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Les TRUFFES au FIL des TEMPS et leurs SPORES
par Marcel V. LOCQUIN


 Les truffes étaient, parmi beaucoup d'autres champignons comestibles; connues et appréciées au Moyen-Orient depuis environ 6 000 ans. En effet, le mot TABARLI en langue sumérienne, alors parlé‚e entre le Tigre et l'Euphrate en Mésopotamie, 3.500 ans avant notre ère, d‚signait un "champignon souterrain" comestible, que l'on appréciait au point d'en faire le commerce dans les principales villes.
 Plus tard, TIGLA et TEKEL en Araméen au Proche-Orient, vers  -1.700, désignaient la truffe, aussi bien le champignon souterrain, que le petit chien, qui, nez au sol, aidait son maître à la trouver.
 Progressivement la recherche des truffes s'est étendue vers l'Afrique du Nord où on trouve alors les mots TARFEST et TIRFAS, qui, en Tifinagh, langue berbère ancienne, désignaient en -150, la "Truffe du désert". Ce nom deviendra en Arabe actuel, TERFEZ, un champignon souterrain des régions semi-arides du nord de l'Afrique. Ce nom deviendra TUBER en Latin toujours avec le sens de TRUFFE, comme TARTUFE en Romanche, TARTUFEL en Vénète, TARTUFLE en Berrichon, TUFFE en Occitan et TRUFFE en Français contemporain.

 Faisons maintenant une courte excursion dans le labyrinthe des mots mycologiques savants.
 Les spores des truffes sont produites dans des ASQUES; nom des cellules de petite taille, visibles seulement au microscope, qui élaborent par paquets de 8 ou de 4, les spores de tout un grand groupe de champignons, nommés ASCOMYCETES, dont font partie notamment, les Truffes, les Morilles et les Pezizes.
 Le mot ASQUE vient de ARXION, mot grec datant de -500 qui veut dire "champignon souterrain". Ce mot deviendra plus tard ASCHION toujours en Grec, Théophraste, vers -309 précise que c'est un "fruit sans nom" souterrain et comestible, car il pensait que ce n'était pas un tubercule, mais le fruit d'un arbre non identifié. Quelle belle prescience bimillénaire des liens mycorrhiziques de la truffe et du chêne!
 ASCHION grec devient ASCUS en Latin et ASQUE en Français.
 Toutes les truffes sont des "Ascomycètes". Le survol qui précède nous
fait revivre par la gastronomie les grandes migrations humaines qui, dans les temps historiques sont parties de Sumer, en Mésopotamie, entre le Tigre et l'Euphrate, vers       -3.500, pour aller vers le sud en Egypte, puis vers l'Ouest en Cyrénaïque, ont ensuite traversé la Méditerranée en direction de la Grèce puis de l'Italie.

 Dans l'un de nos prochains numéros nous vous parlerons plus longuement des différentes espèces de truffes européennes. La plupart sont comestibles avec des goûts divers. Toutes ont de spores plus ou moins colorées et ornées. Il est donc facile de les observer sans coloration au microscope.
 La spore représentée est celle de Tuber melanosporum, qui a été photographiée au microscope.

 Pour examiner les spores d'une truffe voici deux méthodes:
- on peut prélever avec une aiguille un petit morceau gros comme une tête d'épingle de la partie foncée entre les veines claires de la chair, le déposer sur une lame dans un peu d'eau ou d'eau ammoniacale, le recouvrir avec une lame couvre-objet puis le marteler doucement en tapotant avec un morceau de gomme emmanché sur une courte aiguille à tricoter, afin d'écraser doucement le tissu de la truffe en le dilacérant. On voit à l'oeil nu que le but est atteint lorsqu'il devient transparent. On observe alors avec un objectif faible pour voir les asques remplis de spores plus ou moins mûres, puis fort pour voir les spores et leurs ornements. - Deuxième méthode: on tranche un morceau de la truffe puis, sur cette tranche on enlève avec une lame de rasoir un fin copeau de la chair que l'on observe ensuite dans l'eau entre lame et lamelle sans le dissocier. Cette coupe a le mérite de pouvoir observer les asques en place avec leurs spores.
 Nous souhaitons recevoir pour les publier, si elles sont réussies, de nouvelles photographies des spores des autres espèces de truffes dont voici les noms: Tuber uncinatum qui a des spores réticulées, Tuber brumale, magnatum, aestivum, mesentericum, borchii, rufum qui ont toutes des spores plus ou moins épineuses

 Sur le terrain, il n'est pas facile de repérer l'emplacement d'une truffe souterraine. Si vous avez la chance d'en avoir trouvé une dans votre jardin ou dans un bois vous appartenant, vous pouvez "marquer l'emplacement" de la truffe de la façon suivante: Vous guettez, si vous habitez dans la moitié sud de la France, le premier gros orage avec pluie abondante qui suit le 14 Juillet.
 Le surlendemain vous parcourez soigneusement le lieu à truffes, les yeux fixés à terre, pour repérer de grosses craquelures du sol. En effet ces craquelures marquent l'emplacement d'une truffe qui a atteint sa taille définitive en 48 heures au plus et mûrit ensuite lentement pendant 5 à 6 mois, sans augmenter de taille. Dans chaque craquelure vous disposez un semence de grain d'orge. Ce grain va germer, produire un chaume qui va sécher sur place à la fin de l'automne sans pourrir. En Janvier, en parcourant de nouveau le lieu, vous trouverez, au pied de chaque chaume, enfoui à quelques centimètres de profondeur une truffe mûre à point.

Ce texte de Marcel Locquin est extrait du n°3 de la Microgazette du Club français de microscopie.