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L'OREILLE ET LE LANGAGE
par
Marcel V. Locquin

 
Structure de l'oreille

Pour comprendre l'importance de l'oreille et de l'écoute dans l'évolution animale en général et de l'homme en particulier, rappelons quelques notions anatomiques essentielles de l'oreille..
On distingue 3 étages: oreille externe avec son conduit auditif fermé par le tympan qui est un collecteur des sons et un adaptateur d'impédance, autrement dit, il harmonise les fréquences de résonance du vestibule et de la cochlée.
L'oreille moyenne est une cavité située derrière le tympan et qui contient un labyrinthe osseux contenant les osselets: marteau, enclume et étrier. Le muscle de l'étrier a un rôle essentiel, il contrôle la tension du tympan et régule ainsi la pression du liquide labyrinthique. Il joue un rôle déterminant dans le maintien de la verticalité du corps.
L'oreille interne est enchâssée dans l'oreille moyenne et est protégée par une coque osseuse dense. Elle contient le labyrinthe membraneux qui lui même contient l'utricule, les canaux semi-circulaires, le saccule, la lagaena (uniquement chez les oiseaux) et la cochlée, ainsi nommée car enroulée en colimaçon.

Evolution de l'oreille
Chez les poissons, l'utricule est la première structure apparue. Ses nerfs utriculaires  contrôlent l'horizontalité du corps en équilibre hydrostatique dans le milieu aquatique, puisque la tête des poissons est immobile par rapport à leur corps.
Dans un banc chaque poisson tient sa place en captant en permanence des données sensorielles optiques et ondulatoires provenant des de ses voisins. Comme l'a fait remarquer J. Costagliola, il adapte sa conduite en fonction de sa vision et des renseignements fournis par ses yeux et sa ligne latérale sensible aux différences ondulatoires de pression de l'eau. Cette ligne latérale est un organe linéaire  qui fait le tour des yeux et du corps de l'animal de la tête à la queue sur le plan médian équatorial. Cet organe est tapissé de neurones  ressemblant aux cellules de l'oreille interne  des vertébrés terrestres, mais ici elles sont situées au fond d'une crevasse.. En permanence le poisson compare l'attraction avec ses voisins fournie par ses yeux et la répulsion fournie par la pression des ses semblables à distance sur sa ligne latérale.
Les reptiles qui peuvent redresser la tête, ont des canaux semi-circulaires qui définissent leur orientation spatiale par les neurones ampullaires et un saccule qui détecte la verticalité avec les neurones sacculaires.
Quant aux oiseaux ils ont, en plus, la lagaena, qui leur permet une grande mobilité de rotation du cou. Une chouette peut effectuer avec sa tête une rotation de 340°.
Chez les Mammifères, avec son apogée chez l'homme, se développe la cochlée qui discrimine les fréquences des sons à l'aides des neurones cochléaires.

Nos cinq sens intégrateurs
Il y a cinq intégrateurs qui ont construit progressivement les individualités animales au cours de l'évolution. Ils fonctionnent toujours actuellement au cours de notre embryogenèse ainsi qu'à l'état adulte. Comme leur nom l'indique, ces intégrateurs contrôlent dans les corps des êtres vivants un ensemble d'organes et de fonctions qui nous font vivre.
- L'intégrateur archaïque du rhinencéphale, contrôle nos émotions.
- L'intégrateur primitif somatique, labyrinthique et vestibulaire, induit le système nerveux qui contrôle la statique et les mouvements du corps. Il se construit à partir de la "placode auditive" dès les premiers jours de la vie embryonnaire.
- L'intégrateur linguistique, cochléaire, contrôle jour et nuit l'écoute et le langage, et à l'aide des circuits neuronaux qui relient la cochlée au cerveau, trie les signaux qui modèlent la morphologie humaine par résonance accordée.
- L'intégrateur visuel, nous permet de nous situer pendant le jour dans notre environnement.
- L'intégrateur pyramidal, est un faisceau de fibres nerveuses issues de cellules pyramidales qui descendent vers les muscles moteurs de notre corps. Il assure l'équilibre et la coordination de tous nos mouvements.

L'intégrateur linguistique
Il est le plus important. En effet le nerf vague de la dixième paire crânienne,. non seulement  innerve la partie externe du tympan et du conduit auditif externe, mais aussi réalise la presque totalité du système sympathique ou adrénergique, qui mobilise nos énergies pour nous permettre de réagir à notre environnement.
Ce sont les muscles du marteau et de l'étrier qui assurent l'accomodation auditive, le premier adapte la tension du tympan, le second régule l'oreille interne en harmonisant les séquences rythmiques vestibulaires et les séquences fréquencielles dans la cochlée.

Eco - Echos
Nous ne pouvons vivre sans échos c'est à dire sans actions et rétroactions entre nous mêmes et  notre environnement. Souvenons-nous que notre oreille droite est généralement directrice et que, pour bien me situer dans mon environnement lorsque je suis seul, je parle, je chantonne, je sifflote. Je sais intuitivement que les sons graves sont réverbérés par le sol et les sons aigus par le plafond d'une pièce. Je profite des deux lorsque je suis debout ou assis, alors que couché je discrimine  mal les sons aigus.
Notre peau est perméable aux sons et aux infrasons. Cela n'est pas insolite puisque oreille et peau ont la même origine embryologique. Par résonance, ils massent ou lèsent lorsqu'ils sont excessifs les organes sous-jacents.
Parmi les chants, le chant grégorien est celui qui est le plus en harmonie avec les rythmes corporels fondamentaux du respir et du coeur. La musique de Mozart, selon Tomatis, est celle qui  intègre le mieux tout l'éventail des sons jadis perçus par le foetus que nous étions alors en équilibre hydrostatique dans le liquide amniotique du ventre de notre mère, avec les sons qu'adultes nous entendons.

Pour plus d'informations consulter <<L'homme et son langage>> par Marcel V. LOCQUIN aux éditions du Muséum d'Histoire Naturelle de Lyon