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L'OBSERVATION DES MICRO-ORGANISMES
DANS L'ANTIQUITÉ SUMÉRO-GRÉCO-LATINE
par
Marcel V. Locquin
Contrairement à ce qui est communément admis, les habitants du bassin méditerranéen, avant l'ère chrétienne, étaient intellectuellement et technologiquement très développés. On le sait, car les habitants du monde mésopotamien, puis grec et ensuite latin, avaient construit de grandes
bibliothèques, la première qui nous soit connue, à Our en basse Mésopotamie, probablement autour de 2 000 ans avant l'ère chrétienne, puis en Assyrie en -860 dans une ville ayant disparu depuis, puis en -648 à Ninive sur le Tigre en Mésopotamie. En -247 la Bibliothèque d'Alexandrie en Égypte contenait 400 000 livres édités sous forme de rouleaux de papyrus.
Dans cette ville, depuis -315 existait à côté de cette bibliothèque un Musée des Arts et des SciencesC'est vers 2 000 ans avant notre ère, qu'ont été publiés à Our, les premiers textes médicaux qui soient parvenus jusqu'à nous. Ils ont été édités sur tablettes d'argile originellement séchées au soleil, Par un heureux hasard elles ont été cuites ultérieurement lors de l'incendie de cette bibliothèque, ce qui a permis leur conservation jusqu'à nous. Ont été recueillis et déchiffrés à ce jour quelque 60 000 tablettes, ce qui nous permet d'avoir une idée assez précise de la vie à cette époque.
Pendant ces temps reculés, ont été éditées par copies, des encyclopédies qui faisaient le point périodiquement sur les connaissance du monde d'alors. C'est ce que font encore actuellement nos encyclopédies, Il y avait également des traités techniques publiés par exemple dans les domaines
agronomiques et médicaux.A partir de -575 on a commencé à éditer en Grèce des livres illustrés.
En -434 Hérodote publie une Histoire du Monde alors connu qui s'étendait au nord déjà au delà du cercle polaire.
En -340 Ephore publie son Histoire Universelle. Quarante ans plus tard vers -300 Aristote fonde la première Encyclopédie Historique et publie une série de Traités sur: la Nature, la Météorologie, la Zoologie et l'Écologie. Au même moment Théophraste classifie les Sciences de la Nature et publie son
Histoire Naturelle des Plantes.Chrysippe entre -279 et -206 a publié à lui seul 700 textes scientifiques et artistiques. De notre temps aucun pris Nobel ne l'a égalé. Philon qui vécut de -265 à -200 a publié alors le premier grand ouvrage scientifique collectif qui nous soit connu.
En -68 Attius fonde un maison d'édition à Rome et neuf ans après, dans cette même ville paraît un journal. En -58 Varron publie un livre illustré de 700 portraits des hommes illustres de son temps. En -56 Lucrèce publie son De Natura Rerum et treize ans après on ouvre une bibliothèque publique
encore à Rome. En -36 Vitruve publie son Traité d'Architecture en 10 volumes et en -34 Varron publie son Encyclopédie des neuf Sciences. En -30 Strabon publie sa Grande Géographie en 17 volumes et en -23 Diodore publie sa Bibliothèque Historique en 40 volumes.La dernière encyclopédie de cette époque fut celle de Nicolas de Damas, une Histoire du Monde en 14 volumes, publiée en l'an 3 de notre ère.
Lorsqu'on prend la peine de consulter ces textes qui ont été depuis, pour la plupart, traduits et commentés en français, certains déjà par la Bruyère, on est amené à constater que les connaissances de cette époque sur les microorganismes et leur utilisation à des fins de production utiles à l'homme
étaient déjà très avancées. 6 000 ans avant l'ère chrétienne, à Sumer, on produisait déjà 15 sortes différentes de bières qui étaient commercialisées dans le bassin mésopotamien.En -2 500 cette bière a été exportée jusqu'en en Égypte où s'est ensuite développée une production. La production de bière a été complétée par celle du vin vers -1 500.
Ces deux productions ont migré par le sud de l'Europe vers la Gaule alors celtique, qui est devenue le principal producteur européen de bière, la "cervoise" et de vin. Les gaulois ont alors inventé le cerclage des tonneaux pour pouvoir exporter leur production par chariots puis navires jusqu'à
Rome.Un millénaire plus tard, en -643 très précisément, on constate que la taille et le polissage de lentilles en verre était pratiquée en Asie Mineure, la Turquie actuelle. Il s'agissait de lentilles convergentes ou divergentes pour corriger la vision de près ou de loin. Bien plus tard, on sait que Néron,
empereur romain au milieu du premier siècle de notre ère, étant presbyte, en portait une en permanence sur lui, sertie en chaton sur une bague.Puisqu'à cette époque les lentilles convergentes, autrement dit les loupes étaient connues et fabriquées, on est en droit de penser que la curiosité naturelle des hommes de cette époque les avaient conduits à tenter d'observer les microorganismes invisibles présent dans l'eau, la vase ou les
sécrétions humaines. D'autre part, une simple goutte de rosée, piégée sur un brin d'herbe, suffisait déjà pour avoir, devant l'oeil, un microscope à lentille unique sphérique de 1 à 2mm de diamètre, comme, deux mille ans plus tard, celui de Leuwenhoeck.Si les textes ne nous décrivent pas de façon réaliste instrumentale de telles observations, ils nous en révèlent cependant très précisément les résultats. En voici quelques uns.
En -570, Thalès nous dit que des êtres vivants sont engendrés par la lumière du soleil, l'air, l'eau et la chaleur dans des vasières. En -501 les Pythagoriciens affirment que les hommes sont porteurs de semences, ce qui est confirmé par Empédocle d'Agrigente en -453. Ce même auteur nous
révèle en -430, que ce sont des microorganismes qui sont la source de tous nos maux. Les connaissances microbiologiques de l'époque étaient alors assez évoluées pour qu'Hippocrate, en -425, fonde la médecine expérimentale, à la suite également de constatations faites en Chine et en
Grèce, où des observateurs avaient noté que la variole ou la peste n'étaient jamais contractées deux fois par la même personne si elle avait survécu.En -37, Varron déjà cité, le grand encyclopédiste de la fin du premier millénaire d'avant notre ère, établit définitivement, que ce sont des microorganismes qui sont la cause des maladies Il le confirme trois ans plus tard dans son Encyclopédie des Neuf Science, avec l'approbation de tous
les médecins de l'époque qui étaient déjà organisés en généralistes et spécialistes et avaient ouvert des clinique privées.Que peut-on en conclure du point de vue des techniques d'observation qui ont conduit les hommes de cette époque à ces affirmation ?
Bien que cela ne soit pas formellement attesté par des descriptions instrumentales, je pense qu'on est en droit d'affirmer que le microscope à une seule lentille sphérique de petit diamètre, était déjà utilisé pour observer beaucoup de microorganismes comme ces petits vers, les nématodes, présents dans la terre, les protozoaires présents dans l'eau putride, ainsi que les spermatozoïdes dans le sperme humain, sans oublier les levures de la bière et du vin.Sans connaître ces antériorités, ces observations ont été réitérées en Europe, deux mille ans plus tard, notamment par le hollandais Leuwenhoeck et par l'italien Spallanzani bien connus de tous ceux qui se sont intéressés à l'histoire du microscope.
Voies bibliographiques.
Pour vous informer avec plus de détails sur la chronologie de ces événements, ainsi que sur bien d'autres, vous pouvez consulter "L'invention de l'humanité, petite histoire de la planète, des techniques et des idées"
par Marcel V. Locquin 1995. Éditions de la Nuée bleue, Strasbourg.Ce texte sera publié en Septembre 1999 dans la Microgazette du Club français de Microcopie.