Les premiers hommes vrais, Homo habilis et Homo erectus,
furent habiles de leurs mains et de leurs dents. Ils ont inventé
les outils et la cuisine.
La dent des hommes, révèle la cuisine entre le
dur et le mou
L'usure superficielle des molaires des hommes fossiles nous révèle
qu'ils mangeaient les aliments végétaux et animaux
durs qui ont rayé leurs dents de façons caractéristiques.
Au début la cuisson des aliments n'existait pas. Progressivement
les pratiques culinaires dont nous allons parler ont eu pour but
d'attendrir et de conserver les aliments. C'est ainsi que l'homme
a perdu et perd encore des dents. Témoin nos dents de sagesse
qui sont en voie de disparition, faute d'entretien par le broyage
et la mastication d'aliments durs.
Recherche de l'ivresse donnée par l'ivraie, puis
par toutes les boissons alcoolisées
Dès - 2 millions d'années les hommes habiles de leurs
mains ont découvert l'alcool naturellement produit par les
fermentations ainsi que ses propriété "enivrantes"
analogues à celle que donnait l'ivraie, graminée comme
le blé, dont les graines ne sont toxiques que si elles ne
sont pas mûres.
Le vivier littoral et fluvial
Pendant près de deux millions d'années, les hommes
ont longé les fleuves et les littoraux pour coloniser l'Afrique
de l'Est et du Nord, L'Asie du sud-est puis de l'Est, Java, puis
l'Australie. Pourquoi, sans doute pour deux raisons, les fleuves
et les océans étaient de viviers naturels de poissons
assurant une nourriture abondante et facile à cueillir avec
la mains, aussi car il est plus facile de transporter des charges
sur des radeaux que sur des traîneaux à terre.
Sources chaudes
Autour des sources chaudes naturelles, en régions alpines
ou volcaniques, la température de l'eau était parfois
suffisante pour attendrir sinon cuire les aliments.
De la main préhistorique aux fours historiques puis contemporains
Il y a une continuité dans l'évolution humaine à
partir de sa main qui a façonné des outils pour la
pêche et la chasse, a domestiqué le feu, construit
des foyers puis de fours, dont le dernier en date est notre four
à micro-ondes.
Le soleil a modelé l'évolution humaine
Il n'est pas abusif de dire cela. car non seulement il a induit
directement par la synthèse chlorophyllienne l'évolution
des plantes vertes, mais aussi indirectement celle de tous les animaux
qui consomment des végétaux puis se consomment mutuellement
en devenant carnivores, enfin il fut utilisé par l'homme
de façon originale pour attendrir et conserver les aliments.
La splendeur du froid
Les glaciations qui se sont succédées depuis moins
deux millions d'années sont dues aux changements des paramètres
de l'orbite de la terre autour du soleil, variations de l'excentricité
de son orbite, variations de l'inclinaison de son axe sur le plan
de l'orbite, déplacements de l'axe de rotation donc de l'emplacement
des pôles. Là aussi le rôle du soleil est capital.
Contrairement aux idées qui courent, ce sont les périodes
de glaciation qui furent des périodes fastes pour les hommes.
En effet il est bien plus facile de suivre un gibier à la
trace sur la neige, de l'approcher quand il a faim, de repérer
son gîte, son terrier ou sa tanière et enfin de le
conserver gelé après l'avoir tué. En plus geler
une viande l'attendrit. Les grottes décorées par l'homme
préhistorique étaient non seulement des temples de
la nature ou des habitats mais surtout des glacières et congélateurs
naturels.
Souvenons-nous qu'à Paris sous le règne de Louis XIV
dans le sous-sol de ce qui est actuellement la rue de la Glacière
on entassait l'hiver de la neige qui devenait un bloc de glace souterrain
afin d'approvisionner en glace la cour du roi pendant l'été.
Le chauffage animal
Lorsque le froid devenait trop vif l'hiver, la chaleur animale
des commensaux de l'homme le réchauffait, comme c'est encore
le cas dans des pays de montagne où l'étable n'est
séparée des humains que par un bas flanc Les animaux
qui réchauffaient alors l'homme car ils partageaient son
habitat avec lui, étaient le Renne à l'entrée
des grottes et l'Ours des cavernes à son intérieur.
Les aliments et leurs préparations
Dès que l'homme se fut différencié des ses
ancêtres simiens, il prolongea sa quête de nourriture
par des pratiques déjà connues des animaux mais en
les faisant évoluer du fait de son intelligence mise au service
de sa gastronomie, le mot n'est pas trop fort.
Insolation-dessication
Tout naturellement là aussi le soleil tient une grande place.
Les aliments fruits de la cueillette de la pêche ou de la
chasse furent desséchés sur un rocher chauffé
par le soleil ou par l'air sec et chaud véhiculé par
le vent. Cela assurait leur conservation sans l'usage du feu.
Pierres chauffées par le soleil ou par l'homme
Ultérieurement l'homme maître du feu chauffa des pierres
non seulement pour dessécher ses aliments mais aussi pour
produire les premiers outils de cuisine: racloirs, tranchoirs obtenus
par éclatement de pierres chauffées au feu puis projetées
dans l'eau.
Dessication et salage
Lorsqu'il vivait en bords de mers, le sel ne manquait pas dans
les flaque d'eau desséchées par le soleil. Il découvrit
vite qu'ajouter du sel avant dessiccation en améliorait le
résultat.
Aliments prédigérés dans les estomacs
Lorsque le pêcheur ou le chasseur vidait sa proie, il découvrait
parfois dans son estomac de petits animaux partiellement digérés
qui faisaient ses délices, comme pendant qu'ils étaient
vivants, ils faisaient les délices de leurs petits par régurgitation
La célèbre panse de brebis farcie britannique en assure
la pérennité dans notre cuisine
actuelle.
Choucroutes et fermentations lactiques
La choucroute fut sans doute produite au départ sans l'intervention
de l'homme? Un chou bien mûr affaissé sur place dans
une flaque d'eau saumâtre, ne pourrit pas, il fermente sous
l'action de bactéries lactiques et devient choucroute. Plus
tard adaptant cette méthode naturelle en plaçant ses
choux dans des jarres ou des tonneaux il a fabriqué de la
choucroute comme on le fait de nos jours en Alsace et ailleurs.
Laits et fermentations lactiques
La même fermentation sous l'action des mêmes ferments
bactériens fait cailler le lait d'ou la production de fromages.
Mais certains laits comme le lait de Jument ou de Dromadaire ne
caillent pas. On les recueillait alors dans des outres en peau que
l'on battait vigoureusement avec un bâton pour séparer
le beurre du petit-lait que l'on faisait s'écouler par un
orifice que l'on débouchait en cours d'opération.
Fermentations lactiques et épices
Les fermentations lactiques sont présentes dans beaucoup
de charcuteries, comme notre saucissons de montagne. L'introduction
dans ces charcuteries d'épices comme le poivre n'avait pas
comme seul but de nous faire saliver et de pimenter le goût
de l'aliment il contribuait et contribue encore à l'attendrir.
Ensilage
En mettant en vase clos des grains de maïs ils fermentent
comme une choucroute et donnent un aliment pour le bétail
qui se conserve au moins quelques mois.
Dépecés, broyés, hachés, faisandés
A l'origine le chasseur dépeçait puis, avec ses outils
en pierre broyait ou hachait la chair des ses proies, il faisait
dirions-nous actuellement des tartares. Il découvrit très
vite qu'en plus de l'attendrissement mécaniquement obtenu,
la viande subissait très vite un processus interne chimique
dirions-nous actuellement d'attendrissement. Il découvrit
alors comment maîtriser la pourriture pour qu'elle devienne
faisandage, sorte de précuisson naturelle.
Macérats, saumures et marinades
Tout naturellement lorsqu'il vivait en bordure de mer il eut très
tôt l'idée d'ajouter de l'eau de mer à son hachis
pour en hâter la transformation. Il avait ainsi inventé
la macération dans la saumure qu'il perfectionna en découvrant
l'utilité d'ajouter à sa préparation des jus
de fruits acides ou du vin transformé naturellement en vinaigre.
La maîtrise du feu
Cette tourbe et ces forêts qui brûlent pendant
des années
Il y a moins de deux siècles en Auvergne comme en Nivernais
pour ne citer que deux régions que je connais assez bien,
il y avait de grands champs de tourbe, parfois de plusieurs kilomètre
carrés ou plus petits en haute montagne. Ces champs de tourbe
me disaient mes grands parents dans ma jeunesse brûlaient
en permanence à l'étouffée, sans qu'aucune
flamme soit apparente. Ce tapis chauffant naturel fut sans doute
la première cuisinière naturelle mise à la
disposition de l'homme.
Je suis allé plusieurs fois dans l'Est-Australien et j'y
a i vu que la forêt brûlait en permanence. Les arbres
de cette région ont développé des résistances
naturelle au feu en ayant une épaisse couche de liège
autour de leur tronc qui se carbonise lentement.
Dans ces forêts clairsemées qui bordent la ville de
Perth par exemple il n'est pas rare de voir un tronc d'arbre abattu
ou une souche se consumer lentement pendant plusieurs semaines.
Le feu initialement mis par la foudre devient ainsi pour l'homme
d'un pas si lointain passé, une source permanent de chaleur
pour cuir ses aliments.
Bien sûr il a inventé des méthodes pour produire
le feu là où il n'y avait ni tourbe ni forêt
de ce type. Par éclats de pierres frappées, par friction
de la rotation d'un bâton dans une alvéole naturelle
puis creusée par lui, d'un tronc il enflamma des brindilles
sèches. Cela se fait encore en Afrique et en Amazonie.
Feu apprivoisé et enfumage
Très naturellement le feu produit de la fumée et
la fumée imprègne les aliments que l'on dessèche
au feu ou que l'on cuit. La fumure a un triple avantage, elle dessèche,
conserve et donne du goût aux aliments. La maîtrise
du feu et le fumage qui est son corollaire ont conduit tout naturellement
l'homme à construire des fours en pierres sèches,
ancêtres en plein air de nos barbecues.
Recherche des états modifiés de conscience
Dans notre vocabulaire actuel on parle de drogues, d'hallucinogènes,
cactus ou champignons. La toute première drogue fut sans
conteste l'alcool.
Alcool, vin, bière, ivraie et ivresse
La plupart de nos aliments végétaux contiennent des
sucres ou de l'amidon qui est un sucre polymérisé
c'est à dire constitué de nombreuse molécules
de sucres attachées ensemble. Abandonnés à
l'air de tels aliments fermentent et cette fermentation produit
de l'alcool. Les grains de blé, comme les fruits d'un pommier
ou d'un prunier ainsi fermentés deviennent un aliment alcoolisé
produisant une "ivresse" comme l'ingestion de grains de cette graminée
que l'on a nommé ivraie et qui pousse naturellement dans
nos champs et nos prairies. Le vin et la bière sont anis
nés naturellement et en de multiples endroits. Ils ont rapidement
conduit à une fabrication dirions-nous actuellement industrielle
au moyen-Orient, à Sumer notamment où on commercialisait
15 sortes de bières il y a trois mille ans, et en Gaule où
les Gaulois ont inventé il y a 2 500 ans des tonneaux en
bois cerclés de bois flexibles pour transporter à
Rome le vin et la cervoise qui était une bière.La
grande vogue des boissons alcoolisées qui perdure de nos
jours tient au fait qu'elles permettent d'accéder à
des états modifiés de conscience avec les dégâts
que l'on sait si on ne se modère pas.
Pots pourris alcooliques
Encore actuellement dans les campagnes on jette dans une jarre
ou un tonneau tous ce qui contient du sucre et n'est pas immédiatement
consommé, comme les fruits tombés à terre en
trop grand nombre.
Pots pourris à l'eau
On fait parfois de même avec des grains contenant de l'amidon,
mais en y ajoutant de l'eau. Le résultat est le même
quoique moins parfumé. Cette technique conduira à
la fabrication après distillation des alcools blancs dits
"de grain" comme l'aquavit.
Enrobages pour conserver et pour cuire
Graisses, huiles et confits
Recouverts d'huile ou de graisse les aliments carnés s'attendrissent
ce qui les dispense souvent de cuisson. Ce sont actuellement les
confits et les carpaccio qui en profitent.
Le gavage des oies
Il fut inventé il y a environ quatre mille ans par Imothep
pour pouvoir transporter vivantes des oies depuis le delta du Nil
où on les gavait avec du poisson vers le haut Nil où
sévissait alors une famine. Maintenant les oies gavées
ont une tout autre destination.
Enrobage d'argile salée
En enrobant une viande d'argile de préférence salée
on peut la cuire à l'étouffée. Cette technique
appliquée en Chine aux oeufs a donné les "oeufs millénaires
chinois" encore bons à consommer après plusieurs années,
car l'argile imperméable empêche tout pourrissement,
autrement dit toute fermentation oxydante.