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LES GRANDES ÉTAPES SCIENTIFIQUES
DU XXème SIÈCLE
par Marcel V. Locquin et Majeda HANA

Période allant de 1900 à 1999

1900: Max Planck, (1848-1957) a fondé la théorie des quanta à la fin du siècle précédent. Il obtiendra pour celà le rpi Nobel en 1918. Philosophe il a écrit: «on ne convainc jamais personne, mais tous les gens finissent par mourir et les nouvelles générations croissent tout naturellement avec les nouvelles idées.
1900: Albert Einstein, physicien allemand né à Ulm a 22 ans. Il est déjà très connu dans le monde alors restreint des physiciens pour sa théorie du mouvement brownien ainsi que pour ses travaux d’application de la théorie des quanta à l’énergie rayonnante qui aboutissent au concept de photon., ce qui lui vaudra le prix Nobel en 1921.
1901: Karl Landsteiner, Autrichien découvre les groupes sanguins pour lesquels il aura le prix Nobel en 1930.
1901: Hugo de Vries, Hollandais, découvre les mutations.
1902: Henri Poincaré publie «La science et l’hypothèse». C’est le premier ouvrage moderne qui tente un approfondissement en parallèle de la raison logique et de l’intuition, proche de ce que Locquin nommera plus tard intelligence matérielle et intelligence idéelle.
1903: Invention par les frères Lumière à Lyon du procédé autochrome pour enregistrer photographiquement les couleurs.
1904: Spearman présente une méthode de mesure de l’intelligence, qui deviendra plus tard le Qi
1905: Décès d’Ernst Abbe, né en 1840, l’un des fondateurs des usines d’optique Zeiss. Il fut le premier à démontrer qu’on peut agir sur l’information dans le plan focal d’un objectif pour changer la réaprtition des énergies dans les images au microscope. Il a ainsi ouvert la voie aux travaux de Zernike.
1905: Albert Einstein publie sa théorie des la relativité spécifique qui étend les travaux de ses prédécesseurs Galilée et Poincaré aux systèmes en mouvements relatifs. Rappelons que ce n’est pas pour cela qu’il a obtenu le prix Nobel.
1905: Le passé, le présent et le futur sont simultanément présents. La «Relativité restreinte» est une cinématique proposée par un professionnel de la physique, employé au Bureau des Brevets de Berne, déjà bien connu pour ses travaux ayant abouti au concept de photon.. Il a alors vingt six ans et il s’appelle Albert Einstein. C’est la première étape d’une grande découverte pour laquelle il aura préalablement renouvelé Euclide (troisième siècle AC) Newton (1642-1727) et Galilée. Du point de vue de l’étude du sens, les travaux d’Einstein vont ouvrir des horizons encore peu exploités aujourd’hui. Dans un exposé où Locquin traite des prolégomènes relativistes et quantiques des phonèmes archétypaux, l’accent est mis sur une conséquence majeure de la relativité. Comme l’observe Albert Einstein lui-même: «dans le continum espace-temps relativiste à quatre dimensions, le passé, le présent et le futur sont simultanément présents». Plus que toute autre, cette phrase illustre aussi bien le problème de la polysémie que le problème du linguiste à la recherche d’un sens ! . Comment se peut-il que la simultanéité - elle même définie par référence au temps - puisse figer le temps. Distance et temps ne sont plus des invariant fondamentaux, seule l’est la combinaison de ces deux grandeurs, ce qu’avait pressenti Bergson en distinguant temps et durée. Car, pour définir la simultanéité, nous avons besoin de prénotions en vertu desquelles le temps coule. Or voilà le terme de simultanéité qui détrône les prémisses dont il avait besoin et qui dit: le temps ne coule plus. Cela est facile à conceptualiser en changeant le nombre de dimensions de l’espace-temps comme l’avait pressenti Einstein puis l’a démontré Locquin.
1905: Le besoin d’une communication internationale accrue se faisant sentir. Il se tient en  août de cette année là, un premier congrès international où le  «Fundamento de Esperanto» que vient de publier Zamenhof (1860-1917)  chez Hachette est adopté par les délégations espérantistes des vingt  nations représentées. Ce penseur juif polonais ayant été fortement marqué par la Bible. «Aucune des histoires révélées dans le Livre ne l'a marqué comme celle de Babel». A dix ans, la première «Tragédie en cinq actes»  qu'il entreprend d'écrire en russe est déjà liée au mythe de la  tour de Babel. L’espéranto  qui a aussitôt affiché des prétentions mondialisantes, n’est en fait qu’une réduction à l’essentiel, sans irrégularités ni exceptions grammaticales de l’ensemble des langues italiques, autrement dites latines, à savoir essentiellement le romanche, le roumain, le latin, l’italien, le corse, le sarde, l’espagnol, le portugais, la langue d’oc.
1906: L’ambiguïté du langage et le besoin de réconcilier l’analyse avec l’intuition. Sens extensible des mots: Dans une lettre adressée au directeur du périodique britannique «Mind», en réponse à des propos formulés par Bertrand Russel, le mathématicien français Henri Poincaré tente d’expliquer à ce dernier qu’il est convenable de ne pas utiliser des mots qui prêtent à confusion. C’est le cas du terme «perception» souligne-t-il en ces termes «J’ignore si la perception est une sensation ou un jugement, et je crois voir que les philosophes qui emploient ce mot, l’entendent les uns dans le premier sens, les autres dans le second. C’est pourquoi j’évite de l’employer». Il faut noter qu’au delà de la «guerre des mots», Poincaré avait préconisé la paix entre l’intuition et l’analyse et qu’il y a dans cette guerre entre eux quelque chose d’inhérent à la nature humaine comme nous le verrons par la suite (voir 1977 et 1998). Quant aux termes avec lesquels Poincaré préconise cette paix on peut relever la citation suivante: «au lieu de chercher à concilier l’intuition avec l’analyse, on s’est contenté de sacrifier l’une des deux, et comme l’analyse doit rester impeccable, c’est à l’intuition qu’on donne tort.»  Il semble raisonnable de penser que par «l’intuitionnisme mathématique», nous devons bel et bien à l’un des plus grand mathématiciens qui aient vécu au vingtième siècle les prémisses de la fougue transdisciplinaire à laquelle nous assistons aujourd’hui.  En effet et comme nous le verrons par la suite, l’étude du sens intuitif va se développer dans de nombreux domaines: théorie des probabilité (De Finetti), étude du cerveau humain (Sperry) et archéologie du langage (Locquin). Cependant, et comme de nombreux exemples en témoignent ci-après, le jeu de l’intuition tarde à s’imposer et requiert des expérimentations (pour le valider voir 1948). De manière plus fondamentale, il faudra attendre Carl Gustav Jung pour mieux mettre en évidence la confusion potentiellement possible entre sentiment et jugement. Utilisant le terme anglais «feeling» , Jung explique en effet que nous parlons des sentiments inspirés par quelque chose mais que nous utilisons également ce même terme de «sentiment» quand on veut «signifier une opinion» et que le sens du mot peut être étendu jusqu’à englober les intuitions: «J’ai le sentiment qu’il ne viendra pas» est l’exemple donné par Jung lui-même pour signifier ladite extensibilité. Il est utile d’ajouter que l’extension du terme «sensation» a été étudié au septième siècle dans les écrits byzantins dans le cadre de la théorie du concept. Jean Damascène observe en effet que la faculté animale de la sensation se définit par référence aux cinq sens; mais que ce terme est parfois étendu dans le langage au «fantastique». Le «phantastique» étant une faculté non raisonnée qui vient par le canal de la sensation.
1906: Le sens inconscient et les résidus cryptiques: Dans l’équation de l’analyse du sens, il faut encore tenir compte, en ce début de siècle, des débuts de la psychanalyse, avec le savant autrichien Sigmund Freud (1856-1939), ancien élève du fondateur de la neurophysiologie, Jean-Martin Charcot(1825-1893). Du point de vue de l’interprétation du sens, les travaux de Freud ont une incidence sur notre exposé à deux titres, principalement: d’une part, ils illustrent que le problème de l’ambiguïté du sens va émerger et s’affirmer petit à petit, au fur et à mesure que l’école de son cadet suisse Carl Gustav Jung (1875-1961) va se poser comme relativement rivale et/ou complémentaire. Victor White explicitera ce problème, en 1952 (voir voir 1952 plus loin). Il faut noter d’autre part que Freud pose les prémisses de l’idée d’archétype à travers ce qu’il appelle les «résidus archaïques» relatifs à l’héritage de l’esprit humain  Ce sera le point de départ à partir duquel Jung va ensuite développer son idée d’archétype. Par une toute autre voie Locquin ayant découvert le livre de Tisseyre «Hel, visions préhistoriques», Paris 1926, développera la notion d’archétype linguistique bien avant que les progrès de l’informatique (langage APL notamment) n’autorisent l’extension rapide de ce type de spéculation.
1907: Bergson montre la différence qu’il y a entre le temps et la durée. le temps est une modélisation mathématique de la durée qui est individuelle.
1907: Alfred Adler décrit le complexe d’infériorité et ses mécanismes de compensation: faisant ainsi une extension comportementale des travaux de Freud.
1907: La recherche de la loi et de l’ordre dans le chaos apparent: dans leur «Introduction à la science de la sociologie», Park et Burgess définissent l’idée d’interaction comme «l’aboutissement d’une réflexion longuement développée par les êtres humains, dans leur inlassable effort pour résoudre l’antique paradoxe de l’unité dans la diversité, de l’un et du multiple, pour trouver loi et ordre dans le chaos apparent des changements physiques et des événements sociaux - et pour découvrir ainsi des explications au comportement de l’univers, de la société et de l’homme»  Le terme d’interaction va se heurter, dans les années 30, aux normes de la physique qui l’utilisera dans un sens absolument matériel. Nous verrons plus loin (voir 1908) que l’acception donnée au terme «interaction» vient comme un remède à un chaos apparent ambiant dénoncé par un certain nombre de journalistes. Quant au chaos que Park et Burgess voudraient dissiper par l’idée d’interaction et puisque la théorie du chaos a connu de très grand développements dès le début des années 80, il est utile de rappeler que Léonard de Vinci (1452-1519) a traité du chaos dans le cadre d’un passage de l’obscurité à la lumière, notamment en ces termes «L’obscure violence des puissances mystérieuses s’illumine dans la transparence des lois immobiles, dans la clarté du chiffre, ou du signe géométrique où le chaos devient cosmos, la puissance devient grâce, l’obscurité devient lumière et le mouvement harmonie et beauté»  Plus généralement, il existe chez Park et Burgess comme chez Léonard de Vinci, un désir de comprendre et de transformer les situations en apparence chaotiques en éléments lisibles, à travers l’étude transdisciplinaire. Dans le même esprit, et plus d’un siècle avant Léonard de Vinci, Ibn Khaldûn organise les sciences cognitives en sept niveaux où l’on passe de la clarté du chiffre avec la logique et l’arithmétique à la métaphysique. La philosophie étant un système d’objets qui incorpore l’ensemble de ces sept sciences de manière indivisible, revenant ainsi à ce qu’elle était en Grèce antique.
1907: La théorie des probabilités: les travaux d’Andrei Markov (1856-1922) sur les fonctions aléatoires, le portent à définir en 1907, le processus qui porte son nom. Un processus de Markov, c’est l’évolution aléatoire d’un système physique, telle qu’à chaque instant la probabilité d’un état futur ne dépend que de l’état du système à cet instant et non de la manière dont il y est parvenu. Ce qui, soit dit en passant, est une abstraction mathématique pure. Aucun système physique, ni biologique, ni linguistique, par essence même évolutif, ne peut être envisagé déconnecté de ses états antérieurs comme de son environnement. Les tentatives d’applications des processus de Markov au langage doivent tenir compte de cette importante restriction.
1908: témoignage sur le chaos ambiant: Malgré l’institutionnalisation du terme «interactions» à laquelle Park & Burgess nous invitaient en 1907, malgré l’invitation à l’ordre où nous convie au cours de la même année Andrei Markow, force est de constater un certain désordre ambiant en société. Une absence de coordination est en effet notée, en 1908, par un journaliste anglais de trente quatre ans, Gilbert Keith Chesterton (1874-1938). Son témoignage est assez significatif mais il prête à de multiples interprétations. En voici un trait «Le monde moderne n’est pas méchant; à certains égards il est beaucoup trop bon. Il est rempli de vertus farouches et gaspillées. Quand un certain ordre religieux est ébranlé - comme le Christianisme le fut sous la Réforme - les vices ne sont pas les seuls à se trouver libérés (...) les vertus aussi sont libérées (...) et elles font des ravages plus terribles encore. (...) Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude».
1910: naissance du terme «syntagme»: en 1910, le syntagme est un groupe de mots qui se suivent pour avoir un sens différent de chacun d’entre eux. Il est clair que les préoccupations de l’époque sur le sens directionnel s’inscrivent dans le cadre d’un besoin de la recherche qui trouve dans ce terme le moyen de s’exprimer plus brièvement sur l’idée de «suivi».
1910: Morgan fonde la génétique.
1910: Frazer aborde le totémisme lié à l’exogamie.
1912: Freud, poursuivant les travaux d’Alfred Adler, étudie la psychopathologie de la vie quotidienne.
1913: Niels Bohr publie un modèle planétaire de l’atome.
1913: Type de langue et type de race: Jeter un oeil sur l’état des travaux en linguistique, en 1913, avant que n’éclate la première guerre mondiale va nous permettre nous permettre de mesurer l’ampleur des transformations qui ont touché le siècle, et surtout sur quelles idées fausses et a priori irraisonnées reposent des soi disantes «recherches indogermaniques»:
«Avant la première guerre mondiale, on en était resté à la vieille idée, soutenue en dernier par Lapouge(1854-1936) de la relation privilégiée des peuples de langue indogermanique avec la race blanche nordique. Les "progrès" de la génétique et de l'anthropologie vont alors donner un coup de pouce à l'établissement d'une continuité raciale, que l'on peut juxtaposer à la continuité culturelle. L'archéologie préhistorique en tant que "machine de guerre" de la propagande nazie était désormais sur les rails: elle était née d'une impulsion de type nationaliste, et sa formation s'achève au bout d'une trentaine d'années par l'adoption de la théorie raciale en Allemagne principalement. Voir «L'antiquité en Allemagne: 1933-1945». Thèse de doctorat, soutenue le 13/01/1990 par Aldo Battaglia.
1914: Pavlov définit les réflexes conditionnés
1914: Watson publie une théorie du comportement.
1915: Albert Einstein publie sa relativité générale qui est une généralisation de sa précédente théorie aux systèmes en mouvements accélérés par la gravitation.
1916: Vilredo Pareto, sociologue italien vivant en Suisse, publie un traité de sociologie dans lequel il appliqua le premier des méthodes mathématiques à l’économie. Il définit aussi l’optimum économique
1918: Hrozny déchiffre le Hittite. Le déchiffrement du hittite actualise une thèse antérieure de Ferdinand de Saussure: (1857-1913). d’après laquelle trois phonèmes avaient disparu des langues indo-européennes. «Mémoire sur le système des voyelles dans les langues indo-européennes» avait été publié par Saussure en 1877, à l’âge de vingt ans. Or, le déchiffrement du hittite en 1918 confirme la thèse de Saussure de manière éclatante. Il est convenable d’observer que nous sommes en 1918 seulement et qu’à cette date, la thèse d’une origine commune des langues indo-européennes est tout à fait de mise. Bien au contraire, elle représente un bouclier contre les thèses racistes des langues «indogermaniques».
1920: Premier poste émetteur Radio à Pittsburg.
1921: Les réalités sont comme elles nous apparaissent et la subjectivité du regard n’exclut pas la réalité du phénomène. Le prix Nobel qui est donné en 1921, à Einstein ne représente pas une reconnaissance de la légitimité du paradoxe d’après lequel passé, présent et avenir peuvent coexister, puisqu’il lui a été donné pour ses travaux sur les photons antérieurs de plus de dix ans sur la relativité. Si comme le dit René Descartes, le poète est plus à même que le philosophe de communiquer l’essence du sens, un astronome de l’observatoire de Paris le confirme en 1921 même, en traduisant la philosophie d’Einstein par référence aux vers de Leconte de Lisle (1818-1894) quand ce dernier s’adresse à la mort et dit:
Délivre-nous du temps, du nombre et de l’espace,
Et rend nous le repos que la vie a troublé.
1921: Sens et type psychologique:  Sans doute avons-nous avec la parution des «Types psychologiques» de Jung le moyen de mieux cerner le problème de l’ambiguïté du sens du terme de «perception» qui avait été soulevé par Henri Poincaré en 1905. Considérant en effet quatre types fonctionnels qui permettent à la conscience de s’orienter, Jung distingue le perception sensorielle qui révèle que quelque chose existe, de la pensée qui révèle ce que c’est, du sentiment qui en apprécie la caractère plus ou moins agréable, de l’intuition qui révèle d’où vient la chose et vers quoi elle tend. Ce sont également chez Jung, quatre critères qui permettent d’établir un type de comportement. Rien n’y est dogmatique, affirme-t-il, mais leur caractère fondamental en fait des critères convenables pour décrire le comportement. Nous verrons plus loin que les quatre critères de Jung renvoient quasi immédiatement à la théorie du concept de Jean Damascène. Mille deux cents ans avant Jung, Jean établit en effet des critères où sont inclus les quatre critères de Jung, à ceci près que Jean fait suivre la perception sensorielle de la «interprétation» alors que Jung appelle «sentiment». [Voici la décomposition archétypale de sentiment = Sa Da Ma = organisation mémorisée mère].
1921: Le sens intuitif est condamné par Russel. Neuf ans après la mort d’Henri Poincaré qui avait privilégié l’intuitionnisme mathématique contre Bertrand Russel (voir 1906 plus haut), ce dernier soutient que l’introspection n’est pas appropriée à la recherche scientifique parce qu’elle ne se plie pas à l’autorité de la physique. Cette interprétation s’oppose notamment à la modération de René Descartes dont tout le discours de la méthode gravite autour des limites du mécanisme analytique, comme de nombreux linguistes en conviennent. L’approche de Russel s’oppose également à la pensée de Léonard de Vinci (1452-1519) qui privilégie l’immatérialité à la matérialité dans un texte où il oppose la «force matérielle» au «poids immatériel».
1922: Le britannique Charles Spearmann introduit l’analyse factorielle en psychologie.
1902: Le tchèque Franz Kafka publie sa Gestalt Theorie.
1923: Louis de Broglie publie sa mécanique ondulatoire.
1923: Hans Berger découvre les ondes cérébrales.
1923: Naissance du terme «morphème»: C’est une forme minimum, douée de sens qui est libre ou liée à une autre forme. Si le morphème est constitué de phonèmes, il est lexème. [morphème = Ma aR Fa aM = milieu dynamique choisi harmonieux - lexème = La aG Sa aM = catégorie féconde organisée harmonieuse]
1924: Heisenberg fait sensation avec son principe d’incertitudes,
1924: Hilbert et Courant explorent les méthodes utilisables en physique mathématique
1925: Wolfgang Pauli publie son principe d’exclusion qui est en fait une logique d’appartenance exclusive dans la classe des particules et atomes appelés fermions. Cette logique existe dans la nature dans les territoires qui ne peuvent accueillir plus d’un individu dans sa niche écologique. Cette logique existe-t-elle dans le langage ? Si oui dans certains secteurs cela éliminerait dans ceux-ci la possibilité de polysémie. L’inventaire en est en cours par Locquin.
1926: Une première télévision fonctionne à Londres.
1926: Un méhariste militaire français saharien, Paul Tisseyre Ananké publie sous le titre «Hel, visions préhistorique» la liste des 20 phonèmes archétypaux de base, ainsi que le processus de totémisation qui a permis d’en découvrir le sens. Ceci est à la base de tous les travaux ultérieurs de Locquin sur l’archéologie du langage.
1927: Avancée de la linguistique historique: 9 ans après Hrozny, des documents Hittites découverts en Anatolie au cours de la Première Guerre mondiale sont étudiés par Kurylowicz à la lumière des propositions de Saussure (mort an 1913). Les travaux de Kurylowicz ayant notamment concerné la possibilité de confondre le «h» avec le «a», dans l’examen des textes anciens, vont stimuler la recherche en linguistique historique et permettre de mieux tester la validité et l’efficacité du processus de reconstitution des langues originales, d’où des mots issus d’une même souche (nés ensemble, «cognate» en anglais). [cognate = Ga aG Na Da = filiation appelée, contradictoire, connaissante]
1926: Un poste émetteur de télévision fonctionne à Londres
1928: Margaret Mead, anthropologue américaine, expose une théorie sociale de l’esprit pour expliquer les changements cultuels.
1930: Paul Dirac expose sa mécanique quantique.
1931: Les théorèmes d’inconsistance et d’incomplétude sont formulés par Kurt Gödel: Le logicien autrichien, Kurt Gödel, met au point, vers 1931, deux théorèmes qui portent son nom. Selon ces théorèmes, une arithmétique non contradictoire comporte des énoncés incomplets et «indécidables». Parmi les énoncés ne pouvant être démontrés, figure l'affirmation de  la non contradiction du système lui-même. Ces théorèmes établis grâce  à des méthodes formelles - mettent en évidence les limites des  possibilités de formalisation d'un système.  Malgré une apparence qui, en 1931, nous pourrait nous abuser en nous faisant croire que les travaux de Gödel se limitent à un cercle de spécialistes, les travaux de Douglas Hofstadter (voir 1979) nous montreront que l’incomplétude de Gödel est au centre de gravité de la recherche du sens.!
1933: Joliot Curie découvre la radioactivité artificielle.
1934: Fritz Zernike découvre qu’en modifiant la pase d’une onde on peut rendre visible les objets transparents, ce qui lui vaudra la réalisation du microscope àcontratse de phase et le prix Nobel en 1953.
1935: Enrico Fermi découvre la fission de l’atome.
1935: Naissance à Paris, grâce à l’éditeur Freyman d’origine mexicaine, du groupe de mathématiciens «Bourbaki» qui entre dans l’histoire des sciences en 1939 et rayonnera dans le monde entier jusqu’en 1960. Dans les quelque 3 000 pages publiées de son oeuvre il apportera une vision renouvelée des mathématiques, une profonde clarification de leur contenu sémantique et une expression bien pensée et bien formulée de leur logique.
1936: Avancée dans l’étude de l’opinion et dans l’étude du décryptage du sens: aux États-Unis, les sondages (au sens statistique du terme) se trompent en donnant gagnant Alf Landon contre Franklin Roosevelt. L’erreur stimule les travaux de George Gallup (1901-1984) sur les sondages d’opinions. Les sondages d’opinions deviennent un moyen de plus en plus puissant pour contrôler le «sens subjectif» d’un mot, comme par exemple, dans l’étude de l’impact publicitaire des mots et des sonorités.  Nous illustrons plus en détail l’étude de l’impact dans le cadre de la recherche du sens du terme arabe «almahabba». La même année est un moment fort, en Grande-Bretagne, pour la cryptographie, ou analyse du sens du langage codé. C’est en effet, au cours de 1936 qu'un mathématicien et logicien anglais de 24 ans, Alan Turing introduit le concept de machine qui peut faire des opérations logiques, ou machine de Turing. Étendant ses études à ce qui deviendra l'intelligence artificielle, il travaillera comme cryptographe au service du ministère des Affaires étrangères durant la Seconde Guerre mondiale. Le décryptage du sens assisté par ordinateur devrait très vraisemblablement  connaître dans les années à venir de nouveaux champs d'application.
1936: Climat de confusion associé à la théorie du concept: les théories sur le comportement des marchés financiers font l’objet de nombreuses dissertations. Dans ce climat, Keynes affirme que certaines hypothèses de travail ne sauraient être prises comme des «dogmes» mais comme des «conventions». S’agissant d’une de ces théories qu’on nomme «théorie de l’efficience», de récents travaux ont démontré qu’au delà d’un objectif qui consistait à démontrer la validité ou l’invalidité d’une théorie sur le comportement, il s’agissait plutôt d’éclaircir la notion même d’«efficience» qui était sous-jacente aux débats.  Est-il nécessaire de rappeler que la République de Platon nous donne une des plus sobres descriptions de ce type de situations !  [concept = Ga Sa aB aD = complément organisateur différencié, savant et efficience = aF Fa Sa aN Sa = avertissement d’un choix, organisateur puissant].
1937: Genèse d’un pont transdisciplinaire dans l’étude du sens: Alors que l’industrie des calculateurs électroniques est encore à ses balbutiements, L. Handley calcule 260.000 occurrences dans l’Ulysses de Joyce. Dans la mesure où ce travail concrétise l’alliance entre linguistique et mathématique, il marque aussi une étape décisive dans le dialogue interdisciplinaire qui caractérise la société actuelle.
1938: La réconciliation des contraires observée dans l’esprit de Maurits Cornelius Escher. L’événement proprement dit de 1938 est la réalisation de «Day and Night»  par Escher. L’image en elle même présente ces gradualités qui vont du blanc au noir dans un sens et d’une forme carrée vers une forme d’oiseau dans le second sens.  A l’interprétation de l’essence de cette oeuvre, nous désirons relever la pertinence des propos de Douglas Hofstadter qui y voit une «réconciliation»  entre le blanc et le noir. D’une part parce que la langue arabe nous y invite en ayant consacré un terme (mounsarem) pour désigner aussi bien le jour que la nuit, voire dans certains contextes, l’idée de ce qui est issu de l’autre. Cette idée s’applique parfaitement à l’oeuvre de Escher où l’on voit une série d’éléments qui se succèdent et qui sont tous des «mounsarem» l’un de l’autre. Plus particulièrement, en matière de blanc et de noir, tout en ayant un terme distinct pour désigner le blanc et un autre pour désigner le noir, la langue arabe met dans le terme «gaoun» aussi bien le blanc que le noir. Y a-t-il une symbolique plus claire de la réconciliation !. Si l’on considère la civilisation égyptienne, le noir est encore le symbole de l’abondance extérieure à partir de laquelle nous recherchons le sens profond, intérieur et intime qui est le blanc. Alors que dans le texte de Léonard de Vinci référé plus haut (voir 1907) l’obscurité est décrite dans le cadre d’un destin qui la voue à la lumière.  Quant au grand mystique soufi Ibn Arabi (1165-1241), il traduit la même idée de ce qui est caché par une même origine triconsonnantique de la Sourat coranique et des murailles de la ville. La Sourat cache en effet sa signification profonde à celui qui ne mérite pas de la comprendre, alors que la muraille de la ville préserve les habitants contre les injonctions étrangères. Sur un plan plus psychologique et comportemental, on peut voir dans l’illustration du jour et de la nuit par Escher quelque chose de très profondément inscrit dans la mémoire humaine comme un archétype, à savoir que la vie réelle de la personne humaine « est faite d’un ensemble inexorable de contraires, le jour et la nuit, la naissance et la mort, le bonheur et la souffrance, le bien et le mal.»  Sous une telle perspective, nous verrions la langue arabe jouer presque un rôle prédicateur sur la nature même de l’homme en assemblant sous un même label et le jour et la nuit ! [mounsarem  = Ma aN Sa Ra aM  =  milieu puissant organisateur interactif, harmonieux - gaoun  = Ga aN = filiation puissante}.
«Je suis l’Abondance; Kem-our (le Grand noir) est mon nom. Je remplis avec mon extérieur (mais je suis) celui qui cache son être intime»                  Livre des morts des Anciens Égyptiens
1934: Le hollandais Fritz Zernike, partant des travaux d’Abbe, invente le contraste de phase qui rend visible au microscope les objets transparents. Cela lui vaudra le prix Nobel en 1953.
1839: le groupe Bourbaki commence la publication de ses éléments de mathématiques.
1939: Prise de conscience partielle de l’interpénétration des concepts linguistiques, via l’emprunt linguistique. En 1939, a lieu une des premières études d’envergure sur l’emprunt linguistique. Elle concerne le français et l’anglais. Dans «Les relations de l’Angleterre et de la France d’après le vocabulaire» (Droz. Paris), F. Mackenzie cherche en effet à définir les modalités de pénétration de la langue et de l’esprit anglais dans le monde français  . En retour, il analyse les infiltrations françaises dans le monde anglais. Dans la multitude des termes que l’auteur voit l’influence de la Grande-Bretagne sur la France, il est remarquable qu’il cite le terme de « shérif » qui est certes d’origine arabe (débarqué en France en provenance d’Outre Manche en 1688 d’après Mechenzie mais en 1601 d’après Le Robert. 1981). Si en langue arabe, le terme de shérif est un prédicat de la loyauté qui se différencie en diverses acceptions,  selon le contexte de la phrase (il est également un prénom), il ne se différencie en langue française que par référence au cadre anglo-saxon: shérif sera « magistrat » si la langue française en fait usage pour parler de l’Angleterre, mais il sera « officier d’administration » s’il en est traité dans le cadre de la vie aux États-Unis. Ce que Machenzie met en évidence, en 1939, tient donc implicitement compte de l’internationalisions de l’étude du sens, dans le cadre duquel la langue arabe est insidieusement présente. Mais nous ferons une autre «lecture» de ce phénomène, en 1980 (plus loin) à la lumière des archétypes linguistiques. Le cas de «shérif» nous renvoie plus globalement à la transfiguration du mot lorsqu’il pénètre dans une langue étrangère. S’agissant de la langue arabe, on peut citer l’exportation du terme «talisman»: aujourd’hui la langue française utilise ce terme dans le sens de «porte bonheur, amulette», alors qu’au quatorzième siècle, Ibn Khaldun l’utilise au sens de «affabulation». Notons plus globalement comment la transfiguration du sens d’un terme exporté nous invite à étudier l’histoire des peuples d’autant mieux que la langue d’Ibn Khaldun importe le terme de «talisman» de la Grèce. Simultanément la langue apparaît comme le miroir de l’histoire quand elle nous informe du passage par Tunis pour exporter le terme d’Athènes vers Paris ! [shérif = Sa heL Ra aF = action principielle, voisinage averti - talisman = Da La aS Ma aN = mémoire catégorielle, mère puissante]
1939: Premier ordinateur à logique Booléenne binaire aux États-Unis.
1940: La polysémie comme conséquence des progrès de l’analyse du comportement. Avec le développement de la recherche sur la psychologie du comportement et l’interpénétration des disciplines qui lui est corollaire, nous assistons en 1940, à une illustration de la faiblesse de la mémoire humaine, réduite à chercher dans les mots existants de quoi exprimer les nouvelles idées. C’est la cas du terme «masses» qui était utilisé jusque en 1940 sous sa forme plurielle seulement afin de parler de la psychologie des masses. Or, le comportement collectif ayant commencé à se dire «Mass behavior» aux États-Unis, le terme de «mass» vient jouxter la communication de masse (Mass communication) . C’est ainsi que, progressivement, le statut du mot «masse» va devenir en langue française «extrêmement ambigu». Et Robert Escarpit de citer trois acceptions tirées de trois ouvrages de référence autorisée; synthétiquement: soit un conglomérat de personnes sans distinction de groupes, soit un ensemble d’individus répartis dans un espace géographique, soit enfin un groupe de personnes diversifiées qui répondent de la même manière à certains stimuli !  [mass = Ma aS = milieu opératif  - masses = Ma aS Sa = milieu opératif actif].
1941: Pitirim Sorokin publie une sociologie de la connaissance.
1942: Le logicien Rudolf Carnap publie une introduction à la sémantique et cherche à formaliser tous langages à partir de l’approche syntaxique de Hilbert.
1943: Superposition de sens dans le mot «paradigme»: Le besoin de nouveaux mots en relation avec l’évolution de l’actualité est bien illustré en 1943, par le glissement sémantique qui affecte le terme de «paradigme» qui n’avait pas bougé pendant près de quatre siècles. Alors même que depuis 1561, ce mot désignait le mot-type donné comme modèle à la déclinaison, il devient aussi «l’ensemble des termes qui peuvent  figurer en un point de la chaîne parlée, avec des substitutions». Nous n’assistons guère à un phénomène isolé de l’actualité mais à une ligne de pensée le long de laquelle, plus tard, vers 1960, «paradigmatique» deviendra «l’étude des rapports (oppositions) entre les termes qui peuvent figurer en un même point de la chaîne parlée et qui font l'objet d'un choix exclusif de la part du locuteur», alors que l’expression de «maillage relationnel» fera son voir en force plus tard avec les travaux de Mertens sur le sens. Rappelons que Saussure parle plutôt de «groupe associatif» que de relation paradigmatique. [paradigme = Ba Ra Da aG Ma = distanciation, interactive, mémorisant l’engrangement mère]
1945: Abram Kardinen publie son anthropologie culturelle qui définit une typologie des personnalités de base.
1944: Débarquement américain en Normandie quand le contenant «américain» a changé de contenu. Il est vrai que le 6 juin 1944 symbolise une date qui marque un début d’influence américaine sur les langues du monde  avec rétroaction différée sur la culture américaine et qu’au delà de l’analyse ponctuelle, il faut y voir une influence plus «systémique» (voir 1970). A cet égard, M. Pergnier affirme que la situation politique, économique, sociale «et militaire héritée de la seconde guerre mondiale a conféré à la langue anglaise une position sans précédent dans l'histoire des langues du monde»  Pergnier y voit même une certaine «hégémonie culturelle» et une situation sociolinguistique sans précédent qui a rendu la langue anglaise celle de la communication  de manière «incontestée». Loin de s'exercer sur le français seulement, cette pression se retrouve dans «presque toutes les langues du monde». Dans ce contexte, l’auteur explique comment certains mots de la langue française connaissent une certaine mutation de sens. Voilà qui est tout à fait digne d’être observé. Cependant, et dans un identique soucis de dépasser l’observation factuelle, il convient d’observer que le terme «États-Unis» n’a lui-même pas le même contenu en 1944 que celui de 1900. En effet, entre ces deux années, d’illustres penseurs européens ont eux-mêmes transfiguré par leur implantation aux États-Unis le contenu humain des États-Unis. Parmi eux, on peut citer le suisse Albert Einstein, le mathématicien autrichien Kurt Gödel qui s’est installé aux États-Unis en 1940, ou l’auteur du premier ordinateur à mémoire John Von Neumann (1903-1957), ou Enrico Fermi qui fuyait, l’Italie de Mussolini, ou l’illustre compositeur hongrois Bela Betok et la liste est longue. Simultanément, l’Europe également change de contenu puisqu’elle perd ainsi bien des joyaux humains de la civilisation contemporaine.  On peut encore ajouter que la langue américaine elle-même est constellée de mots français comme «grandeur», «Bête-noire», etc. et qu’en tout état de cause l’étude du contenu humain d’un pays est inséparable de la valeur des mots de son langage. Les  travaux de Locquin l’infirment partiellement. Dans une enquête publiée en 1982 cet auteur a analysé les données bibliographiques contenues pendant l’année 1980 dans la base pluridisciplinaire PASCAL du CNRS et publiées dans la section 101 du bulletin signalétique «sciences de l’information et de la documentation» informatique comprise et tous pays confondus. On constate que les textes publiés en anglais forment 51,8 % de l’ensemble, ceux en français 17,4 %, en allemand 14,7 %, en russe 6,8 %. La dominance anglaise ne représente qu’un peu plus de la moitié des langues de publication. Cette étude répétée chaque année par le même auteur montre une constante et rapide diminution de la part des sciences physiques où là seul l’anglais domine . Il régresse de 17% entre 1975 et 1980. En 1998 les sciences physiques ne représentent plus que 3,2 % de l’ensemble de sciences. Leur dominance a vécu.
On a coutume de dire que les écoliers américains ne s’intéressent que peu au français. The International Herald Tribune a publié dans son numéro du 26 12 98 ,une analyse de la situation des langues dans les choix des étudiants aux États Unis. Zbigniev Wolkovski, Maître de Conférences à l'Université Pierre et Marie Curie à Paris en a résumé le contenu dans le tableau suivant::
Langue A  % choisi  - B: % de locuteurs -  A/B    ordre
  aux USA   dans le monde   selon A/B
=============================================================
Espagnol 66   8  8  2
Français 22   2  11  1
Allemand 6   2  3  3
Japonais 0,7   0,5  1,6  4
Russe  0,3   4  0,075  5
Chinois 0,17   20  0,001  6
=============================================================
Si l'espagnol vient au premier rang en nombre absolu de choix, c'est le français qui tient le premier rang si on fait, pour toutes ces langues, le rapport entre les choix aux USA et le nombre de locuteurs dans le monde, ce qui prouve le dynamisme de la langue française déjà détecté par M. Locquin par une autre méthode en 1980.
Ces mêmes travaux placent encore le mouvement de population au centre de gravité des mouvements de mots, on peut donner l’exemple de la lente et insidieuse transformation de la population européenne elle-même sous l’effet de l’immigration orientale et byzantine qui a changé de fond en comble la nature de l’Europe en général.
1946: Communication de l’information et psychologie sociale: quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Albert Einstein affirme que l’explosion psychologique - due à la vitesse qu’il y a à véhiculer l’information - aura des conséquences plus grandes que celles de la bombe atomique. Voilà qui est d’autant plus vrai, rétrospectivement, que le poète français Armand Robin (1912-1961) nous en donnera bientôt un exemple (voir 1953). Quant à la vitesse de communication de l’information, le lecteur peut se reporter à 1994 de la présente chronique afin de porter une nouvelle lecture de ce qui précède. Car au moment où parle Einstein, la bombe de l’information est encore à l’état embryonnaire.
1946: Théorie de l’information et ADN: Les expériences menées par Oswald Avery prétendent montrer que, de toutes les molécules biologiques, seul l’ADN transmet les propriétés héréditaires . On sait actuellement que ce n’est plus vrai. certains ARN le peuvent et il y a des virus aussi bien à ADN qu’à ARN. Ces travaux vont permettre à cette époque d’avaliser l’idée d’après laquelle la structure de l’ADN contient l’information de la structure phénotypale  Rappelons que le terme de «phénotype»,  né en 1937, désigne l’ensemble des caractères individuels correspondant à une réalisation du patrimoine génétique, ou «génotype», né en 1937 également. Nous verrons par la suite comment Locquin s’en sert pour corréler les phonèmes archétypaux avec les autres fonctions du génome. [ADN = heL Da aN = principe mémorisant puissant - ARN = heL aR aN = principe pilotant puissant].
1947: Recherches excentriques. A une période où la dimension internationale de la linguistique n’est pas encore pleinement mûre, des recherches marginales voudraient qu’à partir de la direction de l’écriture (de droite à gauche pour les sémites par exemple), on puisse déduire que les peuples sont plus ou moins bien tournés vers le progrès. On trouve une telle affirmation dans le «Que sais-je» intitulé «La graphologie» où les Arabes et les sémites sont vus ne pas être tournés vers le progrès parce que le sens de leur écriture va de droite à gauche. Si de telles intuitions étaient vérifiées, Léonard de Vinci ne serait pas tourné vers le progrès. En fait les deux sens de l’écriture sont probablement dérivés du mode ancien d’écriture dit «boustrophédon» dont le sens de lecture alterne d’une ligne à l’autre comme dans le lydien, et certaines écritures ont changé de sens de lecture au fil des temps comme le grec. Enfin certaines écritures se lisent de haut en bas comme le chinois.
1948: l’intuition doit être validée: Nous avons vu plus haut qu’Henri Poincaré déplorait qu’on ne prenne pas en compte le rôle de l’intuition et nous avons proposé de dire qu’à l’inverse de l’analyse, l’intuition mérite d’être validée. Une étude datant de 1948 le confirme. Dans une analyse critique que Chomsky qualifie de brillante, Karl Lashley propose, en 1948, l’existence dans le cerveau humain de mécanismes abstraits, non analysables en termes d’associations, qui sous-tendent l’utilisation du langage et tout comportement organisé. Son argumentation passe inaperçue, même dans sa propre université (Harvard) et ne sera appréciée que dix ans plus tard, après que ses intuitions aient été validées dans un autre contexte.
1949: La cybernétique: le mathématicien américain Norbert Wiener (1894-1964) publie «Cybernetics»  (du grec Kybernein). Sa pensée insiste sur ce qu’il ne faut pas considérer la machine comme un but en soi, mais comme un moyen de satisfaire les besoin de la personne humaine. S’il est vrai que les travaux de Weiner sont essentiellement connus pour avoir influencé Chomsky, il faut noter également en amont, comme le fait observer Locquin, que Wiener et André-Marie Ampère (1775-1864) se sont engagés dans la cybernétique sans savoir qu’Anaximandre (6ème siècle AC) l’avait fait avant eux. Il est d’autant plus légitime de partager ce sentiment que l’interaction définie par Park et Burgess ne semble pas avoir assez bien inscrit sa problématique dans le cadre de la pensée de Léonard de Vinci, comme on l’a vu plus haut (voir 1907)
1949: Genèse d’une communication entre les peuples grâce à la transdisciplinarité entre statistique et linguistique pressentie par Georges  Zipf avec les universaux linguistiques: La fin des guerres mondiales en général, et plus particulièrement l’année 1949, semble accentuer la genèse d’une nouvelle mentalité et, avec elle, une plus grande ouverture transdisciplinaire et transnationale où la linguistique est marquée par deux aspects: mariage avec les chiffres, et recherche de lois universelles qui seraient indépendantes de la langue proprement dite. En effet, alors que M. Cohen affirme « Il me semble pouvoir affirmer que ce serait entraver le développement de la linguistique que de continuer à tant se désintéresser des nombres quand nous parlons des phénomènes linguistiques» , propos qui interviennent trois ans avant que l’ordinateur mémorisé ne donne un nouvel élan à ce type de recherches, le philologue américain Georges Zipf (1902-1950) vient de mettre en évidence la loi qui porte son nom. Elle voudrait que le produit de la fréquence d’un mot du lexique (par exemple celui de l’Ulysses de Joyce que Lebart et Salem donnent en exemple) par le rang de ce mot dans le lexique (1er rang, 2ème rang, etc. jusqu'à exploration de tous les mots présentes dans le lexique considéré)  soit constante. Locquin fait remarquer  qu’on ne peut prétendre à l’universalité théorique dans le langage que si on y intègre les parlers des 1,6 milliards d’hommes qui pratiquent les langues à tons, sans verbes et sans syntaxe, comme le tibétain (6 millions), le pékinois (800 millions), le cantonais ou yué (langue à 7 tons, 50 millions), le wu (75 millions), le min (46 millions), le taïwanais (10 millions), le hakka (40 millions), le xiang (42 millions), le gan (22 millions), le birman (30 millions), le thaï (53 millions), le vietnamien (65 millions). Rythmes et mélodies des langues à tons doivent ainsi être prises en compte, comme aussi le langage du corps, celui des couleurs, des odeurs et du goût. Nous en sommes encore loin. Si nous prenions conscience du temps extrêmement court nécessaire à construire un logiciel d’analyse du sens (30 secondes en APL par exemple pour le logiciel TRACTATUS de la base ELSINOE de Locquin), face aux temps relativement longs pour qu’ils soient connus et pratiqués de façon extensive, nous verrons dans la simultanéité des propos de Cohen et des recherches de Zipf un mouvement naturellement inscrit dans le 20ème siècle, qui s’amplifie avec la fin des guerres mondiales. Mouvement transformationnel dans le cadre duquel l’injonction des nombres, et plus particulièrement, la recherche de lois universelles pour la linguistique, tend à dessiner les prémisses d’un dialogue interdisciplinaire fructueux. Quant à l’idée même de continuité lexicale formulée par Zipf, les travaux de Hathout tentent de généraliser la continuité lexicale à la recherche d’une certaine continuité dans la pensée dans le but de tester l’hypothèse d’après laquelle la finitude du lexique à laquelle la discontinuité est inhérente serait la voie qui indiquerait le chemin vers la continuité, conformément à l’hypothèse de Léonard où la Nature ne fait pas de sauts (pas de discontinuité) Natura non facit saltus. . En fait cela est faux puisque les grands évolutions, biologiques comme idéelles, ont été faites par grands sauts, comme par exemple le passage des reptiles aux oiseaux. Au delà du calibre des mots, Hathout recherche un ordre cognitif qui relève de la «politique de la pensée». Pendant que se font d’importants travaux critiques sur la théorie du chaos, nous pouvons aussi revoir l’injonction des nombres préconisée par Cohen et Zipf dans le contexte de l’encadré de Léonard de Vinci (voir 1907) et traduire:
 «L’obscure puissance des puissance arcanes s’illumine (...) dans la clarté du chiffre, ou du signe géométrique, où le chaos se fait cosmos, la puissance se fait grâce et le mouvement harmonie et beauté».
Leonardo da Vinci
1950: Le voyage des mots: Véhiculés depuis toujours par les caravanes, leurs voyages sont sans doute favorisés en ce siècle par la progression d’abord du téléphone puis de la radio, de la télévision, des chemins de fer, enfin de l’aviation. Leur retentissement n’est cependant pas le même dans toutes les oreilles. En septembre 1950, par exemple, apparaît aux États-Unis le terme «lavage de cerveau» dans le Miami News , sous la plume d’Edward Hunter. L’expression vient de Chine où le «hsi-nao» consiste à remettre en forme l’esprit sans aucune connotation politique. Mais une fois que le «hsi-nao» eut débarqué à Miami, il devenait «Brain washing» pour appuyer la thèse selon laquelle des soviétiques pratiquaient le «brain washing» de la même manière que Pavlov (1849-1939) avait conditionné des chiens! On peut aussi remarquer que le mot qui voyage retentit dans les oreilles du pays d’accueil par référence aux images de la culture locale. Comme l’observe Ibn Khaldûn, la pensée arrache des images au monde sensible pour les traiter en décompositions et recompositions successives dans le monde insensible. En l’occurrence, le hsi-nao  est arraché à sa connotation sociale pour être recomposé dans une connotation politique et psychologique. Ceci va se répéter à de nombreuses reprises depuis.  [hsi-nao = heL Sa Na heL = principe actif, réagissant au principe].
1951: Le Cinérama, première projection en couleurs sur grand écran, avec son stéréophonique, est réalisé par le Français Henri Jacques Chrétien. On pense souvent à tort que, dans ce domaine, tout vient d’Amérique. En fait il serait mieux de dire que bien des découvertes faites dans l’ancien monde ont pu être développées dans le nouveau monde grâce à la richesse financière et à la puissance industrielle des États-Unis.
1952: Premier ordinateur à programme mémorisé. L’américain d’origine autrichienne John Von Neumann conçoit le premier ordinateur utilisant un programme mémorisé. MANIAC I est une étape décisive dans la genèse et le développement de l’informatique. Avec Norbert Weiner, Von Neumann est considéré aujourd’hui comme étant le fondateur des sciences cognitives. De plus, et au delà d’un simple calculateur, MANIAC I préfigure l’intérêt pour les comparaisons entre le fonctionnement du cerveau humain et le fonctionnement de l’ordinateur. En témoigne le fameux ouvrage de Von Neumann «The Computer and the Brain». .
1952: Le sens (de la parole) est irrésolu et l’objectivité inhumaine: si l’on considère que «mot» et «parole» se traduisent par «word» en langue anglaise, on verra peut-être quelque chose de saisissant dans «La Parole» (Éditions PJF) de Georges Gusdorf qui paraît au même moment que MANIAC I. Il y estime  que «le sens de la parole humaine demeure irrésolu». «toutes les métaphysiques proposées au long des  siècles semblent se solder par un échec (...) les réussites de la  science ne doivent pas faire illusion (..) car elles se limitent à des  domaines restreints où règne une objectivité inhumaine (...) le sens  de la parole humaine demeure donc irrésolu». Pour plusieurs raisons, il sera légitime de partager ce sentiment: principalement parce qu’on s’achemine de mieux en mieux à l’idée d’après laquelle le mot n’a pas de sens qui lui est inhérent, mais qu’au contraire son  «sens» est indissociable de la personne humaine qui le lui attribue.  Cependant, il découle de l’irrésolution du sens que nous devons ramener la complexité de ce problème à un problème beaucoup plus simple qui consiste à étudier le processus de formation de l’opinion. Or, dans le domaine de l’opinion et de l’intelligence, il convient de reconnaître aux biologistes et aux bioneurologues, le mérite d’avoir effectué les plus grands progrès dans le prolongement des travaux de Broca. Le linguiste peut, toutefois, s’efforcer de confronter les résultats de ses propres recherches aux hypothèses émises par les spécialistes du fonctionnement du cerveau humain. Autrement dit, bien que le sens soit irrésolu, la synergie des compétences est à l’oeuvre pour l’affiner. [word = Va aR aD = manifestation dynamique du savoir - sens = Sa aS = organisation opérative - parole = Ba Ra heL = distanciation voisine principielle].
1952: Le besoin d’une communication interdisciplinaire sans ambiguïtés: dans une société en pleine mutation, V. White explique qu’il y a un besoin urgent de se comprendre d’une discipline à l’autre, que ce besoin est d’autant plus naturel qu’il nous est dicté par le mode de fonctionnement de la nature. White éveille les consciences sur le besoin qu’il y a de dialoguer de manière limpide dans le cadre des transformations illustrées çi-avant. Les observations de White sont d’autant plus impérieuses que les travaux du savant autrichien Erwin Schroedinger (1887-1961) prétendent montrer que dans le fonctionnement de la nature, tout ordre aurait une tendance naturelle au désordre alors que l’inverse n’est pas vrai.  . Sur la même longueur d’onde, Chomsky dira en 1967 que les sciences du comportement ne font que mimer les aspects extérieurs des sciences naturelles. Ceci est actuellement fortement remis en cause par des biophysiciens comme Wolkovski, Locquin et bien d’autres.
1953: Réalisation de la première usine entièrement robotisée aux États-Unis
1954: Le hongrois Dennis Gabor découvre l’holographie ce qui lui vaudra le prix Nobel en 1971.
1953: Extermination du langage: «La fausse parole» que vient de publier la poète français Armand Robin (1912-1961) explique, au delà de la transfiguration de la valeur des mots, que «l’aliénation mentale» rend la langue un instrument plus puissant que ce qu’on pourrait croire de prime abord.  En effet, Robin y décrit l’utilisation des mots comme une première étape d’un travail qui commence par «l’extermination du langage» afin de l’adopter comme une arme d’anéantissement dans un second temps. Flèche meurtrière, le poète Robin précise «Oreilles closes, j’entends au-delà du déferlement des mots, la muette mise à mort du Verbe». On observera qu’il faut bel et bien fermer les oreilles pour mieux entendre. Le plus saisissant pour l’arabophone est que le poète Robin est comparable dans sa force d’attaque au poète syrien Nizar El-Kabbani  dans la mesure où tous les deux redorent le blason de la poésie pour lui donner un rôle politique de premier plan. En ce sens, que l’oeuvre des deux poètes réunit les qualités attendues par le terme arabe «cha’er» où se rencontrent dans le monde des mots, en un seul terme, les trois idées de poète, de celui qui sent et de celui qui brise (au sens physique du terme, comme dans briser un verre). Sans doute y a-t-il dans cette polysémie arabe quelque chose qui dépasse la langue et qui transporte le lecteur vers le monde de la pensée universelle.
1954: Transdisciplinarité entre linguistique, statistique et informatique accentuée: nous voyons l’avantage de la présentation chronologique des événements du siècle et leur «sens directionnel» en appréciant dans leur propre contexte temporel les propos de P. Guiraud de 1954 lors de la parution de son ouvrage «Problèmes et méthodes de la statistique linguistique». Il y affirme en effet que «la linguistique est la science statistique type» . La tournure négative qui avait été utilisée par Cohen cinq ans auparavant (voir 1949) a d’autant moins pignon sur rue que deux ans se sont écoulés depuis que le premier programme mémorisé de Von Neumann a été mis au point d’une part, et que, d’autre part, le même Von Neumann est sur le point de publier «The Computer and The Brain». Dans ce contexte, Chomsky se souvient d’un entretien avec un linguiste et anthropologue qui lui disait (en 1953 plus précisément) n’avoir aucune intention de travailler sur une vaste collection de matériaux qu’il avait pourtant déjà rassemblée car il serait sûrement possible bientôt de programmer une calculatrice.
1955: Les multiples dimensions sémantiques d’un même objet: à l’initiative du Professeur H. Laugier, est organisé à Paris, en 1955, un colloque international du CNRS consacré à l’analyse factorielle  M. Roechlin y propose deux interprétations de l’analyse factorielle (Actes. p. 396): pour les uns, elle est une méthode de description, pour les autres, elle est essentiellement une méthode de vérification d’une hypothèse. S’il est vrai que déjà, en 1955, cette méthode accepte deux interprétation, le foudroyant développement de l’informatique nous permet d’ajouter aujourd’hui trois sens supplémentaires, par référence à Locquin, à  Descartes et à Gauss, que l’analyse factorielle est un moyen de simulation de ce que Locquin appelle l’intelligence idéelle au moyen de l’intelligence mécanique.  L’analyse factorielle est par essence une méthode de décomposition du sens d’un objet en ses repères «cartésiens» au sens mathématique du terme (à l’inverse de la méthode cartésienne qui consisterait à simuler l’intelligence idéelle). L’analyse factorielle est surtout une méthode de dépassement de soi depuis le sens visible vers le sens invisible. De ce point de vue, l’essence même de la méthode tient en une lutte contre l’incomplétude humaine qui ne voit que trois dimensions. Si nous devons à Gauss la première conception des dimensions invisibles, nous lui devons également et surtout, d’avoir posé la question en termes d’infirmité humaine. Le fondateur de la statistique contemporaine Carl Friedrich Gauss (1777-1855) n’avait pas parlé d’espace multidimensionnel par crainte que les savants de son époque ne le tournent en ridicule et il faudra attendre le linguiste Hermann Grassmann (1809-1877) pour mettre en oeuvre le calcul matriciel sans lequel l’analyse factorielle n’aurait jamais vu le jour ! Voilà pourquoi, en fin de compte, le centre de gravité de l’analyse factorielle peut encore être vu dans le cadre d’une guerre contre l’infirmité propre à la personne humaine, observation sur laquelle revient également Henri Poincaré.
1957: Lancement en Union soviétique du «spoutnik», premier satellite artificiel de la terre. Cela a aussitôt provoqué un changement de référentiel planétaire. Pour la première fois un objet matériel conçu par l’homme échappait librement à son contrôle.
1957/B: «L’ordinateur et le cerveau» de John Von Neumann: nouvelle avancée dans la «théorie de l’information»: Au delà de la réception, en 1957, par la langue française du terme «Algol» comme l’équivalent de «Algorithmic Language», il convient d’observer que l’événement traduit la transformation de la notion même de «langage». Algol est une langage comme le seront ensuite  de nombreux langages de programmation. Mais 1957 est surtout marquée par la parution du livre de John Von Neumann «The Computer and the Brain» (l’ordinateur et le cerveau). Ouvrage à partir duquel va se développer la recherche pour décrypter le fonctionnement du cerveau. L’hypothèse de Von Neumann étant que le cerveau manipule des données qu’il reçoit du monde extérieur dans un langage naturel encore inconnu. Loin de prétendre à la perfection de l’exactitude, John Von Neumann y affirme chercher à «deviner dans le brouillard».
1958: Grâce à Louis Leprince-Ringuet qui réussit à faire lever l’interdit de l’église catholique romaine jeté sur la publication des travaux de l’anthropologue Pierre Teilhard de Chardin, ceux-ci sont enfin publiés. On y découvre que, pour la première fois un homme de science ose se projeter dans le futur à partir du  présent.
1958: Naissance de la grammaire générative transformationnelle:  Prenant le suite des travaux de son maître américain Zelling Harris, le jeune linguiste de trente ans, Noam Chomsky, propose une approche nouvelle de la grammaire qui connaît un formidable succès aux États-Unis. La grammaire générative transformationnelle de Chomsky est un nouveau système d’analyse du langage. Il est reconnu que le succès de Chomsky est en grande partie lié à deux facteurs: le premier est que le linguiste est fortement influencé par la théorie cybernétique de Weiner, elle-même tributaire des travaux de Von Neumann. Le deuxième facteur est que la grammaire générative de Chomsky apparaît au moment même où l’on commence à développer la puissance des ordinateurs de petite taille. Les travaux de Chomsky, proposent pour la première fois, à notre connaissance, au cours du vingtième siècle, un mode de raisonnement grammatical qui ne se borne plus à examiner la réglementation associée à une langue précise mais prétendant se raccorder à la pensée humaine: c’est le concept même de grammaire qui se propage vers la logique du sens. Il s’agit, plus précisément, d’un engendrement de l’énoncé qui se fait d’abord par la génération d’une suite de symboles, dite suite de base, puis par transformation de cette suite en une phrase grammaticalement acceptable. Ceci sera formellement et justement contredit par la suite par l’existence des langues tonales d’Asie sans verbes et sans grammaire, parlées par 1,6 Milliards d’hommes ainsi que par les travaux du français Roechlin qui établissent que mémorisation et ressouvenance se font par blocs sans logique et sans syntaxe, puis ceux de Locquin qui voit l’origine de la syntaxe dans deux règles sociales préhistoriques datant de plus d’un million d’années.
1960: Évolution conjointe de la société avec la linguistique et l’informatique. Résurrection du terme «paradigmatique  connu depuis 1561: Le terme « paradigmatique » va alors signifier «l’étude des rapports (oppositions) entre les termes qui peuvent figurer en un même point de la chaîne parlée et qui font l’objet d’un choix exclusif de la part du locuteur». [paradigme = Ba Ra Da aG Ma = distanciation, interactive, mémorisant l’engrangement mère]
1961: Ambiguïtés terminologiques. Dans le cadre d’une conférence faite à l’Hôtel-Dieu de Rennes, J. Gagnepain et O. Sabouraud font observer que, dans le cadre de l’étude de l’aphasie, la terminologie anglaise traditionnelle n’est pas universellement reconnue. Dans le tableau comparatif des terminologies, les auteurs donnent notamment le cas de terme «syntaxique» de Paul Broca qui devient «Nominale» chez Wernicke. Il va de soi que, du point de vue social, ce constat s’inscrit dans le prolongement des observations de Victor White, plus haut formulées (voir 1952).
1962: Le langage de programmation informatique APL de Kenneth E. Iverson est un langage symbolique puissant permettant le traitement des matrice notamment. Quoique né aux États-Unis il s’est rapidement prodigieusement développé en Russie, en France et en Belgique. Il a assuré dans certains domaine la suprématie incontestée de certains chercheurs sur leurs homologues américains. En France ce sont Locquin et Langlet qui l’ont utilisé en linguistique avec efficacité. Dès 1994 ces auteurs ont pu entrer sur ordinateur dans une matrice de 1 million de colonnes et 1 million de lignes, un texte de 3 000 pages et procéder par calcul matriciel à toutes les analyses statistique possibles de fréquences, de parentés de corrélations, de discordances, de filiation, etc. directement sur les textes sans avoir à les indexer.
1962: Naissance en France du terme «informatique» en même temps qu’apparaissent aux États-Unis les grandes banques de données scientifiques monodisciplinaires  naît en France le terme «informatique». Il serait certes interminable de s’arrêter sur le nombre de substantifs auxquels nous pouvons désormais associer le terme de «banque de ...»
1963: Difficultés rencontrées dans la théorie du concept: Dans le prolongement des observations de Pergnier sur l'hégémonie  américaine qui transfigure un lexique mondial où «informatique» d’origine française et «banque de données» viennent de s’introduire, il faut noter que désormais  la politique de collecte des documents à travers le monde ne se conçoit que si le document est mis à la disposition de la communauté scientifique internationale, alors encore principalement américaine et japonaise. Sont donc lancés de nombreux programmes de recherches où s'investissent des spécialistes de nombreuses disciplines, notamment mathématiciens, linguistes et informaticiens qui conceptualisent des termes comme «fréquence», «poids» et «racine» des mots. Malheureusement s'exclame Fondin au sujet de ces travaux, bien  des espoirs sont déçus, dit-il en citant Alvin M. Weinberg qui publie,  en cette année 1963, un rapport dans lequel il justifie l'importance des recherches gouvernementales en «information  scientifique et technique » tout en critiquant les préoccupations «trop automatiques» des travaux américains effectués au cours des cinq dernières années. Nous commençons donc à percevoir, autour du début des années 60,  l’importance qu’il y a d’utiliser l’informatique et la difficulté qu’elle engendre au niveau de la théorie du concept qui ne peut pas tout faire toute seule ! Simultanément, la notion de «racine» qui est en train de se discuter, souffre de nombreux handicaps: elle ne prend pas en considération un éventail assez large de langues pour y examiner des points communs, et elle ne dépasse pas le stade mécanique observe Weinberg. Non qu’en rapportant ces éléments nous voulions faire une critique quelconque, mais nous pensons que la réflexion sur ces témoignages nous permet d’assimiler les raisons pour lesquelles le concept de «lemme» a tant de pignons dans les rues de la recherche d’une «racine». Nous verrons qu’une réflexion sur les languyes sémitiques en général, et sur la langue arabe en particulier, nous permettront d’appréhender le concept de «racine» d’une nouvelle manière. Alors que les travaux de Locquin - encore à leur tous débuts en 1969 - vont permettre de parler d’une «racine» multilingue, dite archétypale. [racine = Ra Sa aN = interaction organisatrice puissante].
1965: Langage, anglicisme, ambiguïté et transfiguration du paysage linguistique mondial. Comme sa sonorité l’indique, le langage FORTRAN qui vient de naître est un anglicisme dérivé de «Formula Translator», c’est-à-dire, «traducteur de formules». Il n’y a pas lieu de commenter outre mesure les premières traductions apparues dans certains dictionnaires. On y a même vu des propos selon lesquels FORTRAN signifierait «Formulation Transposée».. Dans la mesure où la transposition est une action algébrique qui porte sur le calcul matriciel mis au point par l’allemand  H. Grassmann, la définition précitée prête à une fâcheuse ambiguïté. Au delà de ces erreurs de parcours, il faut noter que la propagation des langages informatiques dans les universités mondiales globalise les concepts de «syntaxe», «sémantique» et «argumentation» qui vont s’appliquer désormais aux langages informatiques de la manière la plus naturelle.
1965: Richard Feynman obtient le prix Nobel pour ses études sur les interactions entre électrons et photons, L’électrodynamique quantique est née.
1965: Les savants monologuent. Nul ne doute plus dans la France d’aujourd’hui, en 1999, de la grande richesse scientifique de l’Islam. Ce n’est cependant pas encore le cas en 1965 quand de nombreux observateurs arabes déplorent qu’on veuille identifier les civilisations de l’Orient avec un mode de pensée occidental. Cette ambiance est traduite par une étude effectuée par G. Anawati à l’occasion de la publication par le centre d’études de Dar-es-Salam au Caire du «Mémorial Louis Massignon». Anawati s’exclame en ces termes «L’Islam n’est pas une oeuvre de musée et nos amis "islamisants" occidentaux (...) risqueraient de tenir entre eux des monologues fort savants mais qui perdraient de vue (...) le sujet de leur recherches». Observons au passage que le terme de «monologue» est ici porteur d’une multitude de significations. Il incorpore notamment l’idée d’exclusion du principal intéressé. [monologue = Ma Na La aG = mère contradictoire catégorielle appelant].
1967: S’appuyant sur les travaux, de peu antérieurs, de l’ingénieur général de l’armement français, Gérard Cordonnier, Locquin fait faire une grande mutation à l’art documentaire et à la linguistique. En une année il peut ainsi publier de ce fait 13 volumes des « MYCOTAXIA » sur fiches IBM perforées, chacun de ces volumes de 50 cartes perforées environ pouvant décrire 1000 objets, équivaut à un texte de 300 pages sur support papier. Au lieu d’utiliser 1000 fiches objets il utilise un nombre réduit à l’essentiel de fiches descriptives par caractéristiques et non par objets. Gérard Cordonnier avait pu ainsi faire tenir dans son portefeuille la nomenclature et le mode de diagnostic des 11 000 pièces pouvant tomber en panne sur l’aviso qu’il commandait. Locquin a tout de suite vu qu’on pouvait ainsi non seulement réduire d’un facteur proche de 1 000 le volume des textes à consulter, mais aussi adopter un point de vue d’analyse documentaire matricielle extrêmement performante qu’il développera à partir de 1984 avec le langage de programmation APL.
1968: Chomsky publie «Language and Mind» et pose la question: qu’est-ce que la linguistique ? S’il est notoire que Chomsky est influencé par Weiner et Von Neumann, les textes de Chomsky sont constellés de références à l’illustre penseur français René Descartes, les deux savants ayant semblablement déploré une absence de transdisciplinarité néfaste à la recherche. Présentant en effet la linguistique dans le but de mieux connaître la «nature humaine», on ne s’étonnera pas de voir Chomsky dénoncer l’insuffisance des connaissances de la grammaire philosophique  au sujet de laquelle il vient de donner une conférence.
1968: Linguistique, statistique et comportement humain, le cas de la lemmatisation:  Un des aspects du paysage linguistique de 1968 étant associé aux méthodes de lemmatisation, rappelons que ce terme désigne l’action par laquelle nous réduisons le vocabulaire des textes analysés en y recherchant des «lemmes» ; c’est-à-dire à une forme où les termes sont moins nombreux. C’est ainsi que dans un texte lemmatisé «aux» disparaît du langage cédant la place à «à le» qui sont, en quelque sortes, ses «racines». L’arabophone reconnaîtra l’inutilité de la lemmatisation en langue arabe où il existe des «lemmes» naturels associés à chaque mot et qui sont, le plus généralement, composés de trois consonnes. Ce problème étant donc spécifique aux langues non sémites, C. Muller l’aborde en 1968, assez clairement dans son initiation à la Statistique linguistique où il expose les différences de point de vue liés à la lemmatisation du langage. Alors que le linguiste est soucieux de nuances, le statisticien est soucieux d’efficacité. N’y a-t-il pas, à vrai dire, entre nuance et efficacité, un conflit inhérent à la nature de la perception humaine à l’étude de laquelle Chomsky vient de confirmer les spéculations du linguiste ? Car la nuance recherchée par le linguiste s’apparente à la beauté alors que l’efficacité voulue par le statisticien s’apparente à l’ordre et à la justice (la justesse des raisonnements absolus). Le premier analyse l’histoire de la littérature et se penche sur les Belles Lettres de la même manière que Chomsky est en train de se pencher sur Vaugelas. Le second travaille avec ces nouveaux «langages» informatiques. Pour notre part, nous pensons, que l’examen des langues sémitiques en général, et de la langue arabe en particulier, doit permettre à la société internationale d’avancer considérablement vers un consensus en matière de lemmatisation. Nous verrons plus loin que les archétypes phonémiques de Locquin confirment notre point de vue. C’est ce que, à la même époque Locquin commencera à généraliser avec la transformée de Fourier appliquée au langage. [lemme = La aM Ma = catégorie harmonieuse mère].
1968: Linguistique, embryogénie et théorie des catastrophes: L’année 1968 est aussi marquée par la présentation de la théorie des catastrophes par le médaillé Field René Thom. Cette théorie qui tente d’expliquer les catastrophes naturelles est appliquée par le mathématicien français aussi bien à l’embryogénie qu’à la linguistique. Locquin appliquera la théorie des catastrophes à l’étude de la genèse chronologique des langues; (Voir 1980).
1968: L’algèbre est une science qui se définit par référence au langage. Dans le contexte où l’Occident accomplit de grandes découvertes transdisciplinaires, et à l’instant même où «Language and Mind» matérialise les liens entre les mathématiques, la linguistique, et la philosophie, dans la capitale des Omayyades, Damas, le cours d’algèbre de Professeur Ali El-Tantaoui commence par situer le problème de l’algèbre multidimensionnelle dans le cadre d’une opposition entre certain et certain. Décomposant le discours en ce que nous pourrions appeler en français «certitude et proposition», la certitude y apparaît comme le propos qui ne supporte qu’une seule interprétation alors que la proposition (incha’ peut encore se dire construction ou rédaction élaboration), supporte vérité et mensonge, et prête à de nombreuses interprétations. Il faut situer l’enseignement dispensé à Damas dans le cadre d’une langue où «gabr» ne signifie pas seulement «algèbre» mais aussi «relier ce qui est d’un seul tenant et qui avait été séparé». Ironie de la langue française ou de l’inconscient collectif (dans le sens de «conscience profonde») , la relation peut s’interpréter comme le substantif de «relater» ou de «relier». Loin de nous, donc, l’idée d’après laquelle il y aurait dans «gabr» ou dans «relation» la moindre des ambiguïtés. Ce terme nous invite, au contraire, selon les traditions de l’Orient, à observer le cadre philosophique où les deux sens s’inscrivent. Ce faisant, et puisque nous sommes en 1968, rappelons que se préparent au cours de cette année les futurs logiciels informatiques de désambiguisation du sens ! [algèbre = aL Ga Ba Ra = catégorie fille évolutive interactive - incha’ = aN Ga heL = puissance fille du principe - gabr = Ga aB Ra = fille différentiée interactive - relation = Ra La Da aN = interaction catégorielle connaissante et puissante].
1968: Soixante-huitard et topologie du langage. L’ensemble de ce qui se passe au cours de 1968 préfigure la naissance, en langue française, du terme «soixante-huitard»: l’émergence de mots dans le langage est bien, comme l’affirme Stampacchia, un miroir de l’actualité. Cependant, et comme le terme de «soixante-huitard» naît postérieurement à 1968, nous pouvons dire que nous assistons à un décalage entre la pensée et sa formulation par le langage, ce dernier reproduisant isomorphiquement la genèse même du langage articulé humain et la naissance de l’écriture. Locquin présente ces phénomènes dans un contexte où l’immatérialité précède la matérialité. En l’occurrence, la pensée immatérielle est tout ce que nous serions susceptibles de penser à propos des événements de 1968 et le mot «soixante-huitard» venant en réponse à ce que nous avions préalablement pensé. Dans les archives électroniques de la BDIC, ce point est d’autant plus développé qu’il entraîne l’étude du décalage dans ce que les mathématiciens appellent «analyse des séries chronologiques décalées». Il s’agit, en réalité, de séries de mots dans une étude de la topologie du langage.
1969: La fluctuation du sens des mots se conjugue avec les difficultés inhérentes à la traduction. La traduction de «Language and Mind» de Chomsky vers le français est un événement qui mérite à lui seul un ouvrage entier. Pour ne citer que quelques traits de la difficulté qu’il y a à traduire et à communiquer sans trahir le maillage relationnel que les mots entretiennent avec le fond culturel d’une civilisation, observons d’abord que le terme même de «mind» est considéré dans la traduction de Louis-Jean Calvet, tantôt comme l’équivalent de «pensée» (dans le titre), tantôt comme l’équivalent de «esprit»  . Cependant que le terme «Mind» n’est pas ambigu en langue originale, il le devient en langue française. De même, le terme anglais de «phrase» devient «syntagme» en langue française. Deux arguments plaident, en réalité en faveur de Calvet pour ne pas avoir traduit «phrase» par «phrase». D’une part parceque le terme français de «phrase» est plutôt l’équivalent de «sentence» en américain; d’autre part, la langue française rencontre la langue anglaise dans «phrase» au niveau de la phrase musicale (phraser, phrasing). On ne comprend cependant pas pourquoi l’auteur n’a pas utilisé le terme de «locution» qui aurait mieux rendu l’agréable simplicité du style de Chomsky. Du même coup, la version française aurait ainsi été à la portée d’un plus large public. [mind = Ma aN Da = milieu-mère puissant, contradictoire - pensée = Ba aN Sa = distanciation puissante, organisante - esprit = aS Ba Ra aD = opératif, évolutif, interactif, savant - phrase = Fa Ra aS Sa = aF Ra aS Sa = témoignage, interactif, opératif, organisateur - syntaxe = Sa aN Da aG Sa = organisation puissante connaissante, féconde, active].
1969: Le recul est nécessaire. Pendant que le terme de «  syntagme  » que nous venons d’évoquer acquiert de nouvelles acceptions en 1969, l’ensemble des considérations que nous prenons en compte en matière d’analyse du sens évolutif des mots, doivent être pris avec beaucoup de réserves: à l’échelle de l’évolution d’une science comme la linguistique, 1968 est l’équivalent d’hier et nous n’avons pas vraiment les moyens du recul nécessaire. Cette observation est d’autant plus valable que la fonction même de la linguistique est encore extrêmement controversée: en 1969, Chomsky l’illustre en définissant la linguistique comme une partie de la psychologie qui cherche à déterminer la nature des capacités mentales humaines et les moyens de leur mise en oeuvre. Définition contre laquelle - il en est conscient lui-même - se révolteront nombre de psychologues et Chomsky de les traiter d’incapables (voir encadré ci-après). C’est pourquoi, en synthèse, nous répétons que «l’observateur et l’observé sont en constante mutation et branle». Nous sommes susceptibles de changer notre regard sur le sens du terme «linguistique», mais l’objet de notre observation est lui-même en mutation constante: un consensus n’est pas encore trouvé et l’extension de la transdisciplinarité ne saurait se faire, sans heurts, du jour au lendemain.
1969: L’actualité de 1969 est le sens fluctuant de la linguistique.
(...) linguistics is simply a part of human psychology: the field that seeks to determine the nature of human mental capacities and to study how these capacities are put to work. Many psychologistes would reject a characterization of their discipline in this terms, but this reaction seems to me to indicate a serious inadequacy in their conception of psychology, rather than a defect in the formulation itself. (...)
Equivalent abrégé en français (sous toutes réserves): «la linguistique est simplement cette partie de la psychologie humaine qui cherche à comprendre les capacités mentales de la personne humaine et la manière dont elles sont mises en oeuvre. Bien de psychologues refuseront la caractérisation de leur discipline en ces termes. Mais à  mon sens, cette réaction révèle leur incapacité à concevoir ce qu’est la psychologie et non pas un défaut de la formulation elle-même (...)».
Nous aurions préféré ne pas avoir à traduire les textes originaux. Cependant, comme les habitudes universitaire nous y obligent, le lecteur voudra bien nous excuser de l’imperfection du texte traduit. En effet, le travail que nous avons effectué sur la polysémie qui se crée dans le domaine de la communication (d’où dans le domaine de la traduction) a surtout éveillé notre attention sur les fausses ambiguïtés qui ne sont que le résultat du transfert depuis un système linguistique vers un autre système. Valable pour le texte de Chomsky pour lequel nous venons de proposer un équivalent français, cette observation est particulièrement aiguë pour les textes de Léonard de Vinci dont la traduction en langue française ampute presque l’âme du texte, ses sonorités, ses renvois et les maillages relationnels que les termes entretiennent les uns avec les autres.
1969: De la communication physique de l’information. À Woodstock, un petit groupe d’informaticiens est alors en train de changer le monde de la communication. Nous laissons également au lecteur le soin (et la nécessité) d’encadrer la naissance de l’embryon, Internet dans un contexte où, rappelons-le, l’Australie encourage la coopération internationale dans ce domaine. On verra dans les 316 pages du livre de synthèse de Locquin «Point sur l’informatique en 1984» éditions Tec et Doc, Paris, que l’apport à l’informatique de l’Europe, Union soviétique alors comprise, était loin d’être négligeable. Le premier réseau transnational ayant préfiguré Internet était Européen de l’Atlantique à l’Oural, la liaison à travers le mur de Berlin se faisant par le canal de l’Agence Internationale de l’énergie atomique à Vienne. Locquin y a activement participé et il a fonctionné sans interruption depuis le tout début des années 80. La première grande banque de données informatisée d’alors était française c’est celle du Minitel, sur lequel le conseiller personnel du Président Clinton a fait alors sa thèse, ce qui lui a fait dire, ensuite en 1995, lors d’un Colloque international à l’UNESCO organisé par le Centre français de Prospective, que la France n’avait pas à rougir de son informatique puisqu’elle possédait depuis plus de dix ans la plus grande base informatisée multidisciplinaire du monde. Rappelons également que, actuellement,  la seule base scientifique au monde transdisciplinaire est PASCAL au CNRS.
1970: La «systémique» ressuscite en France. Réactivation du terme «systémique» en langue française prétendument en provenance de l’anglais. Sans doute convient-il d'intégrer l'importation de ce mot dans un cadre plus global; plus «systémique», notamment en revenant à la problématique des anglicisme, formulée par Pergnier (voir 1944). Ceci dit, il est notoire que le «systémique» est un parent du français «systématique», terme par lequel les anciens stoïciens avait généralisé les modalités de la gestion de la cité à la philosophie. Ce faisant, ils rappelaient que «la philosophie (étant) un tout, que l’on peut certes diviser en parties pour les besoins de l’enseignement, mais à condition d’apercevoir que chaque partie est solidaire des autres et que l’abandon d’une seule partie ou d’une partie de partie entraînera la ruine de l’ensemble» Ce terme systémique et son adjectif systématique n’a jamais cessé d’être utilisé en France depuis deux siècles, dans toutes les sciences naturelles, depuis Linné et son Systema plantarum; il désigne l’art de mettre en ordre une classification. Il n’y a donc pas retour en Europe d’un terme qui avait fait le voyage de l’Europe vers les États-Unis, mais continuité en Europe avec détour puis convergence américaine. [systémique = Sa aS Da Ma aG = structure organisée, connaissante, mère féconde].
1970: Le double sens analytique et intuitif du probable: la même année où le mot «systémique» est découvert en France par les hommes de science non naturalistes, Bruno de Finetti édite à Turin une théorie des probabilités subjectives. De Finetti propose un regard global (systémique) sur ce qui est probable ou incertain. Ses travaux établissent un pont entre la psychologie et les mathématiques, définissant le probable dans la relation entretenue entre l’observateur et l’objet de l’observation. Il en résulte une théorie des probabilités qui tient compte - on peut le dire aujourd’hui - de ce que Locquin appelle «intelligence mécanique» et «intelligence idéelle». Quant au concept même du probable subjectif, il renvoie d’une part à l’intuitionnisme mathématique d’Henri Poincaré (voir 1906) et d’autre part à la subjectivité du sens décrite par Hofstadter (voir 1979). C’est, nous dit Locquin, une approche tout à fait quantique. [probabilité = Ba Ra Ba Ba La Da = distanciation, interactive, évolutive, distançant le catégoriel mémorisé].
1970: Sous l’impulsion du Département de la défense américaine, les extensions sémantiques et syntaxiques des langages stimulent le glissement sémantique des termes «procédure» et «procédural».  Désormais le terme de «langage» est pleinement affirmé dans ses deux acceptions de langage parlé et langage informatique (COBOL, FORTRAN, APL, etc.). Syntaxe, sémantique et argumentation font de même. Erreur syntaxique et erreur sémantique sont opposées dans le vocabulaire des praticiens de la programmation. Parallèlement, émergent des types de langage informatique plus ou moins «procédural» et le terme même de «procédure» va glisser de son acception juridique vers une acception informatique, comme pour dire qu’ici et là nous avons des lois et des conventions qui régissent l’activité humaine. Est-il démonstration plus claire de la profondeur philosophique des Arabes et de l’actualité de la pensée de l’irakien du neuvième siècle Ibn Durustawyh. Pour la pénétration dans le sens des mots, l’importance de ces propos est extrême: ils nous disent que les logiciels de désambiguisation (dits désambiguisateurs) doivent d’abord se plier aux données de la langue et que seul le souci de traduire autorise la levée de l’ambiguïté. Toujours est-il que, s’agissant de l’actualité des années 70, les langages (informatiques) sont sur une pente procédurale ascendante. En témoigne le langage Ada (du nom de la fille de Lord Byron) qui, à partir du langage Pascal, introduit des extensions sémantiques et syntaxiques. Les normes de ce langage procédural sont édictées par le Département américain de la défense. [procédure =  Ba Ra Da aR = distanciation, interactive, connaissante, autoritaire].
1971: Premiers essais de saisie optique avec transfert sur ordinateur. L’événement, préfigure un avenir où l’on pourra étudier le champ sémantique par des méthodes qui sont encore en cours de développement.
1972: Le canadien Anthony Wilden dans «Système et structure. Essais sur la communication et l’échange», analyse avec une grande pertinence les mécanismes de la communication. Il dissocie clairement information et énergie et montre que l’ADN n’est qu’une écriture qui met en forme la croissance sans la déterminer;
1972: «Commutation». Dans la foulée des mutations linguistiques, et un an après l’invention des microprocesseurs, le terme de «commutation» s’impose comme une mutation sociale pour désigner le point de départ des réseaux de télécommunications spécialisés (Tymnet et Telnet aux États-Unis, Calvacom en France) qui fonctionnent selon un mode de commutation par paquets. Mode qui autorise le transport des données à distance, en temps différés et regroupées par paquets. [commutation = Ga aM Ma Da Da aN = complément, harmonieux, mère, mémorisant, connaissant, puissant].
1972/B: Brouillard partiellement levé sur le recul de l’étude du processus langagier: Dans l’ouvrage qui paraît chez Colin en 1972, «Maurice Barrès et le nationalisme français», Zeev Sternhell y décrit les erreurs logiques du darwinisme qui ont confondu les meilleurs avec les plus «âpres physiquement». Si l’on considère que la ligne de travail de Darwin était à l’opposé de celle de Paul Broca, on comprendra aussi que l’absence de sérieux dans les thèses darwiniennes aient encore retardé l’avancement de la communauté scientifique vers une meilleure intelligence du processus langagier.
1972: Arbitraires syntaxiques et sémantiques: ce témoignage est un brillante démonstration des bienfaits de la langue arabe qui véhicule près de mille cinq cents années d’histoire sans modification de la syntaxe et de la grammaire. Le problème du sens y est ainsi réduit aux notions les plus essentielles. Ce n’est pas le cas dans la littérature grecque et latine souligne magistralement François Châtelet: dix-sept siècles se sont écoulés entre la patristique latine et la dissertation d’habilitation de Kant. Dix sept siècles au cours desquels le latin s’est fortement modifié. Il en va de même pour le grec puisque la langue d’Héraklite n’est pas celle de l’époque alexandrine !. Non sans ironie latente, Châtelet dénonce les exercices des «érudits» qui, sans arrêt, découvrent de nouvelles parentés et croie. pouvoir mettre les résultats de leurs recherches au registre des «acrobaties des tenants de l’histoire secrète» . En toile de fond du problème, est dénoncé la coutume d’après laquelle nous avons tendance à raisonner par référence à «des normes syntaxiques et sémantiques arbitrairement fixées à une époque relativement récente ». Le célèbre linguiste français Claude Hagège soutient le même point de vue.
1973: Sens, sonorité et archétypes. Dans un contexte où Locquin développe des travaux qui vont le conduire à proposer la théorie des phonèmes archétypaux, les travaux d’un mathématicien, Adib G. Hathout au Laboratoire de Statistique Mathématique de J.-P. Benzécri (Université de Paris VI) illustrent le lien entre la structure sonore de textes poétiques et l’état psychologique que le poète tend à décrire. Les cas de l’Hermione de Jean Racine (1639-1699) et de la Traviata de G. Verdi (1813-1901) sont tout à fait remarquables: les variations de sonorités au sein même d’une tirade reproduisent les changement d’humeur de la personnalité  La valeur propre des consonnes apparaît avec évidence pour le «G» dans «Et prête à me venger, je lui fais déjà grâce» pour ce qui est de l’Hermione de Racine et dans «Sempre libera degg’io folleggiare di gioa in gioa» pour ce qui est de La Violetta de Verdi. Dans ses publications de l’époque, l’auteur, se demande d’où vient le phénomène de la coïncidence entre sonorité et sentiment. Aujourd’hui, il envisage l’explication par les phonèmes archétypaux de Locquin et il mène des expériences en ce sens, qui sont plutôt concluantes.
1974: Scanner. Le scanner (appareil pour «balayer» un objet) fait son voir en langue française et préfigure une polysémie. Pour l’époque il désigne un appareil de radiodiagnostic composé d’un système de tomographie et d’un ordinateur qui reconstitue les données obtenues sur un écran. On sait que, plus tard, il se généralisera à la saisie d’un texte pour ordinateur.
1976: Les ambiguïtés de la linguistique. Sous l’effet conjugué de l’informatisation de la recherche sur le sens, des progrès de l’analyse du comportement et de l’interdépendance accrue des différentes disciplines, il fallait qu’à un moment ou à un autre, soit présentée en France, une théorie générale de l’information et de la communication qui englobe à la fois, la langue, la linguistique et la communication. Robert Escarpit entreprend ce travail dans son ouvrage désormais classique. Dans un chapitre réservé aux «ambiguïtés de la linguistique», il distingue diverses branches de la linguistique qui, aujourd’hui, 25 ans plus tard, sont devenues de grandes donnes de la mondialisation universitaire psycholinguistique, sociolinguistique, sémiologie, rhétorique. Si l’on observe que ses propos datent de 1976, on admettra la caractère précurseur des travaux d’Escarpit d’autant mieux qu’il pose très explicitement la question de savoir s’il peut y avoir une «nomenclature du langage». [ambigu = aM Ba Ga = harmonie, distanciation, complément].
1977: La parole serait une prérogative de l'hémisphère gauche cérébral. Donald Wilson et ses coauteurs examinent le sujet du «split-brain», ou asymétrie cérébrale. Ils prétendent que seul l'hémisphère gauche peut parler alors que les deux hémisphères peuvent comprendre la parole. Ce n’est que dans un second temps que l’hémisphère droit peut apprendre à parler. Bien évidemment, les deux hémisphères sont conscients tout en ayant des désirs différents. Roger Penrose l’explique par une métaphore: si l’hémisphère gauche désire être un dessinateur, l’hémisphère droit voudrait être un coureur cycliste. Depuis plusieurs années de nombreuses expériences infirment cette conclusion erronée. L’erreur est due à un artefact culturel démontré par Francesco Varela et par d’autres.
1978: Politique des banques de données. A la fin des années 70, les pays européens et le Japon s’engagent de manière volontariste dans une politique de soutien à la création des banques de données.  Au regard de la polysémie telle qu’elle est définie par Georges Mounin, la banque est désormais comme l’armoire, sujette aux besoins de la technologie. Car de même qu’il est de plus en plus question de «banques de données» en 1978, il sera bientôt question d’attribuer à l’armoire un sens électronique dans le prolongement des transformations technologiques et sociales. Par rapport à la banque de données, l’armoire électronique est une banque de données munie de «phrases électroniques» capables d’en dépouiller le contenu. A ce moment les orientations américaines et françaises divergent. Les grandes bases américaines seront et resteront monodisciplinaires alors que la grande base de donnés française PASCAL du CNRS est et reste encore la seule au monde à être transdisciplinaire, ce qui explique son utilisation de plus en plus extensive aux États-Unis.
1978: La traversée des disciplines se poursuit: l’année 1978 est marquée par la naissance de terme «télématique» qui consiste à utiliser aussi bien les moyens de l’informatique que des télécommunications. Sans doute n’y a-t-il pas hasard si ce terme entretient avec «télépathique» (1882) un ginas (ressemblance physique) sur l’impact duquel nous reviendrons avec les phonèmes archétypaux de Locquin (voir 1980). [télématique = Da La Ma Da aG = connaissance catégorielle mère, mémorisant l’appel - télépathique = Da La Ba Da heL aG = connaissance catégorielle distante, connaissante, principielle - ginas = Ga Na aS = filiation réactive structurante].
1979: Sens mental, sens visuel et sens musical réconciliés dans l’ouvrage synthétique de Douglas Hofstadter. L’ouvrage «Gödel, Escher, Bach», édité en 1979, est devenu un grand classique pour le grand public. L’auteur y établit des liens sémantiques entre des travaux qui peuvent paraître aussi disparates que ceux du mathématicien Kurt Gödel (1906-1978), du peintre Maurits Cornelius Escher (1898-1971) et du musicien Jean-Sébastien Bach (1685-1750) ! S’agit-il d’un texte isolé ou bien, au contraire, sommes-nous engagés dans un processus plus global où les disciplines sont appelées à s’interpénétrer ? Nous pensons plutôt que l’oeuvre témoigne d’un besoin du monde moderne qui observe l’interpénétration de disciplines arrivées à maturité. S’agissant plus particulièrement de la dualité du sens, Hofstadter l’auteur la généralise à la musique en y observant un dialogue où le sens est quelque part à l’intérieur même de la musique et quelque part dans son retentissement avec dans l’imaginaire de celui qui l’écoute. Ce faisant, et en donnant (redonnant) sa place à la valeur subjective, il rejoint Ibn Khaldûn. En effet, et comme nous le verrons plus en détail par la suite, le sens chez Ibn Khaldûn résulte d’un double déplacement depuis l’image écrite vers la parole et de la parole vers l’âme qui accueille le sens.
Plurivalence et synonymie dans l’ouvrage d’Hofstadter: Hofstadter actualise le problème de la plurivalence du sens des mots dans une perspective qui est, peut-être, encore insuffisamment exploitée par certains linguistes. Quand donc un même objet n’est-il pas toujours le même titre-t-il ? Cette question est posée comme étant le pendant (flip side) de la synonymie «quand deux choses sont-elles équivalentes ?». Il s’agit de savoir si le sens est inhérent au message ou si, au contraire, le sens est toujours «manufacturé» par l’interaction d’un mnémonique (mind, de la pensée) avec le message ? Dans ce dernier cas, le sens ne saurait être localisé de manière immuable (in a single place) et l’on ne pourra donc guère affirmer que le message a une valeur universelle ou objective. Car, chaque observateur peut apporter sa propre «signification» du message. L’auteur explique alors que ce problème peut être simplifié en le ramenant à la description de l’intelligence.  Nous verrons que c’est justement ce que préconisent Jean Damascène et Ibn Khaldûn.
Le sens (meaning) est ainsi perçu dans une dualité (ambivalence) pour laquelle est donné notamment l’exemple de la musique: elle est d’une part en intime connection avec les structures cognitives alors que, d’autre part, le sens d’un texte musical est inhérent au texte lui-même, c’est-à-dire indépendant de la structure cognitive. (Cf. ci-contre) L’étrange dualité du sens de la musiqueMeaning Derives from Connections to Cognitive Structures. (...) There is a strange duality about the meaning of a piece of music: on the one hand, it seems to be spread around, by virtue of its relation to many other things in the world - and yet, on the other hand, the meaning of a piece of music is obviously derived from the music itself, so it must be localized somewhere inside the music.
1980: Sens archétypal: une nouvelle philosophie de la lemmatisation: Les  phonèmes archétypaux, connus depuis 1926, ont fait l’objet d’une présentation grand public par  M. V. Locquin dans Science et Vie, La Planète des Hommes, en 1980 et maintenant ils sont développés sur Internet dans le Musée des langues et des Cultures méditerranéennes (sur ce site). Leur approche propose non seulement une nouvelle philosophie du langage mais aussi, une nouvelle manière de gérer la mémoire humaine qui observe l’événement à travers le temps. Il est légitime de se demander pourquoi la société scientifique ne prête pas assez attention aux travaux de Locquin dans ce domaine. N’est-elle pas, dans une certaine mesure, encore prisonnière de la séparation des disciplines à l’heure où Locquin propose une réconciliation des sciences dites «molles et dures»? Un nouveau point de vue sur la lemmatisation est né! Il est quasiment passé inaperçu. Revenons au terme de «shérif» plus haut évoqué (voir 1939) et considérons son émergence en langue anglaise avant qu’il ne vienne en France (entre 1601 et 1688 selon les sources). Selon les archétypes linguistiques, comme selon les règles du ginas de la langue arabe, ce terme entretient avec «shire» (comté) un ginas qui l’aurait engendré, à savoir deux consonnes en commun. [shérif = Sa heL Ra aF = action principielle, voisinage averti - shire = Sa heL aR = action principielle autoritaire -  lemme = La aM Ma = catégorie harmonieuse mère - lemmatisation = La aM Ma Da Sa Da aN = catégorie harmonieuse mère connaissance organisatrice, puissante]
1980. Les phonèmes archétypaux, des schèmes collectifs de la pensée humaine ?: La philosophie des phonèmes archétypaux de Locquin illustre que les règles de la ressemblance des genres en arabe (ginas ) sont applicables à toutes les langues du monde. Cette théorie est d’autant plus intéressante que l’auteur ne s’est pas appuyé sur la grammaire de la langue arabe pour proposer les vingt phonèmes archétypaux. Dans les phonèmes archétypaux, comme dans les règles du «ginas» arabe, il s’agit de ce que Jung appelle des «schèmes collectifs» autrement dit, et de même qu’il existe des représentations collectives dans les objets mentaux, il existe également des représentations collectives des phonèmes. Représentations à partir desquelles, nous pouvons déterminer un sens archétypal du mot, quelque soit la langue d’expression. On observera enfin, que les travaux de Locquin ne s’inscrivent cependant pas sur la volonté de trouver des «universaux linguistiques» bien clairement formulée par le philologue américain George Zipf, mort en 1950, trop jeune, et avant lui par Leibnitz.  En effet il ne faut pas oublier les 1,6 milliards de locuteurs des langues tonales d’Asie où plusieurs tons introduisent une autre polysémie qui ne nous est que très partiellement approchée par le chant et la poésie. D’autre part ces langues sont sans syntaxe. La notion de verbe y est notamment totalement absente.
1981: On prétend que nous avons deux cerveaux, celui de la syntaxe et celui de la sémantique. Le prix Nobel qui est donné à Roger Wolcott Sperry (1913-1994) témoigne d’une prise de conscience du besoin transdisciplinaire. Nous reviendrons plus loin sur cet élément d’actualité (voir 1995). Ceci à été complètement annulé par deux autres prix Nobel, couronnant les travaux de Barbara McClintock et de Susumu Tonegawa, qui ont fait effondrer le dogme central de la continuité génétique en découvrant les gènes sauteurs puis les gènes fluents. Nous n’avons pas deux cerveaux mais un cerveau dont les neurones sont en constants remaniements génétiques de la conception à la mort de l’individu.
1981: Victor Hugo avait commis des anachronismes: l’analyse du sens au premier degré fait encore dire à une partie de l’intelligentsia que Victor Hugo (1802-1885)  «commis» un anachronisme lorsque, s’adressant à Clovis, il avait dit «Tu parles comme un clerc en Sorbonne». Interpréter ainsi un des fleurons du patrimoine civilisationnel de l’humanité nous semble d’autant plus déplacé que Victor Hugo avait un tel sens du temps qu’il jouit du premier rang dans le discours sur l’Histoire que Paulette Habib oppose à l’histoire. L’Histoire étant justement à lire dans la nature humaine, hors du temps, soit dans «Les Misérables» de Victor Hugo poursuit Habib. Quant à l’opinion même de Victor Hugo sur Clovis, il n’est certainement pas le seul à penser de la sorte. Le témoignage rétrospectif que nous venons de donner aura au moins l’avantage d’illustrer le désordre ambiant et le cadre dans lequel la théorie du chaos se développe.
1982: L’interactif s’habille d’un nouveau vêtement: Le terme «interactif» signifie désormais, en informatique, ce «qui permet d’utiliser un mode conversationnel». Plus précis que l’interaction au sens donné par Park et Burgess, en 1907 (voir 1907) , il est incontestablement plus réducteur. Technique et avancement technologiques obligent. La nouvelle acception qui a été donnée au terme «interactif» n’a-t-elle pas répondu trop près de l’automatisme verbal ? et n’est-elle pas en quelque sorte le contraire de ce qu’avait préconisé Paul Valéry ? N’est-elle pas, plus généralement, créatrice d’une certaine confusion ? Sans doute, est-il trop tôt pour répondre à cette question de manière assez satisfaisante. [interactif = aN Da Ra aG Da aF = force connaissante, évolutive, fécondant la mémoire témoin]
1985: Polysémie du terme «informatisation»: s’il est vrai, comme l’affirme Rober Escarpit que la polysémie est le caractère d’un signifiant qui est associé à plusieurs signifiés, cette définition s’applique judicieusement, en 1985, au terme de «information» où Joachim Marcus-Steiff (Paris, CNRS) voit lié à trois différentes significations, associées à trois besoins de la société contemporaine: le besoin de «vérité» qui induit une mise entre parenthèses de sa propre personne comme des autres, le besoin d’action sur soi-même qui alimente le souci d’expression, et le besoin d’action sur les autres qui induit la présence d’au moins deux acteurs  [information = aN Fa aR Ma Da aN = force, choix, dynamique, milieu-mère mémoire puissante - informatisation = aN Fa aR Ma Da Sa Da aN = force, choix, dynamique, milieu-mère mémoire organisant la connaissance  puissante].
1989: Information et internationalisation. Ce témoignage de François Fluckiger nous dit à quel point les événements du monde de l’information sont encore imprévisibles: « Quand à la fin de l'année 1989, je pris connaissance au Cern, d'une proposition interne de développement d'un système de  partage de l'information, j'étais loin d'imaginer qu'elle allait bouleverser non seulement notre environnement de travail,  mais la société elle-même. Seul probablement son auteur mesurait déjà l'importance de l'entreprise. Il avait baptisé le projet qu'il nous présentait «World Wide Web».  Le WWW peut aussi être perçu, dans sa dimension sociale, comme la conséquence logique de l’internationalisation des sociétés qui l’a précédé.
1989: Roger Penrose publie «The Emeror’s New Mind». Langue et pensée dans le débat sur l’intelligence artificielle. Devant la fulgurante progression de l’informatique, notamment avec le Web que nous venons d’évoquer, le débat sur l’intelligence artificielle prend, à certains égards, un tournant où l’on retrouve d’importants éléments de la tradition linguistique syrienne. En effet, et dans la prolongement des expériences précitées de Donald Wilson sur l’asymétrie cérébrale (voir 1977), le mathématicien américain Roger Penrose (Prix Wolf en 1988 partagé avec Stefen Hawkins) soutient que la pensée n’a pas besoin de la langue. Pour argumenter sa thèse, il cite notamment le penseur allemand Arthur Schopenhauer (1788-1860), pour qui les pensées meurent au moment où elles sont incorporées (embodied) dans les mots ; «thoughts die the moment they are embodied by words» Pour un syrien, la référence donnée est un renvoi immédiat à la pensée byzantine en général, et particulièrement à Jean Damascène. En effet, distinguant dans «le raisonné dans l’âme» le discours intérieur du discours exprimé, Jean donne explicitement le cas des sourds qui peuvent penser sans qu’ils aient une langue, usant ainsi du discours intérieur sans le proférer. A l'inverse, le discours exprimé est dit «proféré» parce qu'il opère par la voix et le langage. Léonard de Vinci, cognitiviste et peintre tout comme Jean Damascène, procède également à cette distinction en parlant de discours mental «discorso mentale». (Traité de la Peinture). Chez Léonard comme chez Jean, la peinture illustre en effet une double ouverture du verbe.[exprime = aG Sa Ba Ra Ma = fécondation active à distance, interactive du milieu - proféré = Ba Ra Fa Ra = distanciation, interactive d’un choix].
1991: La guerre des mémoires dans les deux sens. La polysémie du terme «mémoire» se confirme et miroite l’actualité. La chute du prix des mémoires informatiques entraîne une baisse de 59% des bénéfices au premier semestre de Toshiba. On parle de «guerre des mémoires». Si nous dépassons la notion technique du mot «mémoire», nous entendrons que la chute du prix