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NOUS SOMMES TOUS JUMEAUX PAR LE LANGAGE Les jumeaux vrais
Nous connaissons probablement, dans notre entourage, des "jumeaux
vrais", c'est à dire des enfants, issus du dédoublement de l'embryon dans les
premières heures de la vie intra-utérine, alors qu'il n'existe encore que sous
forme d'un petit massif de cellules indifférenciées. Ces jumeaux vrais, à la naissance, sont deux êtres corporellement séparés, mais unis psychiquement, en une seule personnalité. Bien sûr, au fil du temps, pour devenir adultes, ils ont des parcours individuels de vie qui modifient progressivement leurs personnalités, par l'engrangement dans leur mémoire, d'informations diverses issues de leur environnement. Ils apparaissent à leur entourage de plus en plus différents, mais pour le biologiste et le psychologue qui les examine, ils restent très fortement unis par leurs génômes, c'est à dire par leurs patrimoines génétiques, matérialisé par l'ADN contenu dans les noyaux de chacune deleurs cellules. Ces patrimoines génétiques sont identiques chez les jumeaux, ce que l'on constate par la bio-inter-compatibilité de leurs tissus. Une greffe de peau de l'un sur l'autre ne provoque pas de rejets.Notre patrimoine génétique ou génôme
Sur notre planète terre, on trouve, dans les noyaux de chacune des cellules humaines, de chaque individu, un génôme différent si nous ne sommes
pas jumeaux, mais qui fabrique chez tous les hommes, les mêmes protéines,
constitutives des mêmes catégories de cellules, construisant des organes
analogues, assurant les mêmes fonctions essentielles comme, par exemple, la
mobilité, la digestion, la reproduction, la vision, le goût, le toucher. Nous sommes ainsi une espèce unitaire, l'Homo sapiens, diversifiée actuellement en plus de six milliards d'individus. Les ressemblances biologiques se manifestent du fait que tous les hommes sont interféconds. De l'union par exemple, d'un mélanésien et d'une européenne, d'un africain et d'une japonaise, d'un esquimo et d'un indien, naissent des enfants qui sont tous des Homo sapiens comme leurs parents.
L'unité spécifique associée à la diversité des individus, se retrouve chez
toutes les espèces sexualisées de notre planète, des protozoaires aux
mammifères, en passant par les vers, les oursins, les poissons, les reptiles, les
batraciens, les oiseaux...
Le langage articulé
A la différence des autres espèces, l'homme a une caractéristique
essentielle et unique, il est, du fait de sa station verticale ayant entraîné la
descente du larynx, le seul mammifère a avoir prodigieusement développé le langage articulé. Cela lui assure, sur toutes les autres espèces, une suprématie dans la communication avec ses pairs.
Ce langage articulé, au fil des millénaires, à partir d'une centaine de
langues présentes sur terre il y a environ 10.000 ans, s'est diversifié en quelque cinq millle langues actuellement vivantes. On a nommé souvent ce processus évolutif "babellisation". Loin d'être une malédiction divine, ce fut une chance pour l'humanité, qui a pu, ainsi, s'enrichir par cette diversité créatrice, qui s'exprime aussi bien dans les lettres, les arts, les technologies et les sciences. Songeons à la prodigieuse diversité des poésies, des architectures et des peintures, orientales et occidentales, pour ne citer que ces exemples.
Les conséquences de cette caractéristique proprement humaine sont
multiples, nous en vivons les conséquences tous les jours. Enfant, nous pouvons communiquer oralement avec notre environnement familial grâce à notre langue maternelle. Ultérieurement nous en apprenons quelques autres lors de nos études. Cette possibilité de communiquer oralement ne peut se faire, sans l'aide d'auxiliaires techniques, que dans une tranche restreinte de temps et à une courte distance. Nous transcendons cette double contrainte par l'écriture, qui pérennise et délocalise nos idées. En lisant ses textes, nous pouvons communiquer avec Platon, mort il y a plus de deux mille ans. Et si nous publions aujourd'hui un livre, nous pouvons délocaliser et détemporaliser nos idées en les communiquant à plusieurs milliers, voire millions de lecteurs, dans un temps variable d'un jour à plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires.Les archétypes
Cette facilité de communication, qui est le propre de l'homme et de
son langage articulé, masque une réalité très profonde que nous venons
seulement de découvrir. De la même façon que, dans nos cellules, notre code
génétique, avec seulement 20 molécules relativement simples, appelées acides aminés, construit toutes les protéines d'un homme vivant, au sein du langage articulé humain, une langue, quelle qu'elle soit, construit toutes ses phrases avec seulement 20 sons universels que nous nommons phonèmes archétypaux. Ces 20 phonèmes archétypaux se sont, dans un lointain passé, diversifiés en 64 consonnes, connues depuis longtemps, puisque l'alphabet phonétique international les note pour transcrire les parlers de toutes les langues de notre planète.
Si 64 codons du code génétique codent l'organisation de toutes nos protéines, ces 64 consonnes du langage articulé humain codent l'organisation des tous les concepts ou mots de nos phrases.
Si un arrangement combinatoire universel de 4 molécules chimiques nommées bases, puriques et pyrimidiques, structure la double hélice de l'ADN qui constitue notre patrimoine génétique, ce sont 4 fonctions mathématico-logiques qui structurent les grammaires de toutes les langues du
globe.
Notre génôme pilote ainsi de façon unitaire, non seulement l'organisation matérielle de notre corps physique constitué de protéines, mais également l'organisation de nos pensées, diversifiées en idées au sein de la pluralité de nos langues. "Unité, diversité, ce binôme fait notre richesse" F. MayorNos idées
Mais il y a encore plus à remarquer. Nos pensées, une fois exprimées deviennent des idées. Ces idées, une fois émises, échappent à leurs auteurs et mènent une vie propre, immatérielle, non locale et intemporelle. Elles sont immatérielles, même si leur support est matériel. Lire un texte imprimé ne l'use pas, mais son support matériel peut évidemment s'user.
Les idées sont non locales puisque le même texte exprimant une idée, peut être entendu, ou lu, par des milliers de personnes. Elles sont intemporelles, puisque, même après la mort de leurs auteurs on peut continuer à les capter par l'audition d'enregistrements ou par la lecture de textes imprimés.L'inséparabilité de notre mémoire
Nos idées sont engrangées dans notre mémoire par blocs, comme le sont nos sensations captées par nos sens. Individuellement nous engrangeons dans nos mémoires des informations partiellement identiques, que nous exprimons ensuite dans notre langue. C'est notre langue qui est le code d'exploitation minimum commun, permettant d'emblée à deux interlocuteurs de communiquer et de se comprendre. Du fait d'un stock partiellement commun d'informations mémorisées, ils deviennent en quelque sorte des jumeaux langagiers, partiellement inséparable.L'inséparabilité quantique
On a coutume de dire, que les propriétés bien connues de l'objet quantique ou "quanton", comme sont l'inséparabilité des particules ayant une fois interagi, comme aussi l'inséparabilité observateur-événement observé, comme enfin la non localité et l'intemporabilité du phason immatériel, propriétés opposées à la localité et à la temporalité de l'amplitudon matériel - tous deux constitutifs "janus" du quanton - n'auraient pas de manifestations perceptibles au niveau macroscopique de notre vie de tous les jours.
Les propriétés du langage articulé humain, comme on l'a vu, prouvent le contraire. Notre langue a toutes les propriétés d'une population de quantons, quoique hautement complexe, puisque chacune de nos phrases est constituée d'une population structurée de milliards de milliards de milliards de quantons.
Nous somme bien, unis par le langage, d'inséparables jumeaux.
Pour plus de détails on pourra consulter:
Roger SABAN: Aux sources du langage articulé. Masson, Paris, 1993.
Marcel V. LOCQUIN: Transconscience et langage, dans la revue OM, transmission n°3, Paris, 1994
Marcel V. LOCQUIN: L'invention de l'humanité, avec une préface de Federico Mayor. La Nuée bleue, Strasbourg, 1995.