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Créativité de la métaphore
Le recours à la métaphore est un des processus essentiels
de la créativité et de l'évolution.
Spontanément l'homme individuellement pour s'exprimer se glisse
dans la métaphore. La souris informatique, le réel virtuel
lui sont actuellement aussi familiers que l'étaient les chevaux-vapeurs
et la télégraphie sans fils à nos ancêtres.
La société, comme collection d'individus, ne possède
pas spontanément ce sens de la métaphore. Il faut lui
fournir des repères et un mode adéquat de fonctionnement
pour qu'elle puisse exprimer par métaphore sa créativité
en devenir.
La métaphore cellulaire
On a souvent comparé métaphoriquement la société
humaine à une société de fourmis ou de termites.
La plus féconde métaphore est celle de la colonie cellulaire.
Examinons maintenant l'information cytoplasmique. L'ensemble des informations
du compartiment cytoplasmique et surtout l'information mitochondriale
peut être considérée comme une population hébergée
par chaque cellule; cette population a ses démographies en fonction
de l'âge, des organes, des traumatismes, des conditions environnementales.
L'information génétique est l'information apportée
à la cellule par le génôme nucléaire.
Les êtres vivants sont tous organisés avec un plan spécifique
à chacun, et chacun le partage avec tous les autres individus
de la même espèce, du présent comme du proche passé
et probablement du proche futur. Les cellules de chaque organisme possèdent
une centrale organisatrice située dans ce que l'on appelle son
patrimoine génétique ou "génôme". Ce génôme
est constitué par une très longue chaîne de bases
nucléiques désignée en abrégé par
ADN. Cet ADN est localisé dans le noyau si la cellule en possède
un comme les Eucaryotes qui comprennent les animaux et les plantes,
ou fixé à la paroi chez les autres appelés Procaryotes
comme les bactéries. On a comparé l'ADN à un énorme
livre qui ne contiendrait qu'une seule ligne "boustrophédon",
c'est à dire reployée de multiples fois sur elle-même.
Le long de cette ligne sont disposées en chaîne 4 bases
nucléiques, qui ne peuvent être lues par la machinerie
cellulaire que dans un seul sens, comme le fait un lecteur qui lit un
texte composé de chaînes de lettres. On suppose que l'ADN
contient un plan permettant à l'oeuf de construire une poule
et à la poule de se reproduire par des oeufs.
Au moment de la reproduction, le plan des parents aussi
bien végétaux, qu'animaux ou qu'humains, doit être
transmis aux enfants. La propriété essentielle de l'ADN
est, pour ce faire, qu'il peut se dupliquer lui-même.
Si le message génétique contient le plan de l'être
vivant, il faut qu'il soit lu, compris et mis en oeuvre pour construire
les protéines de l'organisme par un mécanisme dit "de
traduction". Ce qui effectue cette traduction est appelé le "code
génétique". Ce code est, en quelque sorte, la règle
qui indique à quel acide aminé doit correspondre un ensemble
appelé "triplet de bases nucléiques". De triplets en triplets
(il y en a 64 possibles) le long d'une chaine de bases nucléiques,
le code génétique construit une chaine d'acides aminés
(il y en a 20 disponibles en tout). Cette chaine devenue très
longue est une protéine constitutive des cellules de tout être
vivant. Ainsi fonctionne schématiquement le génôme
sur le plan du réel physico-chimique matériel et énergétique.
Au vu de ce que nous avons dit plus haut, on peut assigner au
génôme ainsi décrit le qualificatif d'amplitudon
puisqu'il est matériel et énergétique lorsqu'il
construit les protéines. On doit alors se poser la question:
quel peut en être le phason associé à ce génôme
amplitudon.
Corrélé au génôme-amplitudon,
appelons ce phason, jusqu'ici hypothétique, un "imagénôme"
(génôme imaginaire). Cet imagénôme construit
par la pensée des phrases protéïques, c'est à
dire multiformes et multiples. Appelons l'ensemble génôme-imagénôme
un "génon", à l'image du quanton qui inclut l'amplitudon
et le phason.
Nous constatons un parallélisme, que l'on peut considérer
comme un isomorphisme résumé dans le schéma suivant:
amplitudon = énergie - matière
l'ensemble est le quanton
Le phason c’est l’information immatérielle et l’amplitudons c’est
la matière et l’énergie. L'ensemble est le génon.
L’amplitudon produit les molécules de protéines multiformes.
L’imagénôme produit les phrases protées, c’est à
dire multiformes.
Nous avons vu que les idées, en quelque sorte sécrétées
par notre pensée, avaient les caractéristiques de phasons
d'objets quantiques (formés de quantons). Comment sont traduites
nos idées, obligatoirement dans une des langues du langage humain,
pour nous en français.
Voilà donc où chercher l'imagénôme:en
amont du langage articulé humain.
Nous partageons tous le même génôme
à quelque micro-mutations près, comme nous partageons
tous le même imagénôme qui construit le langage articulé
que nous utilisons, aux variantes près des quelque mimmiers de
langues utilisées actuellement sur notre planète.
Pour conforter la fécondité de cette hypothèse
il y a, je pense, des isomorphismes entre:
- les 20 acides aminés qui suffisent pour construire
toutes les protéines de tous les êtres vivants et les 20
phonèmes archétypaux du langage qui construisent toutes
les phrases possibles de nos discours,
- les 64 triplets codants du génôme et les
64 phonèmes consonnantiques de l'ensemble des langues du globe.
Il nous reste à trouver l'isomorphisme des 4 bases
qui se groupent en 64 triplets fonctionnels, alors qu'une base seule
est inactive. Je pense qu'il s'agit de 4 fonctions élémentaires
présentes dans toutes les langues, fonctions nécessaires
et suffisantes pour
construire toutes les grammaires des langues actuellement vivantes.
Aux 4 bases du génôme, adénine, thymine,
guanine et cytosine - A, T, G, C - correspondent: 4 fonctions universelles
de l'imagénôme: intégration binaire, propagation
de la différence, rupture de symétrie et ordonnancement,
- B, D, S, O, - (sans qu'il y ait, a priori, correspondance bis-univoque
entre les bases et les fonctions)
Voilà donc les constituants de l'imagénôme:
4 fonctions organisées en 64 triplices syntaxiques fonctionnelles,
corrélées bien sûr avec le génôme au
sein du génon, sans que nous sachions encore comment. Ce génon,
nous l'avons en commun avec les quelque cinq milliards d'hommes actuellement
vivants.
Du bon usage du langage
Par définition la "génhistoire" d'un système évolutif,
qu'il soit un être vivant, un objet astronomique, un objet technique
ou même un objet linguistique, est la récapitulation par
métaphores successives de son passé historique projeté,
pour ce qui en reste, dans l'épaisseur du présent. C'est
en quelque
sorte son histoire génétique et phylogénétique
récapitulée dans son ontogenèse actuelle.
Qu'en est-il de la génhistoire
du langage ?
Dans le génon, l'imagénôme développe
des phrases-protéiques isomorphes aux macromolécules-protéines
construites par le génôme. Par isomorphie des triplets
codants, les triplices des fonctions B, D, S, O, deviennent les syntaxes
langagières qui organisent les phrases à partir des phonèmes
archétypaux.
Apparaît donc l'inséparabilité quantique au niveau
du langage puisque manifeste au niveau des phonèmes archétypaux
présents dans toutes les langues.
Les acquis de la psychologie différentielle nous
informent que nous engrangeons les informations perçues par nos
sens en blocs non analysés, ni reliés logiquement (ROECHLIN
1990).
Nous reconnaissons un visage anciennement vu sans avoir le moindre souvenir
de ses détails. Ces blocs peuvent être des images fixes
ou animées, des sensations tactiles, gustatives ou
odorantes, des théorèmes, des phrases ou une combinatoire
non analytique de plusieurs d'entre eux, comme la forme, la couleur,
la saveur et l'odeur d'une madeleine, gâteau évoqué
par PROUST (1927).
Nous savons que la ressouvenance lucide fait remonter au
conscient, blocs par blocs ce que nous recherchons. C'est sur ces blocs
retrouvés, que notre conscience lucide fait jouer sa ou ses
logiques. J. LACAN qui avait écrit "l'inconscient est structuré
comme un langage", est revenu à la fin de sa vie sur cette affirmation
(cf. BRENOT 1989). En fait il avait à la fois tort et raison,
bel exemple d'incertitudes quantiques ! Chaque bloc est structuré
par le langage, mais les blocs n'ont aucun lien linguistique entre eux
dans l'inconscient, ils sont en quelque sorte empilés chronologiquement.
Le rôle du passé
Les acquis de la psychologie différentielle
nous informent que nous engrangeons les informations perçues
par nos sens en blocs non analysés, ni reliés logiquement
(ROECHLIN 1990).
Nous reconnaissons un visage anciennement vu sans avoir le moindre souvenir
de ses détails. Ces blocs peuvent être des images fixes
ou animées, des sensations tactiles, gustatives ou odorantes,
des théorèmes, des phrases ou une combinatoire non analytique
de plusieurs d'entre eux, comme la forme, la couleur, la saveur et l'odeur
d'une madeleine, gâteau évoqué par PROUST (1927).
Nous savons que la ressouvenance lucide fait remonter au
conscient, blocs par blocs ce que
nous recherchons. C'est sur ces blocs retrouvés, que notre conscience
lucide fait jouer sa ou ses logiques. J. LACAN qui avait écrit
"l'inconscient est structuré comme un langage", est revenu à
la fin de sa vie sur cette affirmation (cf. BRENOT 1989). En fait il
avait à la fois tort et raison, bel exemple d'incertitudes quantiques
! Chaque bloc est structuré par le langage, mais les blocs n'ont
aucun lien linguistique entre eux dans l'inconscient, ils sont en quelque
sorte empilés chronologiquement.
Notre pouvoir cérébral créatif ne
s'exprime qu'en reproduisant métaphoriquement, à un autre
niveau, les mécanismes biologiques naturels qui l'ont construit.
On sait que ontogenèse reproduit la phylogenèse, autrement
dit, qu'un être vivant, dans les étapes de son
développement embryonnaire repasse par les principales étapes
de l'évolution des organismes qui l'ont précédé.
C'est ainsi que l'embryon humain est d'abord unicellulaire comme une
amibe, puis un massif de cellules comme certaines algues, il passe ensuite
par un stade invertébré, puis devenu Sélacien comme
un requin il a des fentes branchiales, amphibien comme une grenouille
il a les mains palmées, enfin foetus de mammifère avant
de naître il perdra toutes ces caractéristiques-reliques
de toute l'évolution animale.
Lorsque l'homme construit des objets techniques il fait
de même, il perfectionne les objets antérieurs en gardant
leurs structures reliques. Les premières automobiles sans chevaux
gardaient la carrosserie des fiacres. Dans ses techniques de montage
il reproduit les processus de chimérisation sans le savoir. Pour
s'en convaincre il suffit d'examiner une chaîne de montage d'automobiles.
Moteur, roues, carburateur, carrosserie sont assemblés séparément
comme des objets indépendants et de fait ils le sont puisque
le même moteur peut équiper une berline, un tracteur ou
un groupe électrogène. On les assemble ensuite en une
chimère technique d'autant plus réussie que l'intégration
sera mieux faite. Dans ce cas la métaphore technique du génome
biologique qui pilote la chimère sera notre cerveau éventuellement
prolongé par l'ordinateur ou
les ordinateurs, qui règlent toutes les opérations depuis
la conception jusqu'au montage, en passant par l'usinage des pièces.
Dans chaque ordinateur un programme est l'équivalent d'un gène,
chaque ordinateur avec ses logiciels est l'équivalent d'un chromosome,
notre cerveau plus les ordinateurs étant celui du génome
dans le noyau des cellules.
Les chimères idéelles.
Nos pensées sont élaborées par un
cerveau vivant d'être humain. Nous connaissons encore très
mal les processus biologiques donnant naissance à nos pensées.
Une pensée, une fois émise, devient une idée. Alors
que la pensée est temporellement localisable dans le cerveau
créateur, l'idée émise devient autonome et échappe
à son créateur. Entre deux lectures faites d'un livre,
plus ou moins espacées, il n'y a rien, l'idée n'existe
pas car elle n'est pas
temporellement localisable. Elle n'existe à nouveau que lorsqu'elle
est captée par une nouvelle lecture soit du même lecteur
soit par un autre. Il y a là ce qu'on appelle une rétroaction
en boucle étrange hors du temps avec les idées de l'auteur
du livre.
Lors d'une lecture par exemple d'un de mes livres, le lecteur
croit souvent pouvoir s'approprier mes idées. Même si j'ai
quitté ce monde entre temps, il pressent qu'il dialogue en différé
avec moi. Mais mes idées chimérisent avec les siennes
et donnent naissance à de
nouvelles idées qui ne sont plus ni les miennes ni celles du
lecteur, mais bien des idées neuves produites par l'intégration
chimérisée des deux. C'est là l'un des mécanismes
fondamentaux de toute création. Nous ne créons le plus
souvent que par chimérisation de nos idées avec celles
d'autrui. Nous avons parfois l'illusion d'idées neuves créées
par nous et parfaitement originales, alors qu'une analyse fait toujours
apparaître des antériorités conceptuelles dont nous
n'avions pas conscience au moment créatif, mais qui étaient
présentes dans notre langue ou enfouies dans notre stock mémoriel.
Il n'était pas besoin d'en avoir conscience pour qu'elles chimérisent
spontanément avec les idées de l'auteur que l'on lit ou
celles de l’interlocuteur avec qui on dialogue ou avec nos propres idées
dans nos rêves.
L'arbre de l'évolution biologique n'est en fait
pas un arbre, mais un réseau multidimensionnel dont les noeuds
sont les êtres vivants. Ces êtres chimérisent souvent
entre eux, c'est à dire fusionnent avec une plus ou moins grande
intégration de leurs patrimoines génétiques. Les
êtres composites nouveaux sont des chimères qui gardent
partiellement les caractères-reliques des composantes ancêtres
de la chimère
L'universalité de la reproduction sexuée
est un mécanisme incomplet de chimérisation qui fait que
la chimère-oeuf obtenue par fusion des deux gamètes mâle
et femelle, doit se réactualiser à chaque génération
par la copulation des gamètes.
Les objets techniques que nous créons se complexifient
par chimérisation. Ils sont des sortes de chimères-prothèses
simulant les organismes biologiques car conçus par nous avec
les mêmes
mécanisme que ceux de la nature. Nous n'inventons presque pas,
nous simulons techniquement des modèles naturels de chimères.
Lorsque nous émettons des idées, ces idées
ne sont que des chimérisations, inconscientes le plus souvent,
des idée d'autrui avec celles que nous avons engrangées
dans notre stock mémoriel. C'est un brassage d'idées,
un remue-méninges qui est analogue au brassage des gènes
lors de la fusion des gamètes.
En une phrase, les mécanismes de toute création humaine,
matérielle comme idéelle, sont des mécanismes de
chimèrisation copiés sur les mécanismes naturels
de l'évolution biologique.
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