TRANS-SCIENCE       SOMMAIRE       A.F.I.       BIBLIOGRAPHIE       LIENS       CONTACT   
recherche.cybernetique.info

USAGE DE LA MÉTAPHORE ET DE LA CHIMÉRISATION
Marcel V. Locquin
 

Créativité de la métaphore
Le recours à la métaphore est un des processus essentiels de la créativité et de l'évolution.
Spontanément l'homme individuellement pour s'exprimer se glisse dans la métaphore. La souris informatique, le réel virtuel lui sont actuellement aussi familiers que l'étaient les chevaux-vapeurs et la télégraphie sans fils à nos ancêtres.
La société, comme collection d'individus, ne possède pas spontanément ce sens de la métaphore. Il faut lui fournir des repères et un mode adéquat de fonctionnement pour qu'elle puisse exprimer par métaphore sa créativité en devenir.

La métaphore cellulaire
On a souvent comparé métaphoriquement la société humaine à une société de fourmis ou de termites. La plus féconde métaphore est celle de la colonie cellulaire.
Examinons maintenant l'information cytoplasmique. L'ensemble des informations du compartiment cytoplasmique et surtout l'information mitochondriale peut être considérée comme une population hébergée par chaque cellule; cette population a ses démographies en fonction de l'âge, des organes, des traumatismes, des conditions environnementales.
L'information génétique est l'information apportée à la cellule par le génôme nucléaire.
Les êtres vivants sont tous organisés avec un plan spécifique à chacun, et chacun le partage avec tous les autres individus de la même espèce, du présent comme du proche passé et probablement du proche futur. Les cellules de chaque organisme possèdent une centrale organisatrice située dans ce que l'on appelle son patrimoine génétique ou "génôme". Ce génôme est constitué par une très longue chaîne de bases nucléiques désignée en abrégé par
ADN. Cet ADN est localisé dans le noyau si la cellule en possède un comme les Eucaryotes qui comprennent les animaux et les plantes, ou fixé à la paroi chez les autres appelés Procaryotes comme les bactéries. On a comparé l'ADN à un énorme livre qui ne contiendrait qu'une seule ligne "boustrophédon", c'est à dire reployée de multiples fois sur elle-même. Le long de cette ligne sont disposées en chaîne 4 bases nucléiques, qui ne peuvent être lues par la machinerie cellulaire que dans un seul sens, comme le fait un lecteur qui lit un texte composé de chaînes de lettres. On suppose que l'ADN contient un plan permettant à l'oeuf de construire une poule
et à la poule de se reproduire par des oeufs.
   Au moment de la reproduction, le plan des parents aussi bien végétaux, qu'animaux ou qu'humains, doit être transmis aux enfants. La propriété essentielle de l'ADN est, pour ce faire, qu'il peut se dupliquer lui-même.
  Si le message génétique contient le plan de l'être vivant, il faut qu'il soit lu, compris et mis en oeuvre pour construire les protéines de l'organisme par un mécanisme dit "de traduction". Ce qui effectue cette traduction est appelé le "code génétique". Ce code est, en quelque sorte, la règle qui indique à quel acide aminé doit correspondre un ensemble appelé "triplet de bases nucléiques". De triplets en triplets (il y en a 64 possibles) le long d'une chaine de bases nucléiques, le code génétique construit une chaine d'acides aminés (il y en a 20 disponibles en tout). Cette chaine devenue très longue est une protéine constitutive des cellules de tout être vivant. Ainsi fonctionne schématiquement le génôme sur le plan du réel physico-chimique matériel et énergétique.
  Au vu de ce que nous avons dit plus haut, on peut assigner au génôme ainsi décrit le qualificatif d'amplitudon puisqu'il est matériel et énergétique lorsqu'il construit les protéines. On doit alors se poser la question: quel peut en être le phason associé à ce génôme amplitudon.
   Corrélé au génôme-amplitudon, appelons ce phason, jusqu'ici hypothétique, un "imagénôme" (génôme imaginaire). Cet imagénôme construit par la pensée des phrases protéïques, c'est à dire multiformes et multiples. Appelons l'ensemble génôme-imagénôme un "génon", à l'image du quanton qui inclut l'amplitudon et le phason.
 Nous constatons un parallélisme, que l'on peut considérer comme un isomorphisme résumé dans le schéma suivant:
   amplitudon = énergie - matière
l'ensemble est le quanton
Le phason c’est l’information immatérielle et l’amplitudons c’est la matière et l’énergie. L'ensemble est le génon.
L’amplitudon produit les molécules de protéines multiformes.
L’imagénôme produit les phrases protées, c’est à dire multiformes.
   Nous avons vu que les idées, en quelque sorte sécrétées par notre pensée, avaient les caractéristiques de phasons d'objets quantiques (formés de quantons). Comment sont traduites nos idées, obligatoirement dans une des langues du langage humain, pour nous en français.
   Voilà donc où chercher l'imagénôme:en amont du langage articulé humain.
   Nous partageons tous le même génôme à quelque micro-mutations près, comme nous partageons tous le même imagénôme qui construit le langage articulé que nous utilisons, aux variantes près des quelque mimmiers de langues utilisées actuellement sur notre planète.
   Pour conforter la fécondité de cette hypothèse il y a, je pense, des isomorphismes entre:
   - les 20 acides aminés qui suffisent pour construire toutes les protéines de tous les êtres vivants et les 20 phonèmes archétypaux du langage qui construisent toutes les phrases possibles de nos discours,
   - les 64 triplets codants du génôme et les 64 phonèmes consonnantiques de l'ensemble des langues du globe.
   Il nous reste à trouver l'isomorphisme des 4 bases qui se groupent en 64 triplets fonctionnels, alors qu'une base seule est inactive. Je pense qu'il s'agit de 4 fonctions élémentaires présentes dans toutes les langues, fonctions nécessaires et suffisantes pour
construire toutes les grammaires des langues actuellement vivantes.
   Aux 4 bases du génôme, adénine, thymine, guanine et cytosine - A, T, G, C - correspondent: 4 fonctions universelles de l'imagénôme: intégration binaire, propagation de la différence, rupture de symétrie et ordonnancement, - B, D, S, O, - (sans qu'il y ait, a priori, correspondance bis-univoque entre les bases et les fonctions)
   Voilà donc les constituants de l'imagénôme: 4 fonctions organisées en 64 triplices syntaxiques fonctionnelles, corrélées bien sûr avec le génôme au sein du génon, sans que nous sachions encore comment. Ce génon, nous l'avons en commun avec les quelque cinq milliards d'hommes actuellement vivants.

   Du bon usage du langage
Par définition la "génhistoire" d'un système évolutif, qu'il soit un être vivant, un objet astronomique, un objet technique ou même un objet linguistique, est la récapitulation par métaphores successives de son passé historique projeté, pour ce qui en reste, dans l'épaisseur du présent. C'est en quelque
sorte son histoire génétique et phylogénétique récapitulée dans son ontogenèse actuelle.

   Qu'en est-il de la génhistoire du langage ?
   Dans le génon, l'imagénôme développe des phrases-protéiques isomorphes aux macromolécules-protéines construites par le génôme. Par isomorphie des triplets codants, les triplices des fonctions B, D, S, O, deviennent les syntaxes langagières qui organisent les phrases à partir des phonèmes archétypaux.
Apparaît donc l'inséparabilité quantique au niveau du langage puisque manifeste au niveau des phonèmes archétypaux présents dans toutes les langues.
   Les acquis de la psychologie différentielle nous informent que nous engrangeons les informations perçues par nos sens en blocs non analysés, ni reliés logiquement (ROECHLIN 1990).
Nous reconnaissons un visage anciennement vu sans avoir le moindre souvenir de ses détails. Ces blocs peuvent être des images fixes ou animées, des sensations tactiles, gustatives ou
odorantes, des théorèmes, des phrases ou une combinatoire non analytique de plusieurs d'entre eux, comme la forme, la couleur, la saveur et l'odeur d'une madeleine, gâteau évoqué par PROUST (1927).
   Nous savons que la ressouvenance lucide fait remonter au conscient, blocs par blocs ce que nous recherchons. C'est sur ces blocs retrouvés, que notre conscience lucide fait jouer sa ou ses
logiques. J. LACAN qui avait écrit "l'inconscient est structuré comme un langage", est revenu à la fin de sa vie sur cette affirmation (cf. BRENOT 1989). En fait il avait à la fois tort et raison, bel exemple d'incertitudes quantiques ! Chaque bloc est structuré par le langage, mais les blocs n'ont aucun lien linguistique entre eux dans l'inconscient, ils sont en quelque sorte empilés chronologiquement.

 Le rôle du passé
   Les acquis de la psychologie différentielle nous informent que nous engrangeons les informations perçues par nos sens en blocs non analysés, ni reliés logiquement (ROECHLIN 1990).
Nous reconnaissons un visage anciennement vu sans avoir le moindre souvenir de ses détails. Ces blocs peuvent être des images fixes ou animées, des sensations tactiles, gustatives ou odorantes, des théorèmes, des phrases ou une combinatoire non analytique de plusieurs d'entre eux, comme la forme, la couleur, la saveur et l'odeur d'une madeleine, gâteau évoqué par PROUST (1927).
   Nous savons que la ressouvenance lucide fait remonter au conscient, blocs par blocs ce que
nous recherchons. C'est sur ces blocs retrouvés, que notre conscience lucide fait jouer sa ou ses logiques. J. LACAN qui avait écrit "l'inconscient est structuré comme un langage", est revenu à
la fin de sa vie sur cette affirmation (cf. BRENOT 1989). En fait il avait à la fois tort et raison, bel exemple d'incertitudes quantiques ! Chaque bloc est structuré par le langage, mais les blocs n'ont aucun lien linguistique entre eux dans l'inconscient, ils sont en quelque sorte empilés chronologiquement.
   Notre pouvoir cérébral créatif ne s'exprime qu'en reproduisant métaphoriquement, à un autre niveau, les mécanismes biologiques naturels qui l'ont construit. On sait que ontogenèse reproduit la phylogenèse, autrement dit, qu'un être vivant, dans les étapes de son
développement embryonnaire repasse par les principales étapes de l'évolution des organismes qui l'ont précédé. C'est ainsi que l'embryon humain est d'abord unicellulaire comme une amibe, puis un massif de cellules comme certaines algues, il passe ensuite par un stade invertébré, puis devenu Sélacien comme un requin il a des fentes branchiales, amphibien comme une grenouille il a les mains palmées, enfin foetus de mammifère avant de naître il perdra toutes ces caractéristiques-reliques de toute l'évolution animale.
   Lorsque l'homme construit des objets techniques il fait de même, il perfectionne les objets antérieurs en gardant leurs structures reliques. Les premières automobiles sans chevaux gardaient la carrosserie des fiacres. Dans ses techniques de montage il reproduit les processus de chimérisation sans le savoir. Pour s'en convaincre il suffit d'examiner une chaîne de montage d'automobiles. Moteur, roues, carburateur, carrosserie sont assemblés séparément comme des objets indépendants et de fait ils le sont puisque le même moteur peut équiper une berline, un tracteur ou un groupe électrogène. On les assemble ensuite en une chimère technique d'autant plus réussie que l'intégration sera mieux faite. Dans ce cas la métaphore technique du génome biologique qui pilote la chimère sera notre cerveau éventuellement prolongé par l'ordinateur ou
les ordinateurs, qui règlent toutes les opérations depuis la conception jusqu'au montage, en passant par l'usinage des pièces. Dans chaque ordinateur un programme est l'équivalent d'un gène, chaque ordinateur avec ses logiciels est l'équivalent d'un chromosome, notre cerveau plus les ordinateurs étant celui du génome dans le noyau des cellules.

   Les chimères idéelles.
   Nos pensées sont élaborées par un cerveau vivant d'être humain. Nous connaissons encore très mal les processus biologiques donnant naissance à nos pensées. Une pensée, une fois émise, devient une idée. Alors que la pensée est temporellement localisable dans le cerveau créateur, l'idée émise devient autonome et échappe à son créateur. Entre deux lectures faites d'un livre, plus ou moins espacées, il n'y a rien, l'idée n'existe pas car elle n'est pas
temporellement localisable. Elle n'existe à nouveau que lorsqu'elle est captée par une nouvelle lecture soit du même lecteur soit par un autre. Il y a là ce qu'on appelle une rétroaction en boucle étrange hors du temps avec les idées de l'auteur du livre.
   Lors d'une lecture par exemple d'un de mes livres, le lecteur croit souvent pouvoir s'approprier mes idées. Même si j'ai quitté ce monde entre temps, il pressent qu'il dialogue en différé avec moi. Mais mes idées chimérisent avec les siennes et donnent naissance à de
nouvelles idées qui ne sont plus ni les miennes ni celles du lecteur, mais bien des idées neuves produites par l'intégration chimérisée des deux. C'est là l'un des mécanismes fondamentaux de toute création. Nous ne créons le plus souvent que par chimérisation de nos idées avec celles d'autrui. Nous avons parfois l'illusion d'idées neuves créées par nous et parfaitement originales, alors qu'une analyse fait toujours apparaître des antériorités conceptuelles dont nous n'avions pas conscience au moment créatif, mais qui étaient présentes dans notre langue ou enfouies dans notre stock mémoriel. Il n'était pas besoin d'en avoir conscience pour qu'elles chimérisent
spontanément avec les idées de l'auteur que l'on lit ou celles de l’interlocuteur avec qui on dialogue ou avec nos propres idées dans nos rêves.
   L'arbre de l'évolution biologique n'est en fait pas un arbre, mais un réseau multidimensionnel dont les noeuds sont les êtres vivants. Ces êtres chimérisent souvent entre eux, c'est à dire fusionnent avec une plus ou moins grande intégration de leurs patrimoines génétiques. Les êtres composites nouveaux sont des chimères qui gardent partiellement les caractères-reliques des composantes ancêtres de la chimère
   L'universalité de la reproduction sexuée est un mécanisme incomplet de chimérisation qui fait que la chimère-oeuf obtenue par fusion des deux gamètes mâle et femelle, doit se réactualiser à chaque génération par la copulation des gamètes.
   Les objets techniques que nous créons se complexifient par chimérisation. Ils sont des sortes de chimères-prothèses simulant les organismes biologiques car conçus par nous avec les mêmes
mécanisme que ceux de la nature. Nous n'inventons presque pas, nous simulons techniquement des modèles naturels de chimères.
   Lorsque nous émettons des idées, ces idées ne sont que des chimérisations, inconscientes le plus souvent, des idée d'autrui avec celles que nous avons engrangées dans notre stock mémoriel. C'est un brassage d'idées, un remue-méninges qui est analogue au brassage des gènes lors de la fusion des gamètes.
En une phrase, les mécanismes de toute création humaine, matérielle comme idéelle, sont des mécanismes de chimèrisation copiés sur les mécanismes naturels de l'évolution biologique.