actuellement dans
les pays industrialisés, ce qui provoque une surconsommation polluante,
l'énergie va devoir devenir nettement plus chère au nord. Cela jouera en
faveur des énergies renouvelables réparties en sites de production
décentralisé, pour assurer le développement des pays à fortes populations
rurales et isolées.
- Dans les pays industrialisés, les incantations des hommes politiques et des
industriels, voulant exorciser la peur du chômage futur, ne peuvent faire
revenir la croissance, puisque ses bases fondatrices, valables pendant les
trois premiers quarts de ce siècle sont actuellement périmées. Il en est ainsi
de la course aux armements puis au surarmement qui n'ont plus lieu d'être.
C'est aussi vrai de la spéculation financière qui a dévié vers une évolution
socialement tumorigène, puisqu'elle accapare la quasi totalité des ressources
financières disponibles, en les détournant d'investissements productifs.
C'est aussi l'économie, jusqu'ici tenue pour motrice du développement, qui
tombe de son piédestal pour être replacée à son vrai rang, qui est le rang
d'outil, indispensable certes, mais mis au service d'une pensée politique plus
humaine.
- Moins d'habitants à terme, signifie entre autres, au Nord, pour les
entreprises, moins de consommateurs, donc moins de clients potentiels, moins
de chiffre d'affaires et un écart encore plus grand entre riches et pauvres,
entre modes de vie urbains et ruraux.
- Au Nord, dans le système économique actuel, en Europe notamment, si
nous ne changeons pas radicalement notre comportement humain, espérer à
court terme le retour d'une nouvelle croissance économique durable est
illusoire.
- Il est dorénavant nécessaire de porter nos réflexions et nos efforts non
plus seulement sur les facteurs économiques et techniques, mais aussi, et
principalement sur les composantes factorielles humaines et sociales du
développement.
- C'est de la recherche d'une vie harmonieuse des hommes individuellement
et de tous les hommes collectivement qu'il s'agit.
- Une société comme la nôtre, qui sécrète de plus en plus d'exclus sociaux
nationaux et qui feint d'ignorer le nombre gigantesque des exclus
internationaux du tiers-monde, se condamne à voir se dissoudre les liens
sociaux qui ont historiquement été tissés et ont assuré sa cohérence. Elle
court ainsi à sa perte.
- Osons mettre en oeuvre une synergie socio-économique planétaire de
proximité entre le Nord et le Sud. Les deux tiers de la population de la
planète sont des producteurs-consommateurs en puissance, qui un jour, en
évitant de reproduire nos erreurs et en suivant leur chemin propre, pourront
nous rejoindre, en gardant leur identité et leur originalité, au forum des
pays développés, pour peu que nous effacions de notre mental la peur de
leur concurrence. Il y a en France, entre la Région Parisienne et la Corrèze
ou le Cantal, autant de différences de niveaux de vie qu'entre la France
et certains pays d'Afrique. Personne cependant n'aurait l'idée en France
d'exclure de notre communauté ces deux départements sous le fallacieux
prétexte que le niveau de vie n'y est pas assez élevé et qu'il n'y a pas
de production industrielle de masse. Dans le village planétaire qu'est
devenue notre terre, il y a place à un développement harmonieux pour
tous, mais autrement, comme l'a si bien écrit André Danzin.
- Nous entrons en effet progressivement sur l'ensemble de la planète, dans
une phase de plus en plus démographiquement stable, autrement dit
dynamiquement équilibrée. Bien sûr il existe de fortes disparités entre le
Nord et le Sud, mais le poids des uns compense le déficit des autres. On
devrait pouvoir s'en réjouir, mais paradoxalement nos économistes qualifient
péjorativement cette phase de stagnation, tant est omniprésent pour eux le
dogme de la réussite assurée par la course effrénée, dans les pays
industrialisés, à la croissance qui va de pair avec l'extrême rentabilité
économique et financière que nous vivons.
- Cette connotation négative, est due au dogme "politiquement correct",
généralement proclamé et non discuté, de la possibilité d'une croissance
économique continue, motrice prétendument éternelle de notre
développement. Or une démographie globalement stable ne peut plus
justifier une croissance continue de la production. Dans les pays
industrialisés, cette dernière ne peut plus croître que pour assurer le
renouvellement et l'amélioration des bien consommés, ainsi que pour
réhabiliter et protéger notre environnement.
- Les incantations pour le retour d'une hypothétique croissance, analogue à
celle que nous avons connue pendant trente ans, tendent à exorciser la
peur de la stagnation. Or stagnation signifie en biologie comme en
sociologie, homéostasie, c'est à dire phase d'équilibre dynamique harmonieux
dans le développement d'une population.
- En maintenant un mode de croissance analogue à celui que nous avons
connu, avec une croissance économique annuelle supposée de 3,5%, chiffrée
en monnaie constante, on devrait doubler notre consommation en une
génération, soit en 20 ans, pour absorber notre production. Ce pourrait être
acceptable si, dans le même temps, la population concernée doublait, ce
qui est totalement irréaliste dans l'actuelle conjoncture démographique.
- En continuant à faire des appels incantatoires au retour de la croissance,
gage du plein emploi, sans nous préoccuper de l'harmonie du
développement de l'homme dans notre société, nous allons mettre en route
des mécanismes compensateurs pervers, comme le retour de l'érosion
monétaire, autrement dit de l'inflation, qui rend illusoire la croissance
annoncée. Cette croissance, en effet attestée par des chiffres, n'est jamais
exprimée en étalons monétaires constants.
- Pour satisfaire à la course au rendement, proclamé gage d'efficacité
dit-on, et du fait de progrès technologiques galopants, on condamne à
l'inactivité une part toujours croissante des actifs qui, devenus chômeurs, ne
seront bientôt plus consommateurs. Cette course à l'automatisation
omniprésente, aussi bien au niveau de la production que de la
commercialisation, qui correspondent de moins en moins aux besoins effectifs
des hommes, risque d'enclencher, par effet pervers, une augmentation
supplémentaire du chômage. Les exclus de la société de
production-consommation correspondront en nombre à ceux qui, s'ils étaient
maintenus en activité, auraient assuré l'excès inutile de la production. Ayant
oublié d'intégrer les facteurs humains dans notre développement, nous
devrions alors nous préparer à subir les conséquences violentes de la
transformation de l'horreur économique suivant le mot de Viviane Forrester
en horreur sociale hantée par le spectre à venir d'une société qui aurait
plus de chômeurs que d'actifs.
- Nous entrons dans une phase démographique de grande stabilité,
mondialement parlant, mais avec de grandes inégalités régionales ou locales.
Pappelons-nous que ce sont les mondes où on fabrique peu d'enfants où on
les éduque le plus, ce qui implique un recul de l'âge du mariage et une
procréation tardive.
- On se trouve devant un dilemme: soit la stagnation culturelle, soit le recul
démographique. Schématiquement en 1995 on constate que les Etats-Unis
ont choisi le premier terme, l'Europe le second. Dans les deux cas cela
sonne le glas d'un progrès illimité. Seule la Suède a transcendé ce plafond.
Sommes nous seulement à un palier pour repartir autrement ?
- Il y a deux types de capitalisme. Pour le libéral, essentiellement
individualiste anglo-saxon, le libre-échange est la voie royale et universelle.
Pour les partisans du capitalisme organisé, social ou intégré germano-nippon,
un fort protectionnisme est nécessaire au décollage de l'économie.
- On note des réussites dans les deux cas et surtout on doit remarquer que
les tenant les plus farouches du libre-échange n'éprouvent aucun remords à
avoir recours aux protections affichées ou cryptiques les plus drastiques
lorsque cela les arrange économiquement parlant. Ainsi le fait sur une
grande échelle le Japon avec des taux de profits faibles sur de longues
périodes. Ainsi le font avec le "dumping" certaines firmes américaines dans
certains secteurs pour éliminer la concurrence. Internet contre le Minitel en
est le plus récent exemple non explicitement annoncé ni même
diagnostiqué.
- Le modèle capitaliste libéral est, depuis l'effondrement du régime
soviétique, largement dominant dans les pays industrialisés. Il est cohérent
sur le plan économique mais intrinsèquement en permanence déséquilibré car
il induit une surconsommation. C'est ce nos décideurs expriment
désespérément quand ils parlent de relancer la croissance par la
consommation des ménages.
- Dans ce système, l'objectif réel des entreprises n'est pas comme elles le
proclament l'optimisation du profit pour la satisfaction des actionnaires, mais
la conquête permanente